15 Fréquences, Mixtapes

15 Fréquences Ultimes – Épisode 21 – Louis-Philippe Cantin

Louis-Philippe Cantin est un chantre psychédélique trifluvien des temps modernes. Homme aux talents multiples, sieur Cantin est auteur-compositeur-interprète, chanteur-parolier-guitariste du fabuleux groupe Perséide, sonorisateur, rédacteur (entre autres pour DICI) et traducteur. Bref, un couteau-suisse sous forme humaine.

Il prend congé momentanément de ces multiples occupations le temps de nous partager ses 15 Fréquences Ultimes. Et nous l’en remercions grandement, vu l’intense bonheur auditif qui s’emparera assurément de toute personne (humaine ou animale) qui se laissera tenter à appuyer sur l’invitant bouton fléché ci-haut (communément appelé « PLAY » dans la vie de tous les jours). S’ensuivra alors une « masterclass » de rock psychédélique, qu’on parle de revival ou de celui de la vieille école, avec quelques merveilles acid folk disséminées ça et là. Un régal dont vous me donnerez des nouvelles !

Mais ce n’est pas tout : comme Louis-Philippe ne fait pas les choses à moitié, il a empoigné sa plume (qu’il manie fort bien d’ailleurs) pour nous décrire ses sélections. Le tout est dispo ci-bas.

Je souhaite une FANTABULESQUE ™ écoute à tous les fans de Tolkien, aux chamans étoilés des temps rétro-nouveaux, aux arbrisseaux enchantés et à tous ceux qui ont des tibias.

Tracklist:

  1. Nick Drake – Cello Song
  2. Matt Berry – October Sun
  3. Communicant – Sun goes out
  4. The Brian Jonestown Massacre – Super-sonic
  5. Elephant Stone – Sally Go Round The Sun
  6. Bo Hansson – Leaving Shire
  7. Jacco Gardner – Volva
  8. Pink Floyd – The Scarecrow (Pathé pictorial, July 1967)
  9. Jonathan Personne – Terre des hommes
  10. Chocolat – Gobekli Tepe
  11. Kikagaku Moyo – Smoke and Mirrors
  12. Population II – Attraction
  13. Morgan Delt – Barbarian Kings
  14. Wolf People – Kingfisher
  15. Cory Hanson – Replica

Louis-Philippe Cantin commente sa sélection

Difficile, en quinze tounes, de résumer ce qui contribue à sculpter notre visage de personne créatrice. J’ai donc tenté, autant que faire se peut, de rester spontané dans mes choix ; d’indiquer les premières choses qui me venaient à l’esprit. Celles et ceux qui connaissent la musique de Perséide pourraient trouver évidents certains de mes choix. C’est qu’en listant ces tounes-là, j’ai essayé de laisser de côté mon ego. Rien ne sert de vous proposer la musique la plus obscure possible juste pour montrer que je suis un geek qui connaît plus ça qu’un autre. Le partage n’est pas une compétition.

Bonne écoute !

Cello Song – Nick Drake
Avec Nick Drake, on s’éloigne beaucoup de l’étiquette sonore de Perséide. Or, c’est le premier artiste qui m’est venu à l’esprit. Les albums de Nick Drake font en fait partie des albums que j’écoute le plus. Ils me chavirent à chaque fois. Je me souviens de l’avoir découvert avec la compilation Way to blue : an introduction to Nick Drake. Un ami disquaire m’avait proposé de CD à 5$ en me disant « Achète ça sans l’écouter, je suis sur que tu vas tripper! » Tout en confiance, j’ai acheté le disque que j’ai déballé aussitôt arrivé dans la voiture. « Cello song » est la première pièce de cette compilation. J’ai automatiquement été séduit, bouleversé, impressionné et bercé par la musique douce et tragique de Nick Drake. Son jeu de guitare m’a jeté à terre dès les premières notes de « Cello song ». J’ai finalement écouté tout l’album avant de sortir de la voiture. Quand je suis arrivé chez moi, j’ai aussitôt pris ma guitare et tenté de l’accorder différemment.

October Sun – Matt Berry
Je suis un gros fan du mockumentary néo-zélandais What we do in the shadows, film duquel est tirée une série télé du même nom. Or, je ne suis pas vraiment bon pour retenir le nom des acteurs. Ça m’a donc pris un moment pour comprendre que le puéril Laszlo de la télésérie était en fait LE Matt Berry qui fait de la musique folk psychédélique. Si j’avais été Britannique, j’aurais probablement connu la vedette bien avant de découvrir son projet musical plutôt niché, mais la vie nous réserve parfois des surprises. Son album Phantom Birds m’a obsédé. Il a aussi actionné mon obsession pour le pedal steel et m’a poussé à vouloir en intégrer à notre album Les couleurs d’été. Merci à Raph pour ça! Cela dit, je propose la chanson « October sun » qui provient de l’album Kill the wolf parce qu’elle me donne l’impression de prendre un bain de soleil dans un champ au Moyen-Âge. Il y a quelque chose de profondément païen dans cette chanson. J’aime beaucoup les voix, le texte et les référents acid-folk qui construisent la toune.

Sun goes out – Communicant
Certains crieront au rip off de Tame Impala : Ben oui! ça ressemble pas mal à du « vieux Tame Impala ». Évidemment, je suis un gros fan d’Innerspeaker et du mythe qui entoure Kevin Parker. Tant qu’à en mettre dans cette playlist, je me suis dit que je pouvais proposer quelque chose qui viendrait satisfaire les nostalgiques qui voudraient que Tame Impala soit resté psych! Communicant maîtrise sans l’ombre d’un doute les codes qui font la néo-psychedelia aux tendances Dream pop. On sent les sixties, on sent le nasillard à la John Lennon et le fuzz est bien grinçant. Bien établir les codes tout en restant trippant et catchy demande à la fois du contrôle et de l’authenticité. Alors bravo Communicant! J’attire aussi votre attention sur les référents solaires des deux dernières propositions. Pour moi, le lien entre le soleil et la musique psych rock contemporaine est indéniable. J’y pense beaucoup quand j’écris : je trouve que le référent est plus facile à intégrer en anglais qu’en français. Dans tous les cas, je citerai le jeu vidéo Dark Souls à ce sujet : « Praise the sun! »

Super-sonic, The Brian Jonestown Massacre
Il y a un avant et un après notre découverte de Brian Jonestown Massacre. À l’époque où ce groupe est entré dans ma vie, par le biais d’une suggestion d’un collègue de travail avec qui je discutais des Stone Roses, j’ai senti que le projet d’Anton Newcombe représentait une sorte d’autorisation à garder ça simple. On aime tous les Beatles (ou presque), mais autant les Beatles ont construit dans notre imaginaire l’idée du « band de ti-gars qui sont partis de rien », autant ils ont contribué à légendifier le processus d’écriture de chansons et, surtout, celui de l’enregistrement d’albums. Avec les Beatles, l’accessible et l’inatteignable se côtoient. Je ne me suis jamais vraiment identifié au mouvement punk. Je suis trop calme pour la rébellion qu’on crie dans les rues et j’aime trop la forêt pour m’attacher au caractère urbain du punk. La simplicité musicale, le désir d’émancipation et le rappel que tout est possible, si je l’avais frôlé avec Nirvana quand j’étais ado, je l’ai associé à ma pratique grâce à Lou Reed, mais aussi grâce à Brian Jonestown Massacre. Évidemment, j’ai vu le film Dig! et je connais le mythe autour du personnage de Newcombe qui, aujourd’hui semble s’être calmé. Pour moi, Anton Newcombe est un travailleur acharné qui a construit une scène autour de la volonté de bâtir une communauté musicale et de celle d’aboutir à un son nouveau, mais qui assume l’emprunt sans scrupule. Ses slogans comme « Keep music evil » ou « Make music everyday » m’accompagnent tous les jours. Si c’est encore disponible, vous irez visionner la performance de cette chanson au festival Levitation au Texas. Rishi d’Elephant Stone y joue du sitar.

Sally Go Round The Sun – Elephant Stone
Essence du rock psychédélique. Y’a du sitar comme référent à George Harisson, y’a une progression d’accords répétitive typique au genre (Est-ce 1-3-5?), y’a des sons à l’envers, y’a du fuzz, le mot soleil se trouve dans le titre. Avec Elephant Stone, j’ai aussi compris que l’idée de communauté autour de la musique psychédélique (au sens bien large) existait bien au-delà des frontières géographiques. Elephant Stone est un projet basé à Montréal qui se connecte au Brian Jonestown Massacre, mais aussi aux Black Angels (allez écouter « Deer-Ree-Shee », peut-être saurez-vous deviner le jeu de mots que fait le titre). Dans le cas des trois groupes, les références sont toujours assumées : Brian Jonestown Massacre, Brian Jones des Rolling Stones ; Elephant Stone ; « Elephant Stone » des Stone Roses ; The Black Angels, « The Black Angel’s Death Song » de Velvet Underground. C’est ce type de jeu qui aide à bâtir un imaginaire, un folklore, autour du style me parle énormément et m’aide à assumer que rien n’est totalement original ou nouveau. « Touttt est dans touttt », disait Raoûl Duguay.

Leaving Shire – Bo Hansson
Ceux qui me connaissent savent que je suis drivé pas deux choses : La musique psychédélique et Lord of the rings. Je n’ai jamais vraiment accroché sur tous ces bands de prog et de métal-cheval qui multiplient les références à Tolkien. Si j’aime l’idée, je ne suis pas séduit par le rendu (mais ça, c’est bien personnel!). Autant j’adore les films de Peter Jackson, autant je crois qu’ils sont venus teinter notre imaginaire autour de l’univers tolkienien. Au final, ces long-métrages-là ne sont qu’une interprétation de l’oeuvre. C’est pourquoi j’aime beaucoup me plonger dans des interprétations alternatives de Lord of the Rings. Cet album instrumental de 1970 en est un que je chéris particulièrement. Il est sombre, évocateur, mais surtout simple. Si on est habitué à la grandiose symphonie de Howard Shore, j’aime l’idée de revenir à la simplicité pour décrire la Terre du Milieu d’un point de vue sonore. J’aime aussi l’idée que cette musique est si différente de celle des films qu’elle nous oblige à s’imaginer l’univers de Tolkien différemment. J’hésitais à choisir entre « Leaving Shire » et « The Old Forest » parce que la deuxième se penche sur un chapitre que j’adore et qui fut discarté par l’adaptation de Jackson. J’ai finalement choisi « Leaving Shire » à cause de cette idée du départ. Partir en quête, fuir la mornitude, chercher l’aventure, regarder au loin sont des thèmes structurants pour mon écriture. Ces premiers chapitres de Lord of the Rings, alors que les Hobbits quittent leur pittoresque pays, sont empreints d’une symbolique qui m’accompagne tous les jours.

Volva – Jacco Gardner
Je n’ai jamais rencontré Jacco Gardner, mais je sais qu’on a une chose en commun : On adore l’album Lord of the Rings de Bo Hansson! L’album Cabinet of curiosities et l’album qui le suit, Hypnophobia, font partie des albums les plus importants de mon parcours de mélomane. Les textes oniriques, les références sonores à Syd Barrett, les harmonies à la Beach Boys, l’utilisation du mellotron : tout est là pour que j’embarque sans jamais décrocher. Comme pour Nick Drake, je crois que je vais toujours réserver un espace spécial à la musique de Jacco Gardner dans mon imaginaire. J’ai choisi la pièce « Volva » provenant de l’album Somnium pour deux raisons. Premièrement, j’étais heureux de constater, à la sortie de cet album, que Jacco Gardner proposait une œuvre extrêmement cohérente avec son processus, mais qui explorait tout de même de nouveaux horizons. Deuxièmement, j’ai choisi cette pièce parce qu’elle m’évoque, comme « Leaving Shire », le voyage et le départ. Chaque fois que je l’entend, je m’imagine une scène campagnarde, voire pastorale, un peu naïve en sorte de diorama défilant dans laquelle un personnage, brin de blé entre les dents, baluchon au dos, choisit de quitter son village pour aller voir ce qu’il y a de l’autre côté des montagnes qui le surplombent.

The Scarecrow – Pink Floyd (Pathé pictorial, July 1967)
Bon! Nous y voici, je suis rendu à écrire sur Pigne Floille. Je promets de ne pas m’étirer sur le fait que c’est dont important comme groupe pis que « Dark Side of the Moon » est le meilleur enregistrement de tous les temps et blabla. Une chose est sûre, je suis un gros fan de tout ce qui entoure le fameux live à Pompéi. J’ai écrit une toune qui porte ce nom-là, je me suis même rendu dans l’amphithéâtre en Italie pour écouter Meddle. J’aurais pu choisir « One of these days » qui m’a appris que tu peux faire une toune trippante juste avec deux accords. J’aurais pu parler de « Careful with that Axe Eugene » qui m’a montré que tu peux faire une toune trippante avec juste UN accord (et qui est drôlement avant-gardiste par rapport au métal quand au pense au fait que Roger Waters y scream). J’aurais aussi pu parler de mon amour inconditionnel pour la chanson « Granchester Meadows » qui, à toute heure, toute saison, me donne l’impression d’être l’été sur le bord d’une rivière. Finalement, j’ai choisi « The Scarecrow » parce que j’adore l’intégration de l’orgue Farfisa de Richard Wright dans cette période-là de Pink Floyd. Les solos toujours un peu erratiques et nasillards qu’on entend sur cette toune comme sur « Mathilda’s Mother » m’ont toujours fait tripper. Les textes naïfs, confus et féériques de Syd incarnent pour moi le Saint-Graal, voire l’Arkenstone inatteignables du relâchement en écriture. Surtout, il faut regarder la vidéo qui accompagne cette chanson en visionnant le « Pathé pictorial ». Si vous aviez de la difficulté à vous imaginer la scène que je décrivais plus haut en parlant de Jacco Gardner, je crois que cette vidéo est un bon point de départ.

Terre des hommes – Jonathan Personne
L’ambiance du vidéo de Pink Floyd dont je parlais plus haut et l’espèce de candeur que réussissent à canaliser les chansons de Syd trouvent leurs échos dans plusieurs projets québécois. Jonathan Personne en fait partie. J’adore Corridor depuis leurs balbutiements, mais j’ai vraiment eu la piqûre pour les albums de Jonathan Robert. La dimension un peu plus folk dans laquelle il nous amène, celle du singer-songwriter derrière le band en est une qui me plaît beaucoup. Toutes les chansons des trois albums de Jonathan Personne se rejoignent dans leur mélancolie et leur espèce de façon de plonger l’auditeur dans un passé fantasmé qui n’existe que dans nos esprits. J’ai choisi « Terre des hommes » pour son riff de guitare incroyable et pour le passage qui dit « Évidemment, il est temps pour toi de quitter la planète ». Chaque fois que la voix se lance dans cette envolée plus haut perchée, je ne peux m’empêcher de chanter le texte à l’unisson avec ma table-tournante.

Gobekli Tepe – Chocolat
Pour moi, Chocolat, Jonathan Personne et Corridor, ça flotte dans le même univers. Les projets comprennent des collaborateurs communs, certains albums se sont faits dans les mêmes studios. L’album Tss Tss de Chocolat est pour moi un incontournable de la musique québécoise pour bien des raisons. Premièrement, il donne suite à l’incroyable Maladie d’Amour de Jimmy Hunt qui, à mon humble avis, est un des albums les plus importants des 15 dernières années. Lâcher son projet solo salué par la critique alors que l’avenir ne fait que promettre pour revenir à son groupe de rock et sortir un album psychédélique plus instrumental que chansonnier est à la fois un risque pour sa carrière et une démonstration d’intégrité artistique. « Fantôme » sur Tss Tss montre qu’on peut faire beaucoup de chemin avec un seul mot. « Gobelki Tepe » prouve quant à elle qu’une seule strophe suffit à marquer l’imaginaire et à transformer une chanson jammy et répétitive en épopée épique qui nous transporte aux balbutiements de la civilisation tout en restant sensible à l’expérience humaine :
« Quand la glace reviendra nous irons chasser pour toi.
Quand la glace reviendra tu pourras dormir dans le vieux temple
Et nos mains se rempliront d’amour
Et ceux qui nous aiment se partageront nos cœurs. »

Smoke and Mirrors – Kikagaku Moyo
Parmi ces groupes qui parviennent à évoquer quelque chose d’ancien sans se transformer en Dead Can Dance, il y a Kikagaku Moyo. Comme avec Brian Jonestown Massacre, il y a un avant et un après la découverte de Kikagaku Moyo. J’ai vu le groupe 3 fois en spectacle et chaque fois, j’ai été renversé. Il y a quelque chose d’extrêmement rafraîchissant dans leur acceptation de l’imperfection. En spectacle, comme sur album, ce groupe japonais sait plonger dans le vide et sait se rendre vulnérable aux erreurs, ça rend leurs jams d’autant plus excitants. La voix qui chante dans une langue qui n’existe pas ajoute une couche de crémage sur leur gâteau à la fois profondément psych-rock et folk. Je suis à l’aise de dire que Kikagaku Moyo va rester un de mes groupes préférés pendant une longue période de ma vie.

Attraction – Population II
Avec Population II, on est pas dans le « non-langage » de Kikagaku Moyo, mais la façon dont le batteur et chanteur Pierre-Luc Gratton a de tisser s’approche définitivement de l’écriture automatique. L’univers lexical de Population II cadre parfaitement avec la musique que le trio propose. On entend que les idées proviennent davantage de jams que de chansons écrites avec un cahier et une guitare acoustique. La musique de Population II est sombre, primale et extériorise à notre place toutes les pulsions qu’on ne laisse pas sortir dans nos vies de tous les jours. Chaque fois que je fais tourner l’album À la Ô terre, je ne peux m’empêcher d’avoir l’impression que Population II parvient mieux que bien des psychiatres à nous faire plonger dans notre inconscient. Merci également à eux pour les incroyables sons de Farfisa sur « Attraction » et pour des gemmes de paroles comme l’extrait suivant :
« Mille millions de ces hommes
Aiment mille millions de ces femmes
Qui s’adonnent à la plus grande et belle de leurs envies
Si mille millions de ces hommes
Aiment mille millions de ces femmes
N’en découle rien de moins
Que la vie »

Barbarian Kings – Morgan Delt
Je ne me souviens plus trop de quelle façon j’ai découvert Morgan Delt, mais je me souviens avoir accroché très rapidement. Je crois que cette chanson poursuit bien là où Population II nous a laissé. Elle est sombre, kaléidoscopique et rituelle. Morgan Delt n’a que deux albums à son actif. Le premier est plus caverneux, l’autre plus solaire. Dans les deux cas, ils s’intègrent parfaitement à la mouvance néo-psychédélique tout en gardant un caractère unique qui me plaît beaucoup. J’aime particulièrement le traitement des voix dans « Barbarian king » parce qu’on dirait que c’est un reptile qui s’adresse à l’auditeur.

Kingfisher – Wolf People
« Kingfisher » de Wolf People nous plonge encore dans un imaginaire ancien et suranné. Cette fois, c’est la dimension plus féodale des guitares et de la flûte qui m’a attiré dans cette chanson qui, nous berce comme un conte merveilleux et nous transporte comme un roman d’aventure chevaleresque à la Chrétien de Troyes. J’aime beaucoup ce pan du rock britannique qui assume son héritage celtique et le folklore qui vient avec. Je crois que ça ajoute une couleur plus mélancolique à un genre musical qui, lorsqu’il garde ses racines dans le blues, peut rapidement tourner en rond. Merci, donc, à Wolf People, de puiser dans ce riche univers qu’est celui du acid folk britannique pour tremper votre rock dans la potion d’un magicien à la Merlin l’enchanteur. Si Wolf People n’existe plus aujourd’hui, vous vous réjouirez d’apprendre que de ces cendres est né Large Plants.

Replica – Cory Hanson
Je termine cette courte liste de lecture avec une suggestion folk qui viendra boucler la boucle qui avait débuté avec Nick Drake. Cory Hanson, le chanteur et guitariste de Wand (allez écouter leur toune « White Cat ») a deux albums à son actif et en sortira bientôt un troisième (j’écris ces lignes au printemps de 2023). Ce qui m’a tout d’abord séduit dans le premier album de Cory Hanson, c’est le côté buzzé de son folk, l’intégration de l’alto et la beauté de ses textes à la fois crus et lyriques. Cory Hanson réussit toujours à rester edgy malgré le fait qu’il nous pousse des mélodies extrêmement accrocheuses. Son deuxième album, plus country que le premier, intègre magnifiquement le pedal steel. Les deux simples qui sont parus en vue de son prochain album, « Housefly » et « Twins » me confirment d’avance que sa prochaine collection de chansons, cette fois plus grunge, me séduira autant que ses deux premières propositions.

Quelques liens pour entendre/suivre notre ami LP Cantin:
Bandcamp – Perséide
Instagram – Perséide
Instagram – LP Cantin
Les écrits de Louis-Philippe pour DICI

15 Fréquences, Mixtapes

15 Fréquences Ultimes – Épisode 13 – Sébastien Dallaire

Êtes-vous prêt pour une forte dose de DooooooOOOOooooooM, de rock psychédélique, de funk acide, de hardcore punk, de rap enfumé d’la côte est et de métal extrême ??? Ce 13ème épisode des 15 Fréquences vous est alors tout indiqué ! Sébastien Dallaire (Marécages, Badass Commander, Stoned Horses, Fistfuck ; entre autres) vous convie à un rituel haute fréquence où lourdeur primitive s’enchevêtre à merveille à la léthargie lymphatique des esprits les plus embrouillés par multiples substances psychotropes et/ou alcoolisées.

Fermez les lumières, ouvrez-vous une bonne bière de micro, roulez vous un tarpé… et laissez ce marais sonore vertigineusement opiacé vous recouvrir les oreilles, les intestins et la matière grise toute entière.

Bonne écoute tout le monde (y compris les statues de l’île de Pâques).

Tracklist:

  1. Black Sabbath – Cornucopia
  2. Pink Floyd – Interstellar Overdrive
  3. Suffocation – Liege of Inveracity
  4. The Locust – Aotkpta
  5. Genius/Gza – Liquid Swords
  6. Napalm Death – Lucid Fairytale
  7. Arthur Brown – Fire
  8. Sleep – Sonic Titan
  9. Bastard Noise – Earth On A Stretcher
  10. Discharge – Doomsday
  11. Betty Davis – If I’m In Luck I Might Get Picked Up
  12. Incantation – Golgotha
  13. Charles Bronson – Fuck Technology, I’ll Keep My Pocket Change
  14. Melvins – Boris
  15. Corrupted – El Mundo Frio

Vous pouvez suivre et encourager Sébastien sur la page Bandcamp de Marécages, son Instagram ou encore sa page discogs (pour voir tous les projets musicaux auxquels il a participé.

15 Fréquences, Mixtapes

15 Fréquences Ultimes – Épisode 2 – Roger Tellier-Craig

Pour ce second épisode des 15 Fréquences Ultimes, l’élégant, polymorphe et scintillant Roger Tellier-Craig (Fly Pan Am, Le Révélateur, Godspeed You! Black Emperor, Et Sans, Set Fire to Flames, Pas Chic Chic) nous invite à plonger dans ses souvenirs bruitatifs obtus et ses influences musicales on ne peut plus variées.

Le sympathique et talentueux gaillard nous a aussi concocté de magnifiques commentaires (ci-bas, sous la liste des pistes) pour accompagner son magnifique mix. À lire avec attention en savourant la délicieuse matière sonore.

Vous pouvez suivre le parcours artistique ahurissant de Roger sur son site web : https://rogertelliercraig.com/
Sa page Soundcloud : https://soundcloud.com/satz-ebene
La page Bandcamp de Fly Pan Am : https://flypanam.bandcamp.com/

Tracklist:

  1. Pink Floyd – Cirrus Minor
  2. Faust – No Harm
  3. Luc Ferrari – Hétérozygote (extrait)
  4. Bernhard Günter – Untitled I/92 (extrait)
  5. Oval – Line Extension
  6. My Bloody Valentine – All I Need
  7. Stereolab – Jenny Ondioline (Part I)
  8. David Tudor (feat. Takehisa Kosugi) – Pulsers (extrait)
  9. Brian Eno – Lizard Point
  10. Ennio Morricone – 1970 (extrait)
  11. Morton Feldman – For Samuel Beckett (extrait)
  12. Jim O’Rourke – Cede (extrait)
  13. Laurie Spiegel – Pentachrome
  14. Charlemagne Palestine – Fifths In The Rhythm Three Against Two For Bösendorfer Piano – Two
  15. Cluster – Im Süden

Pink Floyd – Cirrus Minor

Première vraie rencontre avec la magie du son. Je devais avoir 14 ans, c’était l’été et il faisait plein soleil, et j’étais assis à l’arrière de notre voiture familiale, les écouteurs aux oreilles. Ce morceau me transporta littéralement “ailleurs” dans un monde impossible, imaginaire, spécialement le passage instrumental de la fin. C’était le début de mon intérêt pour la musique psychédélique, étrange, “surréelle”. 

Faust – No Harm

Ce disque fut une grosse claque à l’époque pour moi. Pendant un certain temps j’avais écouté plusieurs groupes “prog” dans l’espoir de découvrir d’autres groupes comme Pink Floyd, mais j’étais resté insatisfait. Il ne faut pas oublier qu’à l’époque nous n’avions pas accès à l’internet, donc c’était beaucoup plus difficile de trouver le bon fil pour arriver à ce genre de découverte. J’avais découvert le Velvet Underground, ce qui m’avait sensibilisé à du rock plus “artsy”, mais à cette époque j’étais plutôt obsédé par Sonic Youth et les débuts du “indie rock”; Sebadoh, Pavement, Royal Trux, GBV, etc. Et c’est en lisant des reviews de “Westing (By Musket And Sextant)” que j’ai lu les noms de Can/Faust/Neu! pour la première fois. Quand j’entendis finalement l’album “So Far” je n’en revenais pas, c’était exactement ce que j’espérais et même plus; du rock répétitif, noisy, avec des passages psychédéliques, une approche collage avec des éléments électroacoustiques, des sections pop interrompues par des intrusions avant-gardistes. Ce disque informa totalement l’approche musicale de Fly Pan Am par la suite. 

Luc Ferrari – Hétérozygote (extrait)

À cette même époque j’ai eu la chance de mettre la main sur ce disque de Ferrari à l’Échange pour un maigre 5$. J’étais étudiant en arts visuels au Cégep et je ne jouais pas encore d’instrument de musique, quoique je m’étais quand même amusé à faire des “albums” lo-fi avec une guitare et un sampler Realistic hyper primitif. J’avais vraiment envie de faire de la musique abstraite mais vu que je n’étais pas musicien j’avais le syndrome de l’imposteur. Le texte à l’endos de la pochette fut hyper libérateur pour moi: “J’ai aussi appelé ça ma musique concrète du pauvre, vu qu’il n’y a pratiquement pas de manipulations et que cette bande aurait pu être réalisée dans un studio non professionnel. Il s’agissait dans mon idée d’ouvrir le chemin à la musique concrète d’amateur comme on fait des photos de vacances.”  La musique me transportait davantage dans ce monde impossible et surréel, où j’errais entre une multitude de fantômes et de traces de lieux. C’est à cette époque que j’ai décidé que je voulais faire de la musique électroacoustique, en grande partie à cause de ce disque. 

Bernhard Günter – Untitled I/92 (extrait)

De la musique au seuil de l’audible. C’était une toute nouvelle idée pour moi en 1995. Une musique qui s’hallucinait presque. Des sonorités microscopiques hyper tranchantes et futuristes, la précision de la musique numérique que je découvrais à ce moment. J’aimais cette idée d’une musique qui existerait à quelque part entre la présence et l’absence, une musique qui est là mais que nous n’entendons pas tout à fait. Plus tard j’ai découvert que Luigi Nono avait déjà travaillé cette idée auparavant, mais la musique de Günter reste encore à ce jour tout à fait singulière. 

Oval – Line Extension

Au Cégep j’avais découvert Godard, et un aspect de son oeuvre qui m’avait fortement marqué et inspiré était son intérêt à révéler le support du film, donc quand j’ai entendu Oval pour la première fois il y a automatiquement eu un déclic. Mais au-delà de l’aspect conceptuel, la musique elle-même me frappa de par son aspect si futuriste et singulière, pop et avant-gardiste à la fois. Comme avec Günter, c’était mon introduction aux sonorités plus numériques, mais c’était aussi la première fois que j’étais exposé aux sonorités de glitches/skips, ainsi que par le genre de phrasé musical qui était généré par le micro-sampling. 

My Bloody Valentine – All I Need

Comme beaucoup d’autres, la première fois que j’ai entendu “Loveless”, je pensais que ma cassette était défectueuse, surtout qu’en 1991 il n’y avait pas tant de gens qui connaissaient bien le groupe dans mon entourage. J’avais découvert “Only Shallow” à Nu Musik sur Musique Plus et ça m’avait totalement sidéré, mais je n’étais pas préparé pour le reste. Ce fut l’amour fou. J’étais complètement séduit par cette musique qui me dépassait, immense comme la mer, bruyante et totalement nouvelle. J’ai rapidement mis la main sur “Isn’t Anything” qui me dépassa tout autant, surtout ce morceau “All I Need”. C’était la première fois que j’entendais quelque chose d’aussi noisy et éthéré à la fois. Je pense que dans un sens ce fut ma première vraie rencontre avec le potentiel d’une certaine abstraction sonore, même si le morceau reste quand même très mélodique, mais c’était impossible pour moi à cette époque de comprendre quel instrument avait généré ces textures, et cela m’a vraiment ouvert sur les possibilités qu’offraient l’expérimentation sonore.

Stereolab – Jenny Ondioline (Part I)

Cet album de Stereolab fut ma première rencontre avec le “drone”. Je crois que j’ai acheté la cassette en 1993, quelque temps avant que Table of The Elements réédite “Outside The Dream Syndicate” de Tony Conrad et Faust. Je sentais à l’époque que j’avais fait le tour de la musique axée sur les chansons, et cela déclencha en moi une étrange crise “existentielle” musicale où j’avais l’impression que tout avait été fait – j’étais très naïf. Mais cet album de Stereolab, et tout particulèrement ce morceau, venait soulager ce tracas; il y avait quelque chose qui me paraissait nihiliste dans cette répétition, dans cette monotonie, quelque chose qui refusait cette idée “d’innovation”, dans un sens, tout en sonnant très futuriste à la fois, et je trouvais cela très libérateur. Le fait que Laetitia Sadier chante parfois en français fut aussi une aspect marquant pour moi. C’était la première fois que j’entendais de la musique francophone avec laquelle je pouvais m’identifier. C’était très inspirant. Et à travers eux j’ai découvert Brigitte Fontaine, qui me renversa totalement, et tout le reste suivit par la suite…

David Tudor (feat. Takehisa Kosugi) – Pulsers (extrait)

C’est Alexandre St-Onge qui m’a fait découvrir la musique électronique de Tudor. J’écoutais déjà Derek Bailey at AMM à l’époque mais je n’avais jamais entendu de musique électronique “free” comme ce que faisait Tudor. Ce fut une grosse claque. Je ne comprenais pas ce que j’entendais; cette pièce me faisait penser à du techno, genre les débuts de Panasonic, mais la structure était totalement imprévisible et c’était tellement plus sale et noisy, et en plus au 1/3 du morceau il y a Takehisa Kosugi qui embarque avec son solo de violon sci-fi. Ce disque eut une profonde influence sur le type de matériau électronique que j’allais produire pour des années à venir. Et c’était tellement inspirant pour quelqu’un comme moi, qui se sentait imposteur, de voir un virtuose comme Tudor abandonner la musique instrumentale pour consacrer la reste de sa vie à ce qui me paraissait à l’époque comme l’antithèse de la virtuosité. 

Brian Eno – Lizard Point

Autre grosse découverte lors de mes années au Cégep. J’étais déjà fan de ses albums rock mais la découverte de “On Land” m’a vraiment emmené dans une autre zone. Je crois que c’est en découvrant cet album que j’ai décidé d’assumer que je voulais faire de la musique. Eno parlait de faire de la musique tout en étant “non-musicien”, et cette musique plus impressionniste, sans “chops” évidente, semblait plus accessible pour un non-musicien comme moi. Je sentais que c’était possible pour moi enfin de faire du son de manière autodidacte. Je me mis donc à faire de la musique “abstraite” suite à cette découverte, produisant deux cassette pour mon propre plaisir sous le nom de Cumulus, et le nom de mon “studio” d’ailleurs était “Lizard Point”.

Ennio Morricone – 1970 (extrait)

J’aurais pu choisir une multitude de morceaux de Morricone, mais celui-ci semblait être un bon compromis qui illustre bien la nature hybride de sa musique, à quelque part entre la musique pop, jazz et contemporaine. Je connaissais déjà Morricone pour ses fameuses BO de “spaghetti western” mais c’est en regardant “Teorema” de Pasolini que j’ai découvert Morricone. Le fait que Morricone puisse passer aussi aisément d’une chanson pop 60’s hyper catchy à un passage de musique contemporaine me fascinait. Cette fluidité entre les styles fut hyper inspirante pour moi. J’ai toujours perçu Morricone un peu comme un Jim O’Rourke ou un John Zorn, mais bien avant eux. 

Morton Feldman – For Samuel Beckett (extrait)

Encore une fois j’aurais pu choisir plusieurs morceaux de Feldman, mais j’ai choisi celui-ci pour sa singularité, même dans l’oeuvre de Feldman. La musique de Feldman m’a vraiment emmené à penser la composition autrement, autant au niveau de la temporalité, des contrastes dynamiques, de la durée et des tensions harmoniques. Ce fut aussi une toute nouvelle manière pour moi de penser la répétition, cette tendance dans sa musique à répéter ces motifs qui se voient toujours légèrement reconfigurés dans leurs durées et structure, souvent interrompus par des silences. Il y a aussi une sorte de neutralité émotive dans la musique de Feldman qui m’a toujours inspiré, et qui me rappelle en quelque sorte l’indifférence de la nature. 

Jim O’Rourke – Cede (extrait)

J’ai d’abord pensé inclure un morceau de Gastr Del Sol mais je trouve que cette pièce de O’Rourke contient davantage tous les éléments qui ont eu une grande influence sur ma sensibilité pour des années à venir. Pour un non-musicien comme moi, intimidé par les prouesses de la musique académique, cette pièce de O’Rourke était très inspirante de par son apparente simplicité et son refus de vouloir impressionner. Il y avait quelque chose de presque punk dans l’attitude de ce morceau pour moi, autant dans son minimalisme que dans l’utilisation des “plunderphonics”, pour faire des passages flirtant avec le ambient, et ces sections au seuil de l’audible. Disons que nous étions assez loin des tendances en musique acousmatique de l’époque. Sans oublier que O’Rourke pouvait aussi facilement produire une disque de rock électroacoustique d’un groupe comme Faust, passer d’un gig de “free improv” à une compo électroacoustique, d’une musique avant pop de Gastr De Sol à une compo minimaliste solo “mélangeant” John Fahey avec Tony Conrad, etc. Tout comme Morricone ou Faust, il représentait parfaitement pour moi cette approche non-hiérarchique des styles qui m’inspirait tant, travaillant l’hybridité et les contrastes, et touchant même à la citation, et non comme un simple geste empreint de nostalgie, mais plutôt comme une manière de démontrer l’inépuisable potentiel du matériau socio-musical. 

Laurie Spiegel – Pentachrome

Tous les autres morceaux que j’ai choisis proviennent d’une époque où je découvrais la musique qui allait définir mes sensibilités jusqu’à ce jour, à quelque part entre mes 14-23 ans. Tout ce qui suivit ne fut qu’une continuation de ce premier élan, jusqu’à temps que je découvre la musique de Laurie Spiegel une dizaine d’années plus tard. À ce moment précis, autour de 2009, je me dédiais à mon projet électronique Le Révélateur, qui était au départ plutôt axé sur la technologie analogique, mais la découverte du travail de Spiegel, qui sonnait pour moi autant ancien que futuriste, changea tout pour moi. J’étais fasciné par cette musique tonale, trop précise et mathématique pour être du “new age”, qui se rapprochait plutôt du travail des minimalistes américains et qui était conçue à partir des synthétiseurs analogiques et d’ordinateurs primitifs. C’est à ce moment que je me mis à utiliser l’ordinateur davantage dans mon travail et ma musique fut longtemps inspirée par le travail de Spiegel, ainsi que par d’autres pionniers de musique numérique comme Maggie Payne, Jean Piché, John Chowning, Michel Redolfi, etc…

Charlemagne Palestine – Fifths In The Rhythm Three Against Two For Bösendorfer Piano – Two

Probablement le morceau qui a le plus inspiré mon jeu de guitare, tout particulièrement sur les passages répétitifs des disques auxquels j’ai participé avant 2004. Je trippais vraiment sur ce rythme de 3 contre 2 répété incessamment de manière hypnotique, d’une grande simplicité mais hyper précis, froid, neutre. À cette époque je me battais beaucoup contre cette idée de séduction musicale, et cette “pauvreté” de matériau était vraiment très inspirante pour moi, c’était comme un refus de plaire, une forme de résistance. 

Cluster – Im Süden

Quand j’ai entendu ce morceau pour la première fois en 1995, c’était comme si le monde s’ouvrait. À cette époque c’était impossible de mettre la main sur les disques de Cluster ou Neu! à Montréal, tout ce qu’on avait à notre disposition était ce livre de Julian Cope, “Krautrocksampler”, jusqu’à temps qu’un label mystérieux du nom de Germanofon se mette à éditer des bootlegs de ces albums en CD. On ne pouvait qu’imaginer la musique contenue sur ces disques à travers les descriptions qu’en faisait Cope dans les pages de son livre, mais une fois que j’entendis enfin cet album de Cluster la musique était au-delà de mes attentes. Ce morceau en particulier a beaucoup résonné avec moi, j’irais même jusqu’à dire qu’il a directement influencé “L’espace au sol…” de Fly Pan Am, principalement au niveau de nos jeux de guitares, ces patterns qui se perpétuent tout au long du morceau.