Style : Psychédélique, Musique électronique, IDM, Ambient Techno
Geogaddi est un album étrange, à la fois accessible et avant-gardiste, prenant et inquiétant, mécanique et humain, diurne et nocturne, démoniaque et enfantin, moderne et poussiéreux, réconfortant et malsain, froidement chaleureux ; abritant son lot de mystères insondables et de secrets enfouis en son coeur… C’est une sorte d’antiquité futuriste – une carte postale jaunie provenant d’on ne sait où (qu’on découvre dans un coffre perdu au fond du grenier).
Duo de frangins écossais, Boards of Canada évoluent depuis la fin des années 80 dans un style qui leur est totalement propre (et copié par tant d’autres par la suite, avec plus ou moins de succès) : un croisement ingénieux entre ambient, techno, psychédélisme, hip-hop et trip-hop. C’est une musique qui puise une grande part de sa magie dans le mariage insolite qu’elle officie entre l’analogue et le digital ; le passé, le présent et le futur. Mais ce qui la rend si authentiquement géniale, c’est l’atmosphère quasi-indescriptible qui s’en dégage ; cette ambiance unique et hantée. Chaque son ici présent contribue à raffiner une toile sonore abstraite et ensorcelante… que ce soit celui d’une vieille nappe de synthétiseur, d’une voix filtrée au vocoder, d’un beat lancinant et syncopé ou d’un sample tiré d’un documentaire de la BBC des années 70 (sur la vie des plantes aquatiques). Geogaddi, c’est un album techno dont l’enregistrement aurait été hanté par le spectre d’un album de pop psychédélique obscur (et jamais édité) de la fin des années 60.
L’album se divise entre morceaux plus longs, souvent les plus planants, et des minuscules piécettes bizarroïdes et abstraites (servant d’intros et d’outros aux autres pistes). À son écoute, il se dégage vraiment quelque chose de profondément étrange (comme je l’ai mentionné plus haut) de cette oeuvre, une sorte de mélancolie douce et hermétique, qui renvoie immanquablement à l’enfance (à son côté merveilleux, à ses joies mais aussi à ses peines, ses peurs…). L’album est une longue mer de samples de voix d’enfants récitant des publicités, des informations touristiques et géographiques… des enfants qui jouent (comme sur la pochette, une des plus belles de ma collection) et qui nous invitent à vivre « dans un endroit magnifique dans la nature » (cette citation fait référence au massacre de la secte américaine des Branch Davidian… c’était la phrase-clé se trouvant sur leurs pamphlets publicitaires). En plus du côté « comptines enfantines et dérangées », les membres de Boards of Canada sont indiscutablement fascinés par l’histoire, mais aussi par les mathématiques (« Music Is Math »), la religion, la géographie, la science (« Alpha And Omega »), le cinéma et la culture en général. Leur musique est truffée de références à ces domaines (parfois sous la forme de messages métaphoriques ou subliminaux ; inversés dans la musique). Par exemple, pour continuer avec le thème des sectes, le morceau « 1969 » nous amène à penser aux meurtres perpétrés par le clan Manson cette année là. Lorsqu’on écoute « a is To b is To C » à l’endroit (ou devrais-je plutôt dire à l’envers), on peut entendre un monologue des plus singuliers, un espèce de mantra narcotique (« We..Love…You…All! ») de même qu’une chansonnette pleine de menaces (« If you go down to the woods today, you’d better not go alone! »). Tout ceci ne fait qu’accentuer le côté tourmenté de cet album de 66 minutes et 6 secondes…
Pour conclure, Geogaddi est un des disques les plus particuliers de ma discothèque, mais aussi l’un des plus savoureux. Rétrospectivement, c’est l’album qui a plus ou moins donné naissance au courant de « Hauntology » qui nous a amené certaines des oeuvres les plus intéressantes du 21ème siècle jusqu’à présent (The Caretaker / Leyland Kirby, Burial, Broadcast & The Focus Group, Ariel Pink, Oneohtrix Point Never, etc…). Un album extrêmement riche qui se laisse découvrir petit à petit… et dont on aura jamais vraiment fait le tour. Beau et étouffant, comme les rêves et les cauchemars d’enfants.
Dans un même état d’esprit, Salade vous recommande :
Broadcast & The Focus Group – Investigate Witch Cults of the Radio AgeOneohtrix Point Never – RiftsThe Advisory Circle – Other Channels
Style : Psychédélique, Rock Progressif, Space-Rock, Krautrock
Oh que OUI !!! Un des meilleurs albums « live » de tous les temps et possiblement le meilleur truc que Grobschnitt (bordel que ce nom est l’fun à prononcer) ait jamais enregistré. Ces joyeux pyromanes (voir la pochette) amateurs de fumette et d’atmosphères intergalactiques nous livrent ici la version la plus endiablée de leur « suite solaire » (qu’on retrouvait initialement sur leur second album studio, « Ballermann », paru en 1974). Au menu ? Du Rock SPATIAL grand cru avec de la guitare complètement orgiaque, une batterie tribalo-kaléidoscopique, d’la basse choucroutée, des claviers qu’on dirait tout droit sortis d’une bande-annonce d’un film de sci-fi early 80s et des vocaux d’handicapés sévères. Sounds like a good time ? That’s because it is !
Ce n’est pas un vulgaire album en pestak où le groupe se contente de jouer les notes justes devant un public déjà conquis… Que nenni monseigneur ! Tout ici n’est que passion, communion, DROGUES, puissance brute, amour des sons libres et fous, incandescence, folie irradiante et irradiée. Ces gens sont FAITS pour le live. C’est leur champ de bataille. Leur chemin de croix. Leur laboratoire de catastrophe générale. Leur exutoire céleste.
Bordel que j’aime comment cela SONNE. La prise de son est énorme. Le mix de Eroc est splendissime. C’est sauvage tout en étant lisse comme la peau d’un bébé dauphin. Inutile de vous parler des pièces ! L’album n’est qu’un seul même bloc-morceau monolithique qui monte constamment en intensité, avec des moments de douceur où la tension demeure enfouie au coeur de la bête (sans jamais mourir).
La FACE A, après une brève intro rigolote (marque de commerce des galopins), prend tout son temps à installer son atmosphère céleste… Après un 5 minutes à voleter ci et là, la supernova sensorielle nous happe de plein fouet lorsque nos tympans arpentent la section nommée « Solar Music II ». C’est l’heure de se prendre une FORTE dose de Space Rock véloce et extatique en plein cortex chers amis ! Non mais écoutez cette guitare !!! Et cette batterie !!! Les autres muzikos ne sont pas en reste, aidant à tisser cette musique créatrice de mondes intérieurs ; de galaxies névralgiquement vôtres. Le côté UNO de la galette se finit en coït interrompu.
On retourne le disque venu d’ailleurs, on dépose l’aiguille et on repart exactement là où il nous avait laissé : à l’épicentre d’un quelconque vortex de galvanisante guitare électrique. Ensuite, on souffle un peu à travers des moments plus doux (« Golden Mist »), là où les claviers psychotroniques sont comme une fine pluie acide que des nimbostratus surréalistes déversent sur un volcan sur le bord de l’effusion… La batterie se fait encore plus énigmatique. La basse toujours constante, agissant comme assise précieuse à toute cette immensité. Les rires narcotiques sont salaces. Et ça finit par re-galoper dans une course effrénée, vers l’orgasme tant attendu (et désiré).
Et voilà que ça arrive juste au bon moment ! Les gars de Grobschnitt ont la décence de nous achever juste quand eux ils se calment aussi ; sans nous labourer ça inutilement post-jouissance. En guise de pillow talk, ils nous servent une petite dose d’ambiant rappelant le rêve de mandarine. Exquis. Ils savent recevoir ces chevelus garçons !
Donc… mes amis… Vous vous en serez douté vu mon côté dithyrambique en pleine action, ce disque est un MUST absolu pour tout amateur de musique de drogué, de kraut psyché, de Floyd et ersatz, de Hawkwind et compagnie. C’est rare que je dis cela mais si vous voulez vous initier à la musique de Grobschnitt, COMMENCEZ par ce disque live proprement ahurissant. GRAND.
Dans un même état d’esprit, Salade vous recommande :
Pink Floyd – UmmagummaHawkwind – Space RitualGong – Flying Teapot
Celui-là nous vient de la Terre… De ses forêts embrumées où les songes prennent vie, des ruisseaux qui y coulent doucement, de ses milles sources qui les alimentent, de ses sentiers insolites qu’une nature impie offre aux voyageurs pénétrant en son sein, de ses arbres vénérables qui ont vu défiler les siècles, du sol lui-même, des racines qui s’y agrippent, de l’humus, de la roche-mère… ça rappelle un peu le premier cycle de la Ballade au bout du monde de Makyo, avec ce village médiéval anachronique perdu au fin fond d’un marais vaporeux. Mais c’est aussi tellement plus que ça.
Alpes. Groupe phare de la scène française underground du début des années 70, aussi fou qu’un Magma (dans un tout autre registre), aussi planant qu’un Gong qui aurait plutôt élu résidence sur Gaïa que sur une planète en dehors du système solaire. Entité sonore résolument unique dont la tête pensante, l’artisan miraculeux Patrice Moullet, invente ses propres instruments : cosmophone (sorte de viole de gambe électro-acoustique) et percuphone (instrument à cordes frappées). Alpes allie ici des éléments provenant d’écoles diverses tout en conservant un son qui leur est propre : le côté punk et brut des Stooges première mouture, l’aspect cosmique/psychédélique d’un Pink Floyd, l’influence certaine des minimalistes/répétitifs américains (Riley, Glass, Reich, Adams), un côté progressif indéniable dans l’instrumentation (l’orgue). C’est sans oublier les relents mystiques de la musique médiévale, qui englobe et parfait l’esthétique du groupe.
Et puis il y a Catherine Ribeiro, la grande prêtresse de ce nouveau monde créé par ces chantres possédés. Sorcière anarchiste, enchanteresse, poétesse touchée par la grâce, aussi fragile qu’indestructible, belle et sauvage. Elle incarne un idéal magique entre Léo Ferré et Nico (si cette dernière savait chanter, ceci dit BIG RESPECT for Nico). Ses textes vous percutent l’âme et ils sont déclamés comme des chants de guerre, des révélations d’une âme à nue, des épitaphes glaçants de vérité. Qu’elle les chantent, les récitent solennellement ou les hurlent, cela demeure du très très TRÈS puissant. Très rares sont les chanteurs qui m’affectent autant que cette Catherine là.
L’album débute par 2 courts morceaux aux formats plus conventionnels. « Roc Alpin », c’est le meilleur Kraut-Rock non allemand qui soit. Une rythmique motoriKque à souhait, des élans de claviers qui font penser à NEU! et la voix puissante de mamzelle Ribeiro (de registre presque baryton). Ça opère en diable et c’est fichtrement bon. S’ensuit « Jusqu’à ce que la force de t’aimer me manque » (non, ce n’est pas un titre d’album post-rock) qui aurait facilement pu être un morceau de 22 minutes tant il est puissant mais qui referme tout bonnement ses portes sur son mystère après un maigre 3 minutes de folie sonore… C’est avec cette pièce que j’ai connu nos comparses et je dois dire que j’ai pris une foutue claque. Moi qui cherchait à l’époque des nouveaux groupes de weird folk, je ne m’attendais pas à quelque chose d’aussi viscéral et étrange que ça. Cette guitare folk victorieuse, ce texte impénétrable scandé sans aucune retenue et ces bidouillages électro-acoustiques qui recouvrent le tout de vertiges aériens enfumés. Parmi les 3 minutes les plus épiques de l’histoire de la musique.
Malgré l’excellence inouïe de ces 2 premiers morceaux, ils ne sont que des hymnes incantatoires qui sont là pour nous préparer mentalement à la suite, à nous mettre dans un état de transe idéal pour affronter les 2 monstrueuses dernières pistes, « Paix » et « Un jour… la mort ». Mais bon, rien ne peut adéquatement nous préparer à ce qui s’ensuit. La pièce éponyme est une affirmation bouleversante de colère envers un monde désaxé ; un brûlot anarchiste où Ribeiro, impérieuse et catégorique, crache sa haine et son dégoût avec une froideur toute singulière. Et il n’y a pas que la haine mais aussi le cri rassembleur pour tous les frères et sœurs d’armes, ceux qui sont morts pour la cause et ceux qui viendront continuer le combat pour un monde plus juste… Il est nécessaire de rappeler que pendant l’enregistrement du disque, les bombes tombent toujours sur le Nord-Vietnam. Le titre (et l’intérieur de la pochette du vinyle) font référence à cela mais Catherine nous offre une vision encore plus absolue et universelle d’un idéal qui se voit avorté depuis toujours par l’autorité, la stupidité, la corruption.
Musicalement, « Paix » sonne comme absolument rien d’autre de connu. C’est du Alpes et c’est tout. Cosmophone et percuphone sont de la partie. Une trame percussive taillée à même l’irréel vient appuyer les exécrations féroces et les élans de tendresses de notre cantatrice. La musique monte, inlassablement, vers des méandres jusque là jamais explorés. Et cette finale percus / orgue / voix est absolument céleste. Je défie quiconque de ne rien ressentir à l’écoute de cette étrange merveille.
Pour finir, comme si nous n’avions pas déjà vécus une montagne russe d’émotions vives, Catherine Ribeiro nous raconte son suicide puis sa conversation subséquente avec la grande faucheuse dans « Un jour… la mort ». Morceau de bravoure (25 minutes), qui n’a pas peur d’aller au fond de la noirceur la plus opaque pour nous ramener dans une lumière irradiante. Loin des clichés, cette pièce est un voyage entre 2 rives, où Ribeiro, l’âme sur le papier et aux lèvres, nous pond possiblement le texte le plus authentique et le plus beau qui soit sur un sujet tabou (surtout pour l’époque !). Elle nous amène dans son désespoir, sa lassitude de tout, son abattement, au plein cœur de sa dépression et nous laisse entrevoir les charmes surannées et délivreurs de celle qu’elle a déjà vu comme une alliée. On se sent presque voyeur en écoutant un texte aussi personnel, aussi révélateur… et pourtant, aussi nécessaire. Le tout se termine sur une véritable affirmation de vie qui me jette sur le cul à chaque écoute (ce coda !!!). Et putain ! L’instrumentation est tellement héroïque et grandiloquente (on croirait entendre Godspeed You! Black Emperor mais réincarnés en bardes gaulois).
« Un jour, la Mort, cette grande femme démoniaque M’invita dans sa fantastique demeure Depuis longtemps elle me guettait, m’épiait Usant de ses dons, de ses charmes magiques Elle cambrait sa croupe féline Fermait à demi ses paupières lourdes de sommeil Au-delà desquelles brillaient deux yeux de guet-apens Le souffle court, les lèvres entrouvertes Elle murmurait : viens chez moi, viens, viens Approche, viens t’enrouler dans mon repos Mon repos – repos – repos – l’éternel repos. »
– Un jour… la mort
« Paix », c’est vraiment quelque chose d’autre… Je me répète mais vous n’aurez jamais rien entendu de pareil. Je ne peux en dire plus. Il faut en faire l’expérience.
Dans un même état d’esprit, Salade vous recommande :
Édition : 2 x CD, The Alphabet Business Concern – 1996
Style : OVNI, Art Punk, Rock Progressif, Expérimental, Psychédélique, Post-Punk, Pop, Zolo, Frank Zappa et les Chipmunks qui font du tricycle sur les anneaux de Saturne
NOTE D’UNE IMPORTANCE CAPITALE : Cette chronique a été écrite il y a de cela plusieurs années. Elle déplore la discontinuité du présent album ; discontinuité qui est, actuellement (en Février 2024), chose du PASSÉ !!! Avant de célébrer cette nouvelle fabuleuse en dansant un espèce de merengue-technoïde-expérimental-en-9/8 en compagnie de vous-même (tout en vous gorgeant de jus de pamplemousse faisandé), RUEZ-VOUS sur le site du groupe pour vous procurer la discographie entière de ces malades mentaux délicieusement atteints. C’est un ordre ! Ça se passe ici : http://www.cardiacs.net/
Une des plus grandes injustices en ce bas monde (à part la famine, la pollution, la corruption, la maladie, la désintégration du tissu social engendrée par la modernité et toutes ces choses tristes et consternantes, s’entend), c’est que cet album ait été dis-continué et par le fait même introuvable depuis des lustres (tout comme l’intégralité de la discographie du groupe le plus sous-estimé de tous les temps)… Comment la Terre a t’elle pu continuer de tourner alors que la race humaine entière ne chante pas les louanges et les hymnes des irremplaçables Cardiacs ? Ce disque est une incroyable tuerie, un condensé de folie pure, une violente ode au bonheur, un coup de poing souriant en plein visage. C’est le magnum opus de Tim Smith et de sa bande de joyeux lurons déglingués. Dur de définir l’incroyable claque que j’ai pris lorsque j’ai écouté ce disque pour la première fois de ma vie (il y à peine quelques mois) ; claque que tu prendras toi aussi, lecteur curieux et avide de nouvelles sensations musicales. Pour te préparer un tout petit peu : Imagine que Brian Eno époque Roxy Music, les Sparks, les Residents, Faust, XTC, Devin Townsend, Frank Zappa, Carl Stalling (le mec qui composait la musique des cartoons de Warner Brothers) et un quatuor à cordes se retrouvaient enfermés tous ensemble dans un studio pour une semaine, qu’ils ingéraient une importante quantité de champagne, de speeds et d’hélium et qu’ils décidaient de créer un opéra rock chrétien sur le thème du Big Bang. Imagine que le studio est hanté par des milliers de fantômes de lamas qui crachent des confettis multicolores partout, partout, partout… Imagine qu’après avoir joué comme des malades mentaux profonds pendant trois jours, ils se commandent une pizza et que le livreur soit en fait Alvin, accompagné de ses inséparables Chipmunks (qui sont aussitôt recrutés comme « guest vocalists »). Imagine la fin des temps, le dernier jugement, mais avec le sourire. Ferme les yeux et imagine tout ça. Bien… Cela se rapproche à peine de l’expérience que représente l’écoute des deux CDs qui constituent Sing to God.
Rarement disque m’aura autant fait penser à l’acte de regarder des Ciné-Cadeaux sous l’influence du LSD (pendant qu’une tempête de neige cosmique bat son plein à l’extérieur)… euh enfin, aucun autre disque n’a jamais eu cet effet si particulier sur ma psyché. Ce qui étonne, tout d’abord, c’est la grandiosité du truc. Ici, tout est grandiloquence, démesure, opulence du son dans toute sa splendeur. Bref, on ne se prive pas : production en béton, orchestrations raffinées, chœurs déments avec ses voix complètement illuminées qui montent à n’en plus finir (pour notre plus grand bonheur), paroles aussi épiques que débiles (ce chien qu’on appelle Sparky !), guitares rugissantes, solos aussi complexes qu’énergiques, incursions zappa-iennes par ci par là (la fin de « Odd Even » et « Fairy Mary Mag » vont faire vibrer plus d’un fan du célèbre moustachu), claviers surpuissants qui englobent tout, batterie virtuose, piano style « Schroeder de Charlie Brown », orgues, cordes, bandonéons, canons à la Gentle Giant, sans oublier les CUIVRES !!!, mélodies pop sucrées à souhait mais boostées au Metal, rythmiques post-punk, dissonances psychédéliques insolentes, explosions de rires biscornus… Tout ici est GRAND et PUISSANT et DANS TA GUEULE.
Et les morceaux… des joyaux de composition, TOUS. Pas un moment faible à travers les quelques 90 minutes que dure l’album. Après l’intro (« Eden on the air ») qui nous ouvre les portes d’un paradis lysergique, on se frotte à un « Eat it up worms hero » qui donne la couleur… enfin tout le spectre des couleurs des Cardiacs version nineties. Cette pièce, c’est une visite du cirque le plus dérangé de tous les temps (les membres de Queen grimés en clowns décadents et jonglant avec des moustaches géantes, Serj Tankian nu dans un costume de lion tout déchiré, le chapiteau qui a des dents de vampire, des nuages en barbe-à-papa qui surplombent la scène) couplée à un bad trip de champis mais tout ça passé en fast forward. S’ensuit alors « Dog Like sparky », avec toute sa candeur contagieuse, sa structure alambiquée et son côté « refrain de la mort qui tue ». C’est un hymne tellement attachant qui me reste joyeusement coincé dans le cerveau pendant des jours (souvent) mais dont je ne me lasse jamais. « Fiery Gun Hand » est un délire d’une rare puissance, où les voix tarées des tachycardes atteignent des sommets de démence (et ce n’est qu’un début…). Un solo de guitare effréné plus tard et le délire se poursuit avec les insectes et Lassie. Zappa qui joue du Ska dans l’espace avec Tim Burton ? Et pui koi encore !!! À vrai dire le délire ci-mentionné ne s’arrête jamais les amis ! Tout ce premier disque est un long moment de bonheur et d’euphorie qui régale et qui fait peur en même temps (la peur de redescendre brutalement après être monté si haut !). À noter les magnifiques incursions vocales de Claire Lemmon un peu partout ainsi que l’hommage à une des chansons les plus connus de Faust (« je n’ai plus peur de perdre mes dents ») sur « Wireless »…
Le deuxième disque, un tantinet (à peine) plus tranquille par moments, est aussi le plus varié des deux. Ça commence superbement avec « Dirty Boy », morceau é-p-i-q-u-e jusqu’à la moelle et rivalisant avec les moments les plus impossibles du Infinity de Devin Townsend. S’ensuit des morceaux oscillant entre le bordel maniaque du premier CD et d’autres rappelant les travaux plus eighties du groupe mais updatées à leur sauce moderne. Mais il y a tout de même des étrangetés encore plus étranges à travers ce CD : l’élégant et beatlesque « No Gold » avec son espèce de nuage de cordes en suspension, l’audacieux et sombre « Nurses Whispering Verses » qui est presqu’une symphonie à lui tout seul, ainsi que cet espèce d’interlude franchement malsain, « Quiet as a Mouse », qui rappelle « After School Special » de Disco Volante de nos amis californiens préférés (album sorti à peu près en même temps). Patton est d’ailleurs très fan ; il devait d’ailleurs réédité toute leur discographie sur Ipecac, le bougre ! Kes kil attend ?
Bon… Je me suis encore étendu un peu trop… Mais c’est de bonne guerre. Tout l’amour et l’admiration que je voue à cette musique et à ces êtres se devait de sortir un jour ou l’autre. En gros, ruez vous sur ce Sing to God in-cré-diii-ble tout de suite et sur les autres albums du groupe !!!!
Dans un même état d’esprit, Salade vous recommande :
Mr. Bungle – Disco VolanteDeep Turtle – There’s a Vomitsprinkler in My Liverriver Faust – IV
Style : Pop Psychédélique, Sunshine pop, Pop Baroque
Les Morts-Vivants sont surtout connus pour « Time of the Season » (qui est d’ailleurs présente sur cet album) ou l’utilisation de certaines de leurs pièces antérieures dans un film de notre bon ami Wes Anderson (« The Life Aquatic » pour ne pas le nommer), mais il serait dommage de les considérer comme un groupe de seconde zone. Leur sens mélodique imparable, leurs harmonies vocales dignes des Garçons de la Playa et leurs compositions ont de quoi rivaliser avec les Beatles. Oui-oui. Le mot magique est dit. Et cet « Odessey and Oracle » est un grand disque de son époque, aussi essentiel qu’un « Pet Sounds » ou un « Sgt Pepper ».
En partant : la pochette. Pur produit de son époque (dixit). Psyché-bordélique. Toute dégoulinante de couleurs et suintante d’harmonie joyeusement heureuse et toute ce genre de chose. Annonciatrice du genre de trip ensoleillé et foutraquement orgasmique qui nous attend.
On commence en douceur avec « Care of Cell 44 », joyeux pastiche des Beach Boys. Ya plein de « whom bi bom ba-ba-da » et de « Aaaaah, AAAAA-AH-AH-AH ! » et ce petit piano à la Schroeder dans Peanuts (qui demeure un des ancrages de tout le disque). L’album nous montre vraiment sa superbe avec la pièce suivante, « A Rose For Emily », magnifique joyaux pianistique étincelant de milles feux. C’est beau. C’est tendre. Ça me donne le goût d’embrasser une Émilie en l’an de grâce 1968. On retrouve une forte influence Beatles sur le prochain morceau, « Maybe After He’s Gone ». Le suivant, « Beechwood Park », est d’une splendeur toute contrôlée, bien anglaise quoi. C’est du Zombies pur jus. Ces garçons timides qui composent des belles chansons nostalgiques portées par leurs voix pleines d’attente et ce clavier ensorcelant. Sont vraiment les maîtres des refrains accrocheurs et des finales splendissimes aussi. C’est ensuite le temps des brèves chandelles ; encore un hymne mélancolique mais exposé à un Soleil irradiant. J’aime cette tristesse résignée et bizarrement joyeuse qui sévit chez ce groupe.
Vient ensuite un des plus beaux moments discographiques des Zombies, « Hung Up On A Dream », véritable coffre-aux-trésors de 3 minutes. Il y a tout dans cette chanson faussement joviale, où l’on nous dit que « Sometimes I think I never find such purity & peace of mind again. » La fin de l’innocence. La musique faussement optimiste est celle qui me fait le plus pleurer, pas vous ?
« Changes » est une sympathique réminiscence du Flower Power avec cette flûte entêtante. « I Want Her She Wants Me » est un bel écho aux œuvres de jeunesse du band mais orchestrée à la manière du Sergent Poivre. C’est aussi le morceau le moins bien produit du disque, comme à part. Mais je l’aime ainsi. Ensuite, nos joyaux drilles nous disent triomphalement que ce sera leur année (avec leur armée de cuivres), alors qu’à la sortie de « Odessey », le groupe n’existe déjà plus.
« Butcher’s Tale ». L’anomalie du disque. L’OVNI sonore des Zombies. Leur truc le plus expérimental et sombre. Et ma pièce préférée. Un morceau qui aurait fait bonne figure chez White Noise. Une ouverture des plus creepy, tout en voix résonantes, et cet harmonium de carnaval déjanté qui ouvre le bal avec un Chris White qui remplace Colin Blunstone aux vocaux, relatant les horreurs de la Grande Guerre. Un moment étrangement glaçant dans un album pourtant porté sur l’allégresse.
« Friends of Mine » est bon, mais peut-être le seul moment plus faiblounet du disque. Ne reste que l’hymne national des Zombies, l’incroyable « Time of the Season ». Comment résister à applaudir intérieurement en savourant cette petite merveille pleine de basse sexualisante, de notes de piano en forme de goûtes de pluie et ces foutues solo de claviers d’orgues kitschouilles. Du BO-NHEUR auditif, mesdames-messieurs.
Voilà là un GRAND disque de pop qu’il faudrait réhabiliter de toute urgence. Acheter vous une copie. Non. 2 copies. Non. 16. Et donnez cet album à vos proches, vos amis, vos ennemis, des itinérants, des zèbres au zoo. Il faut qu’Odessey and Oracle ait son heure de gloire, enfin.
Dans un même état d’esprit, Salade vous recommande :
The Beatles – Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club BandThe Millenium – BeginNirvana – The Story of Simon Simopath
20 ans de Cuchabata… Ça force le respect. Ce label montréalais, devenu légendaire au fil des années, c’est d’abord le bébé de David Dugas Dion ; un beau bébé étrange cogité dans sa matière grise d’ado disquaire (à Valleyfield). Faut se remettre dans le contexte des jeunes années 2000 : un monde où tout n’est pas (encore) interconnecté-interrelié-en-permanence par le sacro-saint Internet. En musique indépendante at large, les contacts, demandes de collabos et l’auto-promotion se font difficilement… alors imaginez pour la musique expérimentale-noise-rock-atonal-ambient-free-jazz-free-improv-post-toute !!! Malgré la tâche ardue qui l’attend, notre jeune David des Bois se retrousse les manches et décide de donner vie à ses rêves sonores les plus fous. En hommage à une sombre légende d’Amérique centrale (et aussi à son chat), notre jeune musicien polymorphe va créer l’étiquette Cuchabata pour éditer ses trucs, ceux de ses amis et autres compagnons de route ; le tout avec passion et assiduité, avec des moyens faméliques, pour l’amour de la musique avant-tout et le désir d’archiver/abriter ces sons dans une maison-mère prête à accueillir tous types de visiteurs (surtout les plus sautés). C’est ça le DIY, le vrai, le pur, le divin, l’authentique.
À travers ces 20 années rocambolesques, Cuchabata aura fait paraître plus de 220 objets sonores (non identifiés) tous plus bluffants les uns que les autres, ratissant large dans une panoplie de genres, tissant des liens forts avec (et entre) des artistes parvenant d’horizons divers, enrichissant fortement la scène musicale québécoise alternative et expérimentale d’une manière qui se doit d’être soulignée. Et le travail acharné de ce projet fou et inspirant continue à ce jour, pour le plus grand bonheur des mélomanes aventureux que nous sommes ici, sur les Paradis Étranges.
Pour célébrer cet anniversaire, mon pote DDD vous propose une mixtape aussi abrasive que somptueuse. Une pièce issue de chacune des parutions de 2023 de Cuchabata. Vous retrouverez ci-bas (sous la tracklist) des textes de présentation pour chaque album concerné, gracieuseté de notre curateur barbu préféré.
Bonne écoute à tout le monde (y compris les lanceurs olympiques de paratonnerres) ! Et partagez cette playlist en grand nombre !
Tracklist
La Forêt rouge – Savonner le rideau des illusions
Éric Normand – Le rire et le poignard (reprise de Tom Zé)
Red Mass – Drowned ft Giselle Webber
Feu Tétanos – Gris
ELKA DDDONG – Future Shock In The Paleocybernetic Age
FULL ASTRO – Plancher
Maxime Gervais – 18 manteaux de fourrure
Electrique Junk – No Verse Gap including Dies Irae and Just Cremate Me; I’ll Take It From There
Totenbaum Trager – Fleur VII
Peaches in Black – Les secrets enneigés d’une danse interrompue
Colmor – Par coeur
*Sélection des pistes par David Dugas Dion // montage de la mixtape par Salade d’endives.
Presque six ans suivant la parution de « Le maquillage de tout le monde coule », La Forêt rouge récidive avec un nouvel opus intitulé « Si la coïncidence se maintient ». Entièrement enregistré lors d’une journée du mois de juillet 2021 et totalement improvisé, « Si la coïncidence se maintient » prouve une fois de plus que La Forêt rouge sait à la fois se régénérer, sans pour autant trahir ses racines. Oscillant entre des pièces plus atmosphériques et d’autres plus saccadées et rythmées, La Forêt rouge nous convainc une fois de plus que ses branches sont endurcies et que ses souches sont toujours aussi insatiables et avides de transformations.
La tête de Tour de bras (étiquette indépendante rimouskoise) et du collectif GGRIL (Grand groupe régional d’improvisation libérée), Éric Normand s’adonne ici au remaniage de chansons, reprises à sa façon et agrémentées d’invité.es/musicien.nes hétéroclites. De Jacques Brel à Tom Zé, en passant par l’écriture d’Éric lui-même, tout est réinterprété de manière souvent éclatée et plutôt insolite.
111 est un travail à grande échelle, destiné à accompagner l’album précédent de Red Mass, intitulé « A Hopeless Noise ». Celui-ci contient 111 chansons séparées en 11 volumes et chaque volume est fondamentalement un album en soi. Chacun des 11 volumes représente un type de personnalité et possède ses propres images, thèmes et chansons exécutées dans un style particulier, allant du folk, au garage punk, en passant par le noise, le black metal, les compositions à base de synthétiseur, l’électro et le garage pop. Dans « A Hopeless Noise », la protagoniste principale souffre du trouble de la personnalité multiple alors que 111 explore l’idée avancée par l’auteur Grant Morrison selon laquelle, au lieu d’un complexe de personnalité unique, nous devrions adhérer à un complexe de personnalités multiples nous permettant de nous adapter davantage aux autres, d’avoir plus d’empathie envers eux et peut-être même d’éviter des psychoses sociétales à grande échelle. 111 propose principalement du nouveau matériel. Le 3ième volet de la série voit Red Mass composer des morceaux folks expérimentaux avec des thèmes liés à l’adaptabilité. Comme Red Mass à l’habitude de faire, il y a des invités spéciaux soit Giselle Webber, Hannah Lewis et Jena Roker. Le 1er single de l’album est Drowned avec Giselle Webber (Orkestar Kriminal).
Sortez l’alternatif des années 90 du gars! Pas Assez Peace? Parce que des fois, ça brasse intérieurement. Parce que des fois, ça fait du bien de crier. Parce que des fois, pester n’est pas nécessaire, on cherche la paix. Projet Solo de Vincent Latulippe accompagné parfois de Benoît Aumont-Lefrançois à la batterie. Feu Tétanos tourne la page sur un projet trop long. Tétanos est mort – Feu Tétanos vivra – Peace.
ELKA DDDONG = ELKA BONG + David Dugas Dion. ELKA BONG c’est Al Margolis (Massachusetts) et Walter Wright (Virginia (aussi membre du duo Bigbigdogdog)). Pour l’occasion, DDD s’est greffé au duo et le tout fut enregistré à distance. Al Margolis – Violon, Casio CZ-101, hautbois et piano. Walter Wright – Batterie amplifiée. David Dugas Dion – Sax alto, basse, guitare électrique et Gakken SX-150 + Moog Ring modulator.
FULL ASTRO (de FULL ASTRO) est probablement l’album le plus free jazz jamais sorti par Cuchabata Records : sax alto (Geneviève Gauthier), contrebasse (Eli Davidovici), guitare électrique (Alex Pelchat) et batterie (David Dugas Dion). Des rythmes entraînants aux explorations venteuses, en passant par la frénésie du bruit, FULL ASTRO vous propulsera au-delà de la lune, de Saturne et même au-delà de cette galaxie…
« En checkant les chansons de Torse nu, je me suis rendu compte qu’elles parlent pas mal de ne pas fiter, de se cacher, de mal feeler, de vivre en marge. Je trouve que le visuel de Laurence Lemieux représente vraiment bien ça. En ce qui me concerne, ça se retrouve sur des tounes comme Jeux vidéo, Anxiété sociale et Nos assiettes sont pleines de tristesse. Pour certaines chansons, j’ai laissé la narration à des personnages. On y retrouve, entre autres, une vedette décadente (18 manteaux de fourrure), un chat de ruelle qui aime se battre (Coco) et Joseph-Arthur Lavoie (Pour le temps d’une paix). Torse nu, c’est pas tant une question de bedaine, je pense. C’est plus dans la tête que ça se passe. Un lâcher-prise qui permet, au moins, de survivre au bordel. Un party pour mieux résister? Torse nu emprunte au post-punk et au grunge en conservant l’esprit lo-fi/casio de mes albums précédents. Maintenant, j’ai le goût de remonter un band et de faire des shows où je pourrais faire du body surfing en criant. Torse nu ou pas. » -Maxime Gervais
Pour ce troisième album intitulé « Suture Self », Électrique Junk continuent de développer le rock psychédélique teinté d’influences moyen-orientales qui les caractérise en misant sur le concept de suite, les pièces s’enchaînant d’elles-mêmes à l’intérieur de grandes structures dont les articulations contiennent des surprises à chaque détour. Des échos d’une vieille pièce liturgique émergeant de riffs lourds en passant par des moments flottants à tendance folk et des coupures abruptes, le trio s’ouvre également à des sonorités nouvelles grâce à l’aide de David Dugas Dion tout au long de l’album. Si les deux premiers albums vous ont amené ailleurs, « Suture Self » sera un voyage lysergique dans un univers qui se contient lui-même.
Nouvel album de Totenbaum Tr‰ger, « Perennials » est la suite de « Neon Flowers », paru sur l’étiquette montréalaise Samizdat Records et lancé aux Ateliers Belleville en mai 2023. Poursuivant son voyage solo, Dominic Marion continue de soumettre sa guitare à des traitements en direct afin de produire des timbres d’un autre monde. Ce nouvel album prolonge l’exploration timbrale du précédent en dessinant des paysages encore plus dilatés, où le temps paraît suspendu, où l’oreille est bercée par des sonorités qui transfigurent le timbre de la guitare électrique. Des résonances s’élèvent, étrangères à toute pulsation régulière, pour former des amas d’ombre et de lumière, des fleurs de néon vivaces, des ouvertures méditatives où s’abîmer en soi-même.
Venant de l’épicentre artistique de tiohtià:ke (Montréal), Peaches in Black se dresse en tant que phare vibrant de la diversité de genre et du féminisme dans le domaine de la musique improvisée. Reconnue pour son travail au sein de projets tels que La Loba et LUNES, ce collectif a été créé par la polyvalente multi-instrumentiste et activiste Elyze Venne-Deshaies. Avec un dévouement inébranlable à l’inclusivité et à la célébration des voix diverses, la mission fondamentale de Peaches in Black est d’étendre une chaleureuse invitation à de nombreux artistes talentueux qui s’identifient comme queer. Ensemble, iels créent un espace inspirant où la musique et la communauté s’entremêlent, le tout accompli grâce à l’acte puissant de l’improvisation collective. Dans leur collaboration harmonieuse et spontanée, Peaches in Black favorise un environnement où l’échange d’idées musicales novatrices prospère; reflétant un profond engagement envers la promotion de la créativité et de l’unité parmi les artistes historiquement marginalisés. Ce collectif est non seulement un témoignage du pouvoir transcendant de la musique, mais aussi un témoignage de l’impact profond de l’acceptation de sa véritable identité au sein d’une communauté solidaire et créative.
Colmor est le projet solo/collaboratif de Tommy Johnson, membre du groupe Populi et anciennement de IDALG, Ponctuation et Lemongrab. Très inspiré par l’authenticité des courants lo-fi et DIY, le projet se démarque par sa spontanéité, de l’écriture à l’enregistrement. Mixtape Vol.2, une collection de chansons enregistrées entre 2016 et 2021, fait suite à Mixtape Vol.1 (2016) et EP-1 (2020).
Sahara psychédélique nocturne. Prise de son crue en « live » (tel un field recordings) avec des amplis qui saturent quasi-constamment. Deux guitares électriques (dans les mains agiles de Bibi Ahmed et d’Adi Mohamed), une batterie ultra minimaliste (Abubaker Agalli D’Amall) et 4 voix féminines en extase, qui hululent sous l’astre noctambule. Juste ça et ça te tisse des merveilles primaires, aux sonorités acides et rêches ; des « morceaux-jams » hypnotiques dans lesquels s’entremêlent le garage rock psychédélique, le folk, le blues et les traditions musicales tuareg ancestrales. Et tout cela est tellement VIVANT. Rien à voir avec certains enregistrements de musique world (j’aime pas ce terme drette en partant) rendus aseptisés par une prod trop lisse. On savoure ici la pleine énergie des musiciens en transe, comme si on y était nous aussi (dans les rues festives d’Agadez), avec ce public qui crie, chante, danse, rit, en communion totale avec la musique.
Si vous aimez Tinariwen (moi aussi d’ailleurs) mais que vous voulez quelque chose de plus brut, quelque chose d’indompté, quelque chose qui vous transporte COMPLÈTEMENT là-bas, ce disque du Group Inerane est, au même titre que ceux du Group Doueh, un passage obligé. Un EXCELLENT disque de Tishoumaren.
Dans un même état d’esprit, Salade vous recommande :
Tinariwen – AmassakoulMdou Moctar – AfelanGroup Doueh – Guitar Music From the Western Sahara
Le meilleur album de tous les temps est japonais (je me répète mais… pouvait-il en être autrement ?). C’est le disK qui synthétise TOUT ce que j’aime en musique et qui, en même temps, redéfinit ce qu’est la musique comme forme d’expression artistique libre, synergique et totale… Imaginez vos rêves les plus fous devenus réalités lysergiques, messieurs-dames. Imaginez que vos fantabulations soniques les plus osées/déraisonnables se concertent obsessivement-compulsivement pour devenir une panoplie quasi-infinie d’univers-pour-tympans-opiacés-et-délurés-jusqu’à-pâmoison-orgasmique en 4D… non, en 5D… euh, en 15D + LSD… bah, avec les Boredoms on ne compte plus les dimensions. Cela va au-delà d’une spatio-temporalité que même le cerveau ravagé d’un Philip K. Dick en pleine déréalisation ne pourrait concevoir… Du bonbon grisant pour tous vos sens saturés à 70000000 milles à l’heure… IMAGINEZ : Can, Pink Floyd, Gong, Les Residents et MAGMA qui sont réincarnés en tant qu’enfants-autistes-superpsychiques du projet AKIRA et qui décident de créer une sorte de messe-liesse à l’intention des étoiles. IMAGINEZ ce bon vieux Captain Beefheart qui se la joue soudainement space-rock avec un nouveau Magic Band formé sur Canopus. Ça BRILLE, bordel. Ça grille-les-neurones-brille-brille-mes-frères-et-seuls-amis, nom d’une pipe en bois rond… C’est… meilleur et PLUS IMPORTANT que le meilleur disque de tous les temps… C’est tout simplement BIBLIQUE, ce truc. Et ça à une âme grosse comme un demi-trillion de camions citernes multicolores qui déversent des confettis explosifs-incandescents dans un canyon de lumière pure. C’est l’expression SUPRÊME de ce QU’EST la musique psychédélique dans toute sa splendeur tellurique. Aussi intensément rigoureux que Strav sur son Sacre divin, aussi ROCK-pur-jus que les Stooges à leur époque proto-punk triturée de saxophones acides, aussi AVANT-PROG qu’un CAN qui se refuse toute catégorisation, aussi délicieux qu’une orfèvrerie Beach Boys-esque à la graisse de renoncule, aussi tribal que des folies balinaises au GAMELAN, aussi planant que le Floyd des débuts dada-beat… OH !!! They dId the MASH !!! they DiD the MONSTER MaSh (HAPPY-Godzilla in tha house, avec des lunettes de Soleil rose-vermeille-poilues qui se la joue gangsta dans un néo-Tokyo imaginaire composé à 84,35% de tendre et juteux ananas) !!!!
J’ai découvert les Boredoms grâce à John Zorn, ce sympathique saxophoniste-compositeur-avant-garde-folichon-new-yorkais, qui utilisait les talents vocaux un brin particuliers de Yamantaka Eye (chanteur/compositeur des Boredoms) pour son projet GRIND-Jazz Naked City (à découvrir de toutes urgence pour les fans de musique violente, hyper technique et aventureuse). J’ai tout de suite été séduit-bluffé-terrifié par ces cordes vocales élastiquement vôtres… Ce n’était plus du chant. Ça allait au delà de tout ce que les Mike Patton, Björk, Scott Walker, Diamanda Galas, Enrico Caruso, Billie Holiday, Screaming Jay Hawkins et Tom Waits de ce monde pouvaient se permettre… Logiquement, dès que j’ai su que le mec avait un groupe bien à lui, votre détective au sourire si carnassier est allé à la découverte, sans peur ni regret. Je dévalai d’abord les pentes sinueuses d’un « Chocolate Synthesizer » (paru en 1995) magistral de « fuckitude » punk-noise-japonisante-KAWAÏ, dernier petit joyau de leur période première mais qui laissait entrevoir les débuts d’une musique plus « construite », tout en ne perdant rien de ce qui rend la musique de ces emmerdeurs irrévérencieux si attachants : la LIBERTÉ. De la grande musique de CRÉTIN-GÉNIAL. Le stop suivant dans la grande tournée des mondes inexistants serait ce « Super æ », l’oeuvre de transition SUPERlative entre le vieux-Boredoms et le Boredoms-nouveau (exit la TERRE, bande de petits truffions).
Track-by-track, mes chers amis. Mais avant, pour vous mettre dans le contexte : un doux matin de Décembre, vous venez d’apprendre en z’yeutant la célèbre émission « Salut ! Bonjour ! » de L’E-X-C-E-L-L-E-N-T-E chaîne télévisuelle TVA que des scientifiques ont découvert l’existence de vortex intemporels (au Brésil et en Papouasie-Nouvelle-Guinée, plus précisément) qui mènent vers des dimensions jusque là inconnues… Et suite à cette annonce renversante, l’animateur-maison préféré des dames Gino Chouinard se met à danser frénétiquement une espèce de samba-expérimentale décadente « live » à la téloche. Et HOP ! Brutalement, comme ça : Gino se transforme en un Brocoli Géant… SACREBLEU !!! Un petit zapping à la BBC Newz et on nous dit que la première équipe d’explorateurs revient tout juste de sa première investigation dans ce macrocosme bordélique et ont rapporté, entre autres, des légumes-racines électriquement chargés (des genres de topinambours irradiés qui brillent dans le noir), des épices qui incendient les palais humains d’une manière jusque là insoupçonnée, de la fourrure de chacal étoilé eeeeetttttt surtout… un CD offert par un grand sachem perché sur une butte recouverte de gazon violet et de plantes carnivores. Ce disK serait l’occasion de découvrir la culture musicale de cet autre monde.
Super You : Accrochez vos écouteurs. Left-right-left-right. Ces divigations sonores introductoires se balancent d’une oreille à l’autre. Les sons sont aspirés, ré-aspirés, re-vomis. La vitesse change, double, triple, ça ralenti, ça va plus vite. Et soudainement, un gros riff de stoner acidulé vient faire irruption. Et lui aussi est aspiré à son tour dans un trou noir béant. Perte de repères. Trip hallucinogène de champis sur la montagne chauve pendant qu’un espèce de dude japonais à rastas t’actionne son chèche-cheveux thermodynamique à transmodulations variables à deux millimètres des oreilles. Black Sabbath sur les speeds dans une sécheuse à dry-spin. Jam band d’électro-ménagers. L’équivalent musical de se retrouver dans un blender branché sur le 110. Et cette finale percussive en forme de choucroute aux ogives me régale à chaque écoute jouissive.
Super Are : Les Boredoms qui s’adonnent à une certaine forme de New Age post-cosmique… Terry Riley qui mange des cierges d’églises au pesto pendant que des Incas se tartinent le corps avec de l’encens liquéfié. C’est terriblement beau et apaisé, surtout après ce premier morceau en forme d’infarctus. Notre bon ami Yamantaka nous susurre un mantra divin (« You aaaareeeee !!! »). Ça part en tribalo-kek-chose. Et la lourdeur électrique mal calibrée revient nous frapper en pleine gueule. Des tsunamis de larsens de guitares investissent notre cortex pendant que le mantra se poursuit. Interprétation kraut-rock-libre mettant en scène Magma et Sonic Youth + 700 batteurs. Dieu que j’aime le côté on-ne-peut-plus-percussif des Boredoms, dignes transfuges de Stravinski ci haut mentionné. Le tout se conclut par ce torrent de voix qui agrémente l’album par-ci par là.
Super Going : Un TRÈS GRAND moment de musique… et possiblement mon morceau préféré d’un album qui n’a pas pourtant pas fini de nous surprendre… NEU! sont de retour en version bouddhiste-goa-trance les potes ! Possiblement le plus grand morceau de rock germanique de tous les temps… et créé par des Japonais ! Ils ont out-germanisés les Allemands les vils salauds ! De la grande musique tribalo-ritualistique-répétitive où la candeur bon enfant rime avec une certaine forme de violence rythmique sans égal. Un squirting orgasme infini mis en musique. Ça dure 12 minutes mais j’aurais pu en bouffer 700 000. Et quand on pense avoir finalement commencé à intégrer-digérer le détraquant délire et ses effets-spéciaux-psycédélicos-modulaires, il y a un espèce de revers totalement inattendu qui part-en-couilles-rythmiquement-parlant. L’aspirateur magique des Boredoms (qu’on peut maintenant considérer comme membre à part entière du groupe) se remet de la partie et syncope le tout. Un cri de bravoure héroïque fait repartir nos héros vers d’autres contrées acidulées. On termine dans un tel chaos, un essoufflement logique où les respirations des instruments qui pourraient s’apparenter à des chants de gorges se fondent dans un code morse approximatif.
Super Coming : HOLY FUCKIN SHIT que j’aime ce morceau !!!!!!!! Une guitare à la Faust introduit une scène de rue dans une Afrique de l’Ouest transposée dans la galaxie EGS-zs8-1. Il y a du Capitaine-Coeur-de-Boeuf dans l’air alors que Yamantaka fait sa meilleure personnification du célèbre chanteur-peintre texan. Vocaux d’homme des cavernes sur un trip d’inhalation d’essence, offensives guitaristiques noisy-licieuses qui virevoltent un peu partout dans l’éther, batterie ultra binaire rappelant le « It’s a Rainy Day (Sunshine Girl) » de Faust + une basse toute en pesanteur qui l’accompagne avec brio, chœurs mescalins venant porter renfort au soliste-en-transe, cris déments dans la nuit sauvage… Puis cette finale plus Can que Can-tu-meurs (ça me rappelle leur « She Brings the Rain »). Une autre chanson (?) de 12 minutes stupidement géniale OU génialement stupide, c’est selon.
Super Are You : La seule pièce qui rappelle pas mal l’ancien Boredoms schizoïde, avec un début tout en ribambelle-dada-punk triturée par les adorables hurlements post-juvéniles de Eye, ces synthés kitschounets de série Z qui pondent des sons atrocement merveilleux, cette batterie iconoclaste où vient s’ajouter une collection de casseroles, cette guitare désaccordée (qui n’en a d’ailleurs vraiment rien à foutre d’être désaccordée). Le maître mot est FUN. Des explosions, des changements de styles à toutes les 2 secondes, des mélodies complètement autistiques, du gros bruit qui tache, des amplis ultra-cheap qui défoncent, des instruments-jouets à foison (ToyS R’Us meets the AvAnT-GaRdE). on dirait Mr. Bungle mais si ils étaient Japonais. Tellement con. Mais tellement bon. On pourrait écrire une thèse de doctorat sur cette pièce et tout ce qu’elle contiendrait, c’est le mot « SUPER » 300 000 fois ainsi qu’un bout central de 53 pages où ce serait juste indiqué « AAAAAaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaAAAAAAAAAAAHHHHHHH !!!!!! » à répétition (en plusieurs polices différentes) + le dessin d’un coati à nez blanc qui joue de la flûte traversière en lançant des rayons lasers avec ses yeux.
Super Shine : La culmination grisante de tout ce que les Boredoms ont élaboré jusque là… En ouverture : le bad trip d’un Nintendo 8-bit. Vient ensuite la rythmique suprême, point d’ancrage de la pièce. Une rythmique qui serait en fait cousine distante d’une du Tago Mago de Can, mais avec un aspect africain (voir même reggae pour la basse) en plus. Cette rythmique de fous grandit, grossit, s’intensifie… Viennent se greffer différents éléments formidables, comme ces voix possédées par la joie d’être content d’être satisfait d’être heureux. Ça se distortionne tout autour, les claviers qui vrombissent, se dilatent, la musique s’entrechoque, se disloque en elle-même. Mais ya toujours la rythmique au centre qui elle n’en démord pas… C’est la folie messieurs-dames !!!! Des papillons gros comme des manoirs volent partout à travers ça, j’vous le dis. C’est Super Papillon leur chef, un Super-héros qui a été mordu par un papillon radioactif quand il était jeune. Il a un masque HALLUCINANT et des ailes en acrylique pure. Et puis il y a des moines tibétains qui se balancent aussi sur leur bol chantant. Et n’oublions pas l’homme avec une tête de nénuphar, avec sa cravate biconcave, ses gants de vaisselles toujours ajustés, sa montre arc-en-ciel prête à mordre des pissenlits à tout moment. La peuplade des fougères vient se joindre à la cérémonie néo-païenne qui a lieu près du Mont Fuji, à 4 heures du matin. On a décidé de faire frire la montagne. ou la faire « rire », je sais plus trop… Putain, j’ai échappé mon briquet.
Super Good : Miraculeux coda ambiant-prog-jazzé…. Parallèle à faire avec le dernier truc sur M.D.K. dont le nom m’échappe toujours. C’est beau en diable. C’est un peu la dernière scène de Aguirre de Herzog, avec les singes capucins sur le radeau qui flotte sur un Amazone surréel. Grésillements doucereux de matière grise. Comment prenez vous votre âme ? Tournée, le jaune intact s’ilvousplaît !
Bref… Je me suis égaré parce que ce disque est une substance illicite en soi. Son écoute est dangereuse et rend même dépendante à deux choses en particulier : la liberté et l’imagination. Super ae est plus que le super meilleur disque au monde entier. C’est l’expérience sensorielle d’une vie. C’est un monde où il fait bon se perdre ; où en fait on se perd délicieusement un peu plus à chaque fois. Avec les Boredoms, on sourit à la vie. Les couleurs sont plus belles. Les femmes sont plus belles aussi. La bouffe goûte meilleure. L’air est plus pur et le bruit du vent peut nous émouvoir. La magie existe encore. Si quelque chose d’aussi merveilleux peut exister et bien on se dit qu’on est chanceux de pouvoir faire parti de ce grand TOUT incommensurable qui nous abrite.
Best thing ever.
Dans un même état d’esprit, Salade vous recommande :
Captain Beefheart – Trout Mask ReplicaTerry Riley – A Rainbow in Curved AirCan – Tago Mago
Style : Rock Progressif, Space Rock, Fusion, Psych
Est-ce que vous aimez Gong ? Moi oui. Beaucoup à part de cela. Et Michel Madore aime Gong énormément lui aussi ; je serais prêt à parier. Ce montréalais injustement méconnu a publié ce premier opus discographique au milieu des années 70… C’est un disque TOTALEMENT ancré dans l’esthétique sonore du Gong de la trilogie « Radio Gnome Invisible » mais qui réussit en même temps le délicat pari de s’affranchir de son influence et à introduire nos tympans (ravis, pour l’occaz) à un vocabulaire musical aussi beau que personnel. Totalement instrumental, moitié acoustique moitié synthétique, le Komuso à cordes est un ravissement sonore assez céleste, à mi-chemin entre le space-rock et le jazz-rock.
Madore, multi-instrumentiste de son état (guitare, synthés, piano, cymbalum, ocarina), est accompagné d’excellents musiciens de la scène prog/jazz québécoise, dont le percussionniste Mathieu Léger (Orchestre Sympathique, Lasting Weep), le bassiste Fernand Durand (Dionysos) et l’excellent saxophoniste Ron Proby (auteur d’un seul disque de Jazz Avant-gardiste / Space Age, paru sur Radio Canada International en 1972). Tout ce beau monde (and then some) font la part belle aux compositions splendides de Madore, seul maître à bord sur un navire qui vogue sur des eaux cristallines et interstellaires.
Bon je sais… comparer un album de musique à un « voyage » est un peu éculé. Tous les critiques font ça régulièrement (moi le premier, et à outrance dans mon cas). Mais quand ça sied aussi bien à un disque, pourquoi se priver ? Le Komuso est un sacré beau voyage continu dans un pays étrange et merveilleux… chaque pièce est une fenêtre ouverte sur un autre paysage de ce monde enchanteur. Chacune d’elle s’enchevêtre majestueusement à la suivante. C’est vraiment une oeuvre totale, au même titre qu’une symphonie ou un concerto (mais sur les champis magiques). C’est vachement planant, délicat, texturé… comme un beau disque de Klaus Schulze. Les claviers englobent tout, recouvrent la mare sonore de leur délicieux ronronnement. Mais alors qu’on croit être sur le point de sombrer dans un sommeil bienfaiteur et opiacé, voilà que la batterie et le saxo s’emballent. Le piano et la guitares leur répondent dans un maelstrom jazzy-fusion. On se laisse happer de plein fouet par cette vague psychédélique rutilante (façon Hawkwind)… pour après retomber dans les méandres folky-proggy auprès de cette guitare acoustique pleureuse et de cet ocarina hanté… Tous ces passages différents, magnifiques en soi, sont renforcés par ces transitions magistrales qui les lient ; transitions qui s’effectuent en douceur, de manière presqu’imperceptibles/subliminales. Que ce disque est beau. Moins rigolo que du Gong, plus mélancolique, plus éthéré… mais pas moins riche et nébuleux.
Madore fera un deuxième album avant de mettre fin à sa carrière musicale (afin de se consacrer exclusivement à la peinture et à la sculpture). Je reviendrai sous peu à ce deuxième opus, beaucoup plus électronique et atmosphérique celui là (mais pas moins génial)… D’ici là, si vous voyez une copie du Komuso dans les bacs, n’hésitez pas une seconde. C’est un magnifique disque qui mérite une plus grande reconnaissance.
Dans un même état d’esprit, Salade vous recommande :
Gong – YouDionne-Brégent – …et le troisième jourClearlight – Clearlight Symphony
Style : Trame Sonore, Musique de chambre, Psychédélique, Impressionnisme
La nouvelle vague tchèque de la fin des années 60, c’était quelque chose. Des films éclatés, profondément originaux/expérimentaux, qui mélangeaient allègrement surréalisme et psychédélisme au folklore typique de ce pays de l’est si intriguant pour votre humble serviteur. On n’a qu’à penser à l’incroyable « Valerie and her week of Wonders » de Jaromil Jires (décidément le film d’horreur le plus lumineux/magique que j’ai vu de ma vie… et aussi l’un de mes 10 films préférés, toute époque confondue)… ou encore au très monochrome « The Cremator » de Juraj Herz, un genre de pastiche de film expressionniste allemand d’une étrangeté aussi flottante que glaçante/surannée…
On doit au compositeur émérite Luboš Fišer la trame sonore culte de « Valerie ». Mais aussi celle, moins connue (mais pas moins fascinante), de ce « Morgiana », thriller gothico-psychédélique réalisé par Herz. Morgiana, sortie en salles le 1er septembre 1972, est souvent cité comme le dernier film de cette nouvelle vague. C’est une trame sonore assez courte ; elle figure d’ailleurs dans son entièreté sur ce joli disque 10 pouces paru chez nos amis de chez Finders Keepers (évidemment, qui d’autre ?)
Les amateurs de la BO de « Valerie » ne seront pas dépaysés ici… On retrouve cette même ambiance un brin irréelle ; entre rêves opiacés et cauchemars obtus. On navigue doucereusement à travers cette série de piécettes surnaturelles ; une sortie de musique de chambre hors du temps qui marie allègrement les genres et les époques : valses fantomatiques déglinguées, musique folklorique tchèque, orfèvreries baroques-goth-rococo, impressionnisme, musique classique de l’ère romantique, classique contemporain, psychédélikeries discrètes et musique de bibliothèque… C’est absolument magnifique. Et comme chez Valerie, on passe souvent de la lumière la plus éblouissante aux ténèbres les plus confuses en deux temps trois mouvements. Cela procure à la musique (et au film) ce côté toujours surprenant et confondant.
Petite différence cependant par rapport à la bande son de « Valerie » : comme Morgiana a un aspect « film noir / thriller », cela s’entend aussi dans sa musique, qui semble puiser ses inspirations du côté des trames sonores de giallos (bonjour messieurs Morricone, Nicolai, Alessandroni et compagnie). Et cela n’est définitivement pas pour me déplaire, moi qui raffole du genre en question.
Voilà là une superbe bande son pour un film qui ne l’est pas moins. Je vous promets de vous parler un jour de mon amour pour celle de « Valerie », le chef d’oeuvre de sieur Fiser… Mais je dois encore réfléchir à la manière optimale d’aborder cette oeuvre colossale avec de vulgaires mots… Une oeuvre que j’aime comme on peut aimer un beau secret enfoui en soi.
Dans un même état d’esprit, Salade vous recommande :
Luboš Fišer – Valerie and her week of wondersEnnio Morricone – Lizard In A Woman’s SkinFrançois de Roubaix – Les Lèvres Rouges
Bonjour / Good Morning chers passagers. Vous pouvez déboucler vos ceintures en laine minérale et ornées de fleurs hawaïennes. Vous êtes arrivés à destination : le cerveau de Brian Wilson pendant les enregistrements chaotiques de « Smile » première mouture (n’oubliez pas votre casque de pompier !!!)… Noah Lennox est votre sympathique pilote mais il préfère vous avertir : il y avait du LSD dans tous les articles du menu servi à bord (oui ! même dans le « sans gluten » !). Si vous vous disiez justement que ça brillait drôlement dans votre champ de vision (en plus des zèbres qui explosent en firmaments laiteux et des ours chapeautés de FEZ multicolores et jouant du glockenspiel avec une ferveur toujours renouvelée), vous en connaissez maintenant la raison !
Percussionniste et chanteur du groupe Animal Collective, Noah (alias l’Ours Panda) livre son deuxième album solo en la forme de ce « Person Pitch » psychédéliquement vôtre. Ce disque est un sale trip, mes amis. Un genre de croisement contre-nature entre « Martine à la plage » et « 2001 Space Odyssey », avec en prime (et pour le même prix !) un peu de ukulélé pour les amateurs. Ou si vous préférez : c’est un pique-nique embrumé sur une plage interstellaire (et bordée par une mer d’astéroïdes) où dansent des chamans habillés de toges en diamants. Et au loin, on entend d’irréels chants de baleines fantômes s’entrechoquant au scintillement sonore des étoiles. Je sais… il n’y a pas réellement de sons dans l’espace. Mais « Person Pitch » est loin d’être réel. C’est plutôt un beau rêve dont on se réveille armé d’un sourire de défoncé mental et dont on à peine à se rappeler les moindres détails. On sait juste que c’était plaisant et positif. Et qu’on aurait donc le goût de manger 18 toasts sur un restant de braises de feu de camp.
Basé à 90% de samples diverses, l’oeuvre se veut un hommage ambiant-maximaliste à la Beach Muzik des années 60. Ce n’est pas un album à écouter en faisant votre vaisselle ou en faisant le ménage de votre chaumière (à part si vous accordez des qualités lysergiques à ces tâches ménagères… et là, je vous trouverais encore plus bizarroïdes que moi). L’écoute se fait mieux alors que votre postérieur est solidement posé sur un divan moelleux ou même dans votre lit, dans un état semi-comateux (avec l’apport non négligeable de bons écouteurs). Et là, vous entendrez la magie s’opérer. Et vous aussi, vous serez porté par ces guitares apaisantes, ces xylophones sucrés, ces chants électro-grégoriens, ces percussions tribales branchées sur un voltage très approximatif, ces synthés dérangés, cette voix qui se permute en milles et unes galaxies bruitatives… Et vous tomberez en amour avec cette ambiance cosmique totalement unique.
Un album à ranger à côté de « California » de Mr. Bungle et bien évidemment, « Pet Sounds » des Beach Boys.
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The Avalanches – Since I Left YouThe Beach Boys – Pet SoundsEl Guincho – Alegranza
Déjà sur « The Kink Kontroversy », l’écriture de Ray Davies s’était raffinée… On savait qu’on avait maintenant affaire à un des plus grands compositeurs/paroliers britanniques de sa génération (et je mets de l’emphase sur le mot « britannique » ; parce qu’il y a pas plus british que Ray frickin Davies). Face to Face sera l’album de la consécration de son génie ; le premier quasi chef d’oeuvre de Ray et ses plis (ouais, ça a définitivement plus de gueule en anglais). On quitte ici le garage où les Kinks tous jeunots s’amusaillaient à se la jouer rockers… On tombe maintenant dans le psychédélisme, les deux pieds délicieusement enfouis dans une pop baroque riche et sucrée ; mais sans perdre le côté bon enfant, ni l’aspect beat/mod, ni l’humour typiquement anglais. De la satire, il y en a même plus. De la critique sociale aussi. Des textes forts, pertinents, percutants, parfois rigolos, parfois « gratte-bobo » en diable (« Too Much on My Mind » fesse toujours aussi fort à chaque écoute). Et tout ça est juste terriblement catchy (du début à la fin).
Cela débute avec un « Party Line » festif et entrainant. Un putain de bon opener efficace que vous chanterez sous la douche jusqu’à la fin de vos jours (c’est une promesse). Puis on découvre l’aspect nouvellement baroque-rococo des Kinks avec un « Rosie Won’t You Please Come Home » mélancolique, mi-tempo, légèrement endormi et affable ; avec les vocaux si typiques de ce cher Ray. Voilà une bien belle rencontre entre mod rock et gentle psychedelia (ce clavecin !). « Dandy » c’est un Soleil qui ne finit plus de briller dans un azur bleuté jusqu’à plus soif… Et pourtant, pourquoi j’ai presque le moton en l’écoutant ? La musique des Kinks me file souvent le cafard ; mais un cafard confortable et ouaté, comme si je revis des beaux souvenirs d’un passé qui n’a jamais vraiment existé, qui n’est pas mien mais qui a pourtant un impact tellement singulier sur ma petite personne.
Le moton, je l’ai pour vrai cependant avec « Too much on my mind »… La perle sous-estimée de l’album (et possiblement de la discographie complète du groupe). Une pièce de pop baroque absolument parfaite et essentielle, avec un petit côté folky (on dirait presque du Gene Clark solo). Ici, Ray laisse tomber l’ironie et est brutalement honnête. « There’s too much on my mind / And there’s nothing I can do about it ». Tombent les masques… Touchant, à filer des frissons sur l’échine ; tout ça avec une mélodie évidemment imparable.
Parlons un peu de quelques autres merveilles du disque (qui ne contient pratiquement que cela)… « Rainy Day in June » est vraiment cool avec ses effets sonores, sa guitare enfumée et son espèce de côté gospel. « House in the Country », « Session Man » et « Holiday in Waikiki », c’est du Kinks pur jus. Trois morceaux accrocheurs, burlesques, désopilants. De la pop comme seule la bande des Davies pouvait en faire. « Fancy » c’est un genre de raga similaire aux pièces de George Harrison de la même époque. C’est beau, flottant, dronesque. Un morceau superbe. Et bien sûr, impossible de passer sous silence « Sunny Afternoon », le gros hit de l’album (et aussi l’un des meilleurs titres ici présent). Une genre de réplique rêveuse au Taxman des Beatles. Un refrain beau comme un gros nuage blanc qui se promène mollement dans le ciel bleu évoqué ci-haut.
Un très grand disque de pop. Et un très grand disque anglais.
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