15 Fréquences, Mixtapes

15 Fréquences Ultimes – Épisode 26 – Saints Martyrs

Les Saints Martyrs, feu les Martyrs de Marde (comme je les ai connus, jadis), je les aime d’amour, avec volupté, tendresse et déraison. Je ne connais aucun groupe qui allie avec autant de goût (ou de mauvais goût, c’est selon les visions) déclamations nihilistes hurlées en défaveur/hommage à un monde fétide (qui est le nôtre, hélas), visuels percutants et délicieusement ostentatoires, théâtralité sans borne, énergie brute, flair artistique incisif… et le tout dans cet amalgame complètement surréaliste-rococo et déviant de genres musicaux champ gauche (punk hardcore kéb, black métal poussiéreux de hargne, no wave libidineuse, post-punk mécaniquement décalibré, goth-rock des abysses et chanson française avariée).

Sur scène, ce sont des personnages irrévérencieux qui revêtent des costumes grand guignolesques (le prêtre BDSM, le médecin de la peste, etc..) mais malgré ça, ils demeurent authentiques à 1052%. Leur propos, leurs textes (empreints d’une poésie noire comme le café du Double R) vont s’imprégner dans votre être tout entier et, tels des ténias avides, vont gruger vos matières grises et y pondre tout un tas d’immondices… des vérités insoutenables, du mal-être probant et profond, des remises en question, des ivresses impossibles… mais de la beauté aussi, une sorte d’appréciation du chaos et des ruines de notre monde quasi-moribond.

Bref, c’est un de mes groupes préférés actifs actuellement et cela allait donc de soi que je les invite à participer aux 15 Fréquences Ultimes. Cependant, dans leur cas, comme ils sont quatre (et qu’ils ont tous et chacun des goûts musicaux dignes d’une mixtape propre), j’ai pensé faire les choses un peu différemment… Et OUI ! Ci-bas, vous retrouverez non pas une mais QUATRE mixtapes pernicieuses à vous mettre sous la dent (ou plutôt dans l’t’ympan). Un énorme merci à Frère Foutre, Souffrance, Anonymous Bosch et Alpha Vil de s’être prêtés au jeu et de m’avoir soumis vos sélections musicales passablement éclatées (je n’exagère pas !!! voir les playlists ci-bas !). Ce fut un plaisir de mixer tout cela pour vous.

Donc, sans plus tarder, mesdames et messieurs, phoques et chiens, gants d’acryliques zombifiés et momies désabusées, préparez vous à plonger dans les goûts, influences et plaisirs coupables de quatre des musiciens les plus importants de la scène underground québécoise ! Bonne écoute à tous et à toutes !


Tracklist:

  1. Mystère des voix bulgares – Dragana i Slavei
  2. Captain Beefheart – The Host, the Ghost, the Holy-O
  3. Tom Waits – I’ll take New York
  4. Backxwash – Muzungu
  5. Marnie Stern – Prime
  6. Sunn O))) – It took the night to believe
  7. Lingua Ignota – I who bend the tall grasses
  8. Antonin Artaud – La recherche de la fécalité
  9. Death Grips – I break mirrors with my face in the United States
  10. Jimmy Scott – Day by Day
  11. Péloquin Sauvageau – Emiliano
  12. Duplah Pootch Hanichan Gasoliiine – Angoise Décimale
  13. Black Flag – Damaged I
  14. Nico – It has not taken long
  15. Totenbaum Träger – Fleur de néon I

Tracklist:

  1. Pérotin – Veni creator spiritus
  2. Scatman John – Scatman (ski-ba-bop-ba-dop-bop)
  3. Sonic Youth – Female Mechanic Now On Duty
  4. Kee Avil – Drying
  5. Mayhem – I Am Thy Labyrinth
  6. Koji Kondo – Castle Theme (Super Mario World)
  7. Anatole – Toune 9
  8. Metallica – St. Anger
  9. no cru5t – Metro 514
  10. MAP – For I Am Dead
  11. Muzion – La vi ti nèg
  12. Shania Twain – That Don’t Impress Me Much
  13. Brian Eno – Neroli: Thinking Music, Part IV
  14. Nirvana – Scentless Apprentice
  15. Marjo – Ailleurs

Tracklist:

  1. No Means No – Real Love
  2. The Weather Station – Thirty
  3. Gordon Lightfoot – Rosanna
  4. Joni Mitchell – Coyote
  5. Paul Simon – Boy in the Bubble
  6. Sonic Youth – Bull in the Heather
  7. Radiohead – House of Cards
  8. Billie Holiday – Strange Fruit
  9. Charles Ives – Three Places in New England
  10. Nina Simone – Wild is the Wind
  11. René Lussier – Première Course
  12. Francine Raymond – Y’a les mots
  13. Primus – Bob
  14. Ingrid Laubrock – Contemporary Chaos Practices
  15. David Bowie – Station to Station

Tracklist:

  1. Goat – Union of Sun and Moon
  2. Mon doux saigneur – Tempérance
  3. Try-angle – Writing on The Wall
  4. Queens of the Stone Age – Song For The Dead
  5. Jay Z – Empire State of Mind
  6. Lightning Bolt – Dead Cowboy
  7. Jetsam – Clayborne
  8. Turnstile – Fazed Out
  9. Dogo suicide – PETIT PRIX
  10. Simone Provencher – Choix multiples
  11. La sécurité – Try Again
  12. Afrodizz – Propaganda
  13. DakhaBrakha – Rusalochky
  14. Gouride – 在刚果
  15. Slapp Happy – The Drum

Quelques liens pour entendre/suivre Saints Martyrs:
Bandcamp – Saints Martyrs
Instagram – Saints Martyrs
Page Facebook de Saints Martyrs

critiques

Sonic Youth – Sister

Année de parution : 1987
Pays d’origine : États-Unis
Édition : CD, Geffen – 1994
Style : Noise Rock, Rock Alternatif, Expérimental, Post-Punk

Pour votre chroniqueur adoré, Sister, c’est le début de la sainte trinité sonic youth-ienne. C’est le premier opus discographique dans un triolet de disques quasi-parfaits et géniaux, où le groupe est au sommet de son art (Daydream Nation et Goo sont les deux autres). C’est sûr, le groupe a connu d’autres sommets vertigineux à travers son inépuisable discographie (qu’on pense à l’ambitieux Washing Machine ou au plus noir que noir Bad Moon Rising), mais c’est avec ces 3 albums que LE groupe alternatif par excellence a laissé sa marque sur le panorama musical et ce, à jamais. C’est ici que sera enfanté le grunge, après tout.

Sur le précédant album, le déjà superbe et bien nommé Evol, le groupe avait entamé son évolution vers des structures plus mélodiques et « composées » ; tout en conservant leur aspect bruitatif leur étant si cher (ces fameux feedbacks de guit, marque de commerce des New Yorkais). Sister s’inscrit dans le prolongement logique de cette démarche, confirmant à tous et toutes que Sonic Youth est un groupe de Rock avant tout, et non uniquement un ensemble de no wave avant-gardiste chevauchant des cascades de larsens. L’album débute de manière magistrale avec « Schizophrenia », un des plus grands morceaux de SY. Il y a d’abord CE putain de beat de batterie (doux et insistant) de Steve Shelley et puis arrive ces guitares reconnaissables entre mille, cette basse chaleureuse et la voix toujours blasée de Thurston Moore. Sous des allures on ne peut plus pop et apaisées, ce morceau est une tempête tranquille qui se termine dans un éclatement des plus jouissifs. Il y a aussi cette espèce de mélancolie étrange qui réside au cœur même de la composition, à travers ses paroles pleines de hargne et de confusion (Philip K. Dick en pleine crise d’adolescence), cette voix de sirène damnée (Kim Gordon qui fait ici penser à Nico) venant nous révéler des secrets brumeux… C’est comme si on avait toujours connu cette chanson, comme si elle avait habité dans notre imaginaire collectif pendant des années… Comment poursuivre après un tel monument ? Avec « Catholic Block », ni plus ni moins. Ça débute en chapeau de roue avec LE feedback de style « j’viens juste de plogger ma guit’ et ça enregistre déjà parce que je suis près à détruire tout sur mon passage !!! ». Rapide, punk, noisy à souhait, rempli à plus soif de dissonance : ça fait du bien par où ça passe. On tombe dans le plus introspectif avec « Beauty Lies in the Eye », où la voix envoûtante de Kim nous ouvre les portes de son âme :

« Do you want to see
The explosions in my eye
Do you want to see
The reflection of
How we used to be
Beauty lies
In the eyes of anothers dreams
Beauty lies
Lost in anothers dream »

– Beauty Lies in the Eyes

Le monde des rêves hallucinés, les amours morts ou perdus, l’irréel… Je ne sais pas à quoi ce titre fait référence mais c’est sacrément beau. Il est important de noter que le groupe était alors très inspiré par les écrits de Philip K. Dick (ci-haut mentionné), possiblement le plus grand auteur de science-fiction de tous les temps et aussi un des mecs les plus barges (ou lucide ?) que la Terre ait porté en son sein… L’univers de Dick est particulièrement présent à travers les paroles inspirées et l’atmosphère (chaos, folie, solitude, amour) de Sister. Le titre fait d’ailleurs référence à la sœur jumelle de K. Dick, morte en très bas âge (bien que l’auteur croyait mordicus que lui était mort et que c’est sa sœur qui était bien vivante… mais bon, ne nous égarons pas).

Ça se poursuit dans le bruit avec « Stereo Sanctity » et « Pipeline », deux morceaux qui butent sévèrement. Il y a de la rage ici mais aussi de la tristesse, du mal-être, de la paranoïa, du malsain… « Tuff Gnarl » est un aut’ monument. Début pop nostalgique rappelant la pièce introductrice de l’album, la chanson se mute en un véritable ouragan de larsens transgéniques. Les mecs et la fille de Sonic Youth ont bien compris comment recréer le phénomène de l’orgasme en musique, et ils ne s’empêchent pas de le mélanger avec l’univers du cauchemar. « Pacific Coast Highway », c’est du grand n’importe quoi épique ou plutôt c’est « Sister Ray » des Velvet passé dans le malaxeur des années 80. Kim a sa voix de prêtresse bipolaire cochonne et glaciale (comme je l’aime). La musique accompagnant ses proclamations est un espèce de mantra chaotique et hypnotique. S’ensuit alors le cœur de la pièce : un passage plus downtempo et instrumental renversant qui vient nous percuter en plein coeur… « Hot Wire My Heart », c’est Thurston qui se la joue Stooges et Ramones. Simple, con, dissonant et diablement efficace.

« Cotton Crown » est ce qui se rapproche le plus d’une chanson d’amour chez SY (« Angels are dreaming of you » répètent les deux tourtereaux). Kim et Thurston chantent tous deux ce qui pourraient être leur version de « I got you Babe », murs de guitares en lame de rasoir (signés Moore et Renaldo) en prime. Niveau ambiance, on est pas loin du grand Loveless de My Bloody Valentine. L’album se termine dans le chaos avec un « White Cross » qui te décrasse le système bien comme il faut. Et c’est déjà fini. Et c’était foutrement bon.

Sister est un chef d’oeuvre intemporel du Rock alternatif. C’est aussi l’album de Sonic Youth que je recommanderais à tous ceux qui veulent s’initier au groupe. Il y a tout ce qui fait leur magie là-dessus.


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critiques

Cardiacs – Sing to God

Année de parution : 1996
Pays d’origine : Royaume-Uni
Édition : 2 x CD, The Alphabet Business Concern – 1996
Style : OVNI, Art Punk, Rock Progressif, Expérimental, Psychédélique, Post-Punk, Pop, Zolo, Frank Zappa et les Chipmunks qui font du tricycle sur les anneaux de Saturne

NOTE D’UNE IMPORTANCE CAPITALE : Cette chronique a été écrite il y a de cela plusieurs années. Elle déplore la discontinuité du présent album ; discontinuité qui est, actuellement (en Février 2024), chose du PASSÉ !!! Avant de célébrer cette nouvelle fabuleuse en dansant un espèce de merengue-technoïde-expérimental-en-9/8 en compagnie de vous-même (tout en vous gorgeant de jus de pamplemousse faisandé), RUEZ-VOUS sur le site du groupe pour vous procurer la discographie entière de ces malades mentaux délicieusement atteints. C’est un ordre ! Ça se passe ici : http://www.cardiacs.net/


Une des plus grandes injustices en ce bas monde (à part la famine, la pollution, la corruption, la maladie, la désintégration du tissu social engendrée par la modernité et toutes ces choses tristes et consternantes, s’entend), c’est que cet album ait été dis-continué et par le fait même introuvable depuis des lustres (tout comme l’intégralité de la discographie du groupe le plus sous-estimé de tous les temps)… Comment la Terre a t’elle pu continuer de tourner alors que la race humaine entière ne chante pas les louanges et les hymnes des irremplaçables Cardiacs ? Ce disque est une incroyable tuerie, un condensé de folie pure, une violente ode au bonheur, un coup de poing souriant en plein visage. C’est le magnum opus de Tim Smith et de sa bande de joyeux lurons déglingués. Dur de définir l’incroyable claque que j’ai pris lorsque j’ai écouté ce disque pour la première fois de ma vie (il y à peine quelques mois) ; claque que tu prendras toi aussi, lecteur curieux et avide de nouvelles sensations musicales. Pour te préparer un tout petit peu : Imagine que Brian Eno époque Roxy Music, les Sparks, les Residents, Faust, XTC, Devin Townsend, Frank Zappa, Carl Stalling (le mec qui composait la musique des cartoons de Warner Brothers) et un quatuor à cordes se retrouvaient enfermés tous ensemble dans un studio pour une semaine, qu’ils ingéraient une importante quantité de champagne, de speeds et d’hélium et qu’ils décidaient de créer un opéra rock chrétien sur le thème du Big Bang. Imagine que le studio est hanté par des milliers de fantômes de lamas qui crachent des confettis multicolores partout, partout, partout… Imagine qu’après avoir joué comme des malades mentaux profonds pendant trois jours, ils se commandent une pizza et que le livreur soit en fait Alvin, accompagné de ses inséparables Chipmunks (qui sont aussitôt recrutés comme « guest vocalists »). Imagine la fin des temps, le dernier jugement, mais avec le sourire. Ferme les yeux et imagine tout ça. Bien… Cela se rapproche à peine de l’expérience que représente l’écoute des deux CDs qui constituent Sing to God.

Rarement disque m’aura autant fait penser à l’acte de regarder des Ciné-Cadeaux sous l’influence du LSD (pendant qu’une tempête de neige cosmique bat son plein à l’extérieur)… euh enfin, aucun autre disque n’a jamais eu cet effet si particulier sur ma psyché. Ce qui étonne, tout d’abord, c’est la grandiosité du truc. Ici, tout est grandiloquence, démesure, opulence du son dans toute sa splendeur. Bref, on ne se prive pas : production en béton, orchestrations raffinées, chœurs déments avec ses voix complètement illuminées qui montent à n’en plus finir (pour notre plus grand bonheur), paroles aussi épiques que débiles (ce chien qu’on appelle Sparky !), guitares rugissantes, solos aussi complexes qu’énergiques, incursions zappa-iennes par ci par là (la fin de « Odd Even » et « Fairy Mary Mag » vont faire vibrer plus d’un fan du célèbre moustachu), claviers surpuissants qui englobent tout, batterie virtuose, piano style « Schroeder de Charlie Brown », orgues, cordes, bandonéons, canons à la Gentle Giant, sans oublier les CUIVRES !!!, mélodies pop sucrées à souhait mais boostées au Metal, rythmiques post-punk, dissonances psychédéliques insolentes, explosions de rires biscornus… Tout ici est GRAND et PUISSANT et DANS TA GUEULE.

Et les morceaux… des joyaux de composition, TOUS. Pas un moment faible à travers les quelques 90 minutes que dure l’album. Après l’intro (« Eden on the air ») qui nous ouvre les portes d’un paradis lysergique, on se frotte à un « Eat it up worms hero » qui donne la couleur… enfin tout le spectre des couleurs des Cardiacs version nineties. Cette pièce, c’est une visite du cirque le plus dérangé de tous les temps (les membres de Queen grimés en clowns décadents et jonglant avec des moustaches géantes, Serj Tankian nu dans un costume de lion tout déchiré, le chapiteau qui a des dents de vampire, des nuages en barbe-à-papa qui surplombent la scène) couplée à un bad trip de champis mais tout ça passé en fast forward. S’ensuit alors « Dog Like sparky », avec toute sa candeur contagieuse, sa structure alambiquée et son côté « refrain de la mort qui tue ». C’est un hymne tellement attachant qui me reste joyeusement coincé dans le cerveau pendant des jours (souvent) mais dont je ne me lasse jamais. « Fiery Gun Hand » est un délire d’une rare puissance, où les voix tarées des tachycardes atteignent des sommets de démence (et ce n’est qu’un début…). Un solo de guitare effréné plus tard et le délire se poursuit avec les insectes et Lassie. Zappa qui joue du Ska dans l’espace avec Tim Burton ? Et pui koi encore !!! À vrai dire le délire ci-mentionné ne s’arrête jamais les amis ! Tout ce premier disque est un long moment de bonheur et d’euphorie qui régale et qui fait peur en même temps (la peur de redescendre brutalement après être monté si haut !). À noter les magnifiques incursions vocales de Claire Lemmon un peu partout ainsi que l’hommage à une des chansons les plus connus de Faust (« je n’ai plus peur de perdre mes dents ») sur « Wireless »…

Le deuxième disque, un tantinet (à peine) plus tranquille par moments, est aussi le plus varié des deux. Ça commence superbement avec « Dirty Boy », morceau é-p-i-q-u-e jusqu’à la moelle et rivalisant avec les moments les plus impossibles du Infinity de Devin Townsend. S’ensuit des morceaux oscillant entre le bordel maniaque du premier CD et d’autres rappelant les travaux plus eighties du groupe mais updatées à leur sauce moderne. Mais il y a tout de même des étrangetés encore plus étranges à travers ce CD : l’élégant et beatlesque « No Gold » avec son espèce de nuage de cordes en suspension, l’audacieux et sombre « Nurses Whispering Verses » qui est presqu’une symphonie à lui tout seul, ainsi que cet espèce d’interlude franchement malsain, « Quiet as a Mouse », qui rappelle « After School Special » de Disco Volante de nos amis californiens préférés (album sorti à peu près en même temps). Patton est d’ailleurs très fan ; il devait d’ailleurs réédité toute leur discographie sur Ipecac, le bougre ! Kes kil attend ?

Bon… Je me suis encore étendu un peu trop… Mais c’est de bonne guerre. Tout l’amour et l’admiration que je voue à cette musique et à ces êtres se devait de sortir un jour ou l’autre. En gros, ruez vous sur ce Sing to God in-cré-diii-ble tout de suite et sur les autres albums du groupe !!!!


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Autres Mixes, Mixtapes

Halloween Goth-Mixtape : sélections de Simon Fortin

Une délicieuse mixtape d’Halloween (un peu tardive) à ajouter à notre magnifique sélection déjà fort exhaustive de 2023 (Psychédéliquement vôtre – spécial Halloween, L’Halloween psychotronique de Léon LeCamé, Rap de Caniveau et Trames Sonores de films d’épouvante).

Mon ami Simon Fortin est, à égalité avec Mathieu Barbe, ma BIBLE absolue en matière de musique gothique. Et il a eu la glorieuse idée de me soumettre cette sélection quasi-parfaite de pépites goth-rock, death rock, batcave, post-punk, coldwave, minimal wave, ethereal wave (et plein d’autres -wave), rockabilly, hardcore punk schizoïde, etc…

Un gros merci au magnifique et ténébreux Simon pour cette collaboration des plus sympathiques !

Bonne écoute à tous les squelettes de tamias ré-animés par la magie noire d’une sorcière polonaise incandescente répondant au doux nom de « Belzubasbatrich’rtazoum ».

Tracklist

  1. Cinema Strange – Aboriginal Anemia
  2. Christian Death – Skeleton Kiss: Fright
  3. T.S.O.L. – Silent Scream
  4. Radio Werewolf – Buried Alive
  5. The Wake – Give Up
  6. The Mob – I Wish
  7. A Certain Ratio – And Then Again (12″ Version)
  8. Death In June – Nothing Changes
  9. The Candles Burning Blue – After My First Murder
  10. Little Nemo – Empty House
  11. Trisomie 21 – Il Se Noie
  12. Tarantula Ghoul & Her Gravediggers – Graveyard Rock
  13. Rudimentary Peni – Radio Schizo
  14. Belgrado – Jeszcze Raz
  15. Siiiii – Rictus
  16. Der Fluch – Wenn Die Hexen Tanzen
  17. Voodoo Church – Eyes (Second Death)
  18. Sex Gang Children – Deiche
  19. Grauzone – Ein Tanz mit dem Tod
  20. Siekiera – Nowa Aleksandria
  21. The Cure – Fear of Ghosts (Band Rehearsal)
  22. Corpus Delicti – Twilight
  23. Mephisto Waltz – Eternal Deep
  24. The Snake Corps – « This Is Seagull…. »
  25. Handful of Snowdrops – Gabrielle
  26. Dream Affair – The Porter
  27. Pink Turns Blue – Your Master Is Calling
  28. Iron Curtain – The Condos
  29. This Mortal Coil – Sixteen Days / Gathering Dust
  30. Palissade – M’éloigner
  31. Rozz Williams & Gitane Demone – Flowers

*Mixtape montée par Salade d’endives / sélections de Simon Fortin.

critiques

The Damned – Machine Gun Etiquette

Année de parution : 1979
Pays d’origine : Royaume-Uni
Édition : Vinyle, Chiswick – 2016
Style : Punk, Post-Punk, Art Punk, Pop Couillue

Ça c’est du punk comme je l’aime. Inventif, audacieux, irrévérencieux, vicieux, énergique, cartoonesque jusqu’à la moelle, oh so very very british ; mais aussi bourré de mélodies imparables qui te restent scotchées à jamais dans le cortex (cette sensibilité « pop » qu’on retrouve aussi chez les Buzzcocks). Ce troisième album de nos damnés chéris n’a failli jamais voir le jour. Après leur second album mi figue mi raisin (que j’aime bien cependant), le guitariste et compositeur Brian James avait quitté le navire… Notre bon Capitaine Sensible a passé de la basse à la gratte principale. Lemmy de Motorhead a rejoint le groupe en mutation en temps que bassiste pour un gros 5 minutes… Puis les tentatives de recrutement d’un bassiste permanent ont finalement abouti avec l’excellent Algy Ward (ex Saints) qu’on retrouve sur ce Machine Gun Etiquette le cul assis sur 4 chaises en permanence.

Pourquoi donc cette allégorie d’arrière train ? Parce que c’t’album est à la croisée des chemins. C’est l’album de transition (réussi) par excellence. Ce n’est plus du tout le punk garage pur et dur de « Damned Damned Damned » (1977). Ce n’est pas tout à fait du post-punk (pour ce que ça veut dire). C’est un mélange de tout ça mais c’est aussi plein de pop muzik rutilante/couillue, d’explosions de clavier qui pourraient aussi figurer sur un disque prog ou psych (ce farfisa !), de solos de guitare jouissifs, de théâtralité grandiloquente et même de petits relents du futur goth-rock/new wave de la troupe.

Musicalement, ce mix improbable aurait pu résulter en une catastrophe ambulante entre les mains de muzikos moins fabuleux. Mais les Damned ont réussi leur pari et livrent ici la marchandise comme les petits Dieux bien baveux et mal élevés qu’ils sont. Il y des TOUNES incroyables sur toute la galette, mes amis. Pas un seul moment faiblounet. La créativité de ces gars là était tellement débordante que le disque a du faire pâlir d’envie toute la compétition à l’époque (à part les Pénis Buzzés ci haut mentionnés car ils butent tout aussi sévèrement).

Les fans de Punk pur jus seront ravis par une pléiade de morceaux bigrement efficaces : « Love Song » (la plus émouvante chanson d’amour de l’histoire moderne), la pièce titre très rentre-dedans (avec les garçons de The Clash aux choeurs !), la classique « Noise Noise Noise » (presqu’impossible de ne pas l’écouter deux fois de file) ou encore « Liar » qui sonne très très Sextolets Pistuels.

Mais prenez ensuite un truc comme « I Just Can’t be Happy Today »… VAT IS DISS ? Le chant hanté/habité de Vanian vachement proto-goth, l’orgue psychotronique à la Stranglers, la batterie véloce de notre rat galeux préféré… On est vraiment ailleurs et pourtant, on ne perd pas le côté très « immédiat » du punk. Sublime enchevêtrement de pleins d’influences disparates que voilà. Sinon, t’as « Melody Lee » qui débute presque comme une pièce d’Elton John avec ce piano grandiloquent avant de se muter en chanson pop punk géniale ponctuée de passes de gratte folle de m’sieur Sensible (un homme que j’aime beaucoup). Oh, et vous aimez faire des bad trip de mush au cirque ? « These Hands » est là juste pour vous mes chers. Ah-ah-ah-ah-oh-oh-oh-ooooh !

La pièce de résistance (selon moi) du divin disque, c’est ce « Plan 9 Channel 7 » qui rend un vibrant hommage au classique cinématographique de monsieur Ed Boisé (featuring Bela Lugosi et aussi le dentiste d’Ed). Ici, on a affaire à du goth-rock catchy en diable qui monte progressivement en intensité, porté par une section rythmique implacable et une lead guitare savoureuse, avant d’atteindre son apogée dans les mugissements d’un clavier fantomatique et les hululements de cette voix de fausset en extase.

Pas juste un des meilleurs albums de punk de tous les temps mais aussi un très grand disque de musique.


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critiques

The Pop Group – Y

Année de parution : 1979
Pays d’origine : Royaume-Uni
Édition : CD, Rhino – 2007
Style : Post-Punk, No Wave, Rock Expérimental, Dub, Funk, Art Punk, Free Jazz

Bristol, 1977… Il devait il y avoir quelque chose de vicié dans l’eau ou un contaminant chimique dans l’air. Sinon, comment expliquer ÇA ? Comment expliquer sinon la formation de cette bande de joyeux drilles déglingués/atypiques/schizoïdes à souhait ? (et le mot « schizoïde » n’est pas choisi au hasard m’sieurs-dames ! Suis-je le seul à déceler ici des relents de la pièce d’ouverture du premier disque du Roi Pourpre ?).

Le groupe Pop, c’est 5 jeunots tous plus barges les uns que les autres. Il y a le chanteur Mark Stewart, le guitariste John Waddington, le bassiste Simon Underwood, le guitariste/saxophoniste Gareth Sager et le batteur Bruce Smith. Ces sympathiques messieurs sont friands de funk, de dub, d’avant-garde et de Jazz libre. Au lieu de se choisir un créneau à travers tout cela, ils ont décidé de mettre l’intégralité à la poêle (le rond à « high ») et de déglacer avec une généreuse portion de ce qu’on appellera bientôt le Post-Punk (un « style » qui n’en est pas vraiment un ; vu la grande disparité musicale des groupes à qui ont a affublé l’appellation)

Produit par un mec plutôt versé dans le reggae (le barbadien Dennis Bovell, membre du groupe Matumbi et collaborateur régulier de Linton Kwesi Johnson), ce premier album de nos comparses anglais est un véritable malstrom d’idées confuses et jusqu’au boutistes, de styles musicaux disparates qui baisent entre eux dans une perpétuelle orgie sonore, de cris et gloussements folichons de défoncé mental sévère, de guitare atonale qui te décape le conduit auditif « drano-style », de saxo free jazz rappelant James Chance/White, de basse funky à la James Brun, de percussions tribales sèchement sociopathes ET de passages glauquissimes de quasi « musique concrète » où presque toute forme de structure disparaissait au profit d’un délicieux malaise…

Et malgré tout, on ne peut pas s’empêcher d’avoir le goût de DANSER pendant l’écoute de ce monument de « What The Fuck ». DANSER comme des fous, de manière désordonnée, en boxer-shorts, dans les rues, un scalpel bien effilé dans la main droite ; un milkshake choco-banane dans l’autre. DANSER toute la nuit si il le faut. Pour citer l’animatrice maison qui a jadis co-interprété le méga-tube-des-z-internets Ma Colombe est Blessée : « C’est des musiques TELLEMENT entraînantes »

Parce que OUI, milles fois OUI : The Pop Group, malgré toute sa grandiloquente DÉMENCE, porte bien son nom. Car le côté pop-dansant-quasi-surf-rock, il est partout (sur la Face A ; la B peut-être moins). Ça sort de tous les pores de cette musique-fléau. On peut facilement penser aux Talking Heads…. mais genre le frère jumeau un brin retardé/asperger/dangereux/louche de Tête parlante premier du nom…. celui qui gamin aimait courir à poil dans l’appart avec des ciseaux dans les mains, la bouche pleine de corn flakes, en écoutant un disque vEnyle d’Albert Ayler à plein volume.

Chaque morceau ici présent est une petite maladie mentale en soi.

Il y a d’abord la spasmodique « She Is Beyond Good & Evil » qui ouvre le bal de belle façon avec sa rythmique syncopée (presque caribéenne), sa guitare fuselée qui est tellement à l’avant scène dans le mix qu’on sursaute à chacune de ses apparitions, cette basse funky en retrait, ce reverb dub-licieux, et bien sûr : l’arsenal vocal complètement déluré de Mark Stewart (le chanteur qui veut te péter la gueule avec sa voix qui change de tonalité aux 2 secondes). « Thief of Fire » est un autre morceau funk-punk HYPER tendu de haute volée…. mais on commence à sentir ici qu’on est pas chez Gang of Four ou The Wire… le trouble commence à s’installer. Le saxo foutraque fait son apparition… le déstructure prend le dessus sur la normalité. Une tonne d’effets sonores bien siphonnés font irruption (échos, reverb, samples de voix). Ce disque n’a pas fini de nous surprendre.

« Snowgirl », on dirait deux bands complètement différents qui essaient de s’enterrer l’un l’autre. Un qui officie dans le cool-jazz de bar enfumé et l’autre dans le noise-rock-improv. Ils finissent par s’accorder ensemble juste quand le morceau s’achève sous notre psyché ébahie. « Blood Money », c’est du quasi industrial-free-jazz. Terriblement accrocheur, « We Are Time » a ce petit côté rockabilly-surf-50s que j’affectionne temps.

Flashback d’un séjour irréel dans un hôpital psychiatrique hanté avec « Savage Sea » (moment le plus neurasthénique du disque… et mon morceau préféré de la troupe) où la mélancolie d’un piano effleuré façon « Vince Guaraldi sur le buvard » est recouvert par les brumes opaques des murmures chaotiques, des échos fantomatiques, des quasi chants grégoriens zombifiés et de la belle musique concrète comme je l’aime.

Avec la Face B, on plonge dans le No Wave tête première, sans jamais vraiment en ressortir… On se croirait chez les fous de Mars ou de DNA (versant british). Ceux qui aiment les mélodies, les jolies compositions et l’ordre vont abandonner ici leur écoute (si ce n’était pas déjà fait avant). Inutile de commenter chaque pièce. C’est un tout compact, sans réel début ni fin. Les mauvaises langues diront que c’est du foutage de gueule. Pour moi, c’est de la grande musique de « crétins géniaux »

VERDICT : « Y » est un disque essentiel pour tout fan de musique dérangée. Un ÉNORME disque de post-punk expérimental et un bel exemple de l’influence de la scène no-wave new yorkaise outre-Atlantique. Un quasi chef d’oeuvre.


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critiques

Blonde Redhead – Melody of Certain Damaged Lemons

Année de parution : 2000
Pays d’origine : États-Unis
Édition : CD, Touch & Go – 2000
Style : Art Rock/Pop un brin bipolaire, Rock alternatif, Post-Punk, Noise Rock

Ma découverte de la musique de Blonde Redhead s’est fait (bizarrement) par l’entremise de ce disque assez singulier ; facilement le plus atypique de leur discographie. C’est aussi celui que je ressors le plus souvent. J’y suis attaché à ce disque un tantinet mal-aimé, pas carré du tout, tristounet, un peu neurasthénique… On sent qu’avec cet album mi-figue mi-raisin, les membres du groupe sont à la croisée des chemins ; un pied encore dans leur passé rock noisy et l’autre dans leur avenir électro/dream-pop/trip-hop alternative. Mais ce n’est pas juste ça… Ce disque est une oeuvre au gris… froide et presque désintéressée… Un disque de pop parfait pour ces jours brumeux de Novembre. À travers toutes ces pièces (mêmes celles qui sont un peu plus rock ou électro-pop), on ressent un espèce d’accablement résigné. Et moi qui aime la musique triste et belle, ça vient me chercher.

L’album commence avec cette étrange intro électro affectée/somnolente (claviers mutants + échantillonnage sonore abstrait) avant de se muter en un de mes morceaux préférés de l’histoire du trio : « In Particular ». C’est une petite pépite pop à la rythmique biscornue, bancale, syncopée, obsessive-compulsive même (forcément, ça me parle). Avec sa voix enfantine et sérieuse, Kazu Makino entonne un texte mystérieux, avec ses allitérations sur le prénom « Alex » et ses références à la dépression et la paranoia…. Troisième piste, « Melody of Certain Three » est beaucoup plus rock et rappelle les oeuvres précédentes du trio, mais on sent cette langueur surannée s’instaurer petit à petit à travers… « Hated Because of Great Qualities » continue dans la grisaille. C’est un morceau post-punky  avec un habillage sonore extrêmement minimaliste. Batterie lancinante à l’avant-plan, basse funèbre et guitare éplorée (qui intervient pas mal juste durant le refrain). Très beau.

« Loved Despite of Great Faults » est le revers un brin plus entraînant de sa pièce-soeur, mais avec Amedeo Pace au chant cette fois (info complémentaire: Blonde Redhead est un groupe à 2 chanteurs). La « ballade des citrons » est un interlude similaire à l’intro, le genre de bidouillage sonore qu’on aurait pu entendre sur un disque du BBC Radiophonic Worshop vers le milieu des années 60. « This Is Not », c’est la piste la plus accessible du disque, même si le spleen n’est jamais loin et la recouvre parfois de son ébène… C’est une jolie ritournelle électro-pop avec ses synthétiseurs kraftwerkiens.

« A Cure » est un autre moment fort de l’album. Très Sonic Youth mid-tempo, avec un clavier analogue vieillot qui tapisse le fond sonore d’une singulière façon. Les deux chanteurs interviennent à divers moments. Il y a aussi ce petit côté Math-Rock savoureux (on est chez Touch & Go aussi… et c’est Guy Picciotto de Fugazi à la prod). « For The Damaged » est une ballade mélancolique guitare/piano/voix (féminine), magnifiquement dépouillée. Cela fait mouche à chaque écoute.

Brutalement, sans crier gare, l’accablement laisse place à une colère brute sur l’avant-dernier titre (« Mother »). Lo-fi as FUCK. Volontairement mal enregistré. Ça gueule. Ça rugit. Ça tabasse. Basse en forme de vertiges. Batterie étouffante et étouffée. La tristesse s’est mutée en haine, le temps d’un 2 minutes assez essoufflant. Et puis… On revient au piano sépulcral qui nous introduit la complainte de cloture, « For the Damaged Coda ». L’album se referme sur son trouble.

La « Mélodie de ces certains citrons endommagés » est un disque hautement recommendable d’un très très bon groupe qui mérite d’être connu par tout mélomane. Normalement, je recommanderais plutôt de commencer avec un « Misery is a Butterfly » (plus mélodique) ou un « Fake can be just as good » (pour leur période Noise-Rock) mais comme ce disque a fonctionné comme porte d’entrée pour votre humble serviteur, il pourrait potentiellement faire de même pour vous.


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