Hey ! C’est le moment préféré de ta semaine ! La sortie d’un autre épisode des 15 Fréquences Ultimes, avec cette fois, l’incandescente Vivianne Roy de Laura Sauvage et des Hay Babies !!!
Je suis un fan fini des Hay Babies depuis belle lurette donc Vivianne est une des premières personnes à qui j’ai pensé dans l’élaboration de ce qui allait devenir par la suite les 15 fréquences… Elle m’a fait parvenir cette rocambolesque playlist (surnommée « quarantine faves ») début 2021. Plus de deux ans plus tard paraît enfin son épisode. Après tout ce temps, Vivianne ne se rappelle même plus de ses sélections donc ce sera un plaisir pour elle de redécouvrir (avec vous tous) ce qui est, selon votre humble serviteur, une des meilleures mixtapes que j’ai jamais produit.
Au programme : il y a du soul/funk/gospel assez fabuleux merci (qui lorgne parfois vers la outsider music), du psych rock délectable et parfois grandiloquent, du Blues atypique givré, du jangle pop lysergique et du Moogsploitation/early electronic de haut calibre ; Bruce Haack et ce cher MORT GARÇON en clôture (aka « le deuxième Néo-Brunswickois le plus cool ever », après Vivianne of course).
Impossible que vous viviez pas un SUPER beau moment à l’écoute de cette splendeur faîte mixtape.
Tracklist:
Johnnie Frierson – Miracles
Timmy Thomas – Why Can’t We Live Together
Doug Hream Blunt – Fly Guy
Sugarloaf – Green-Eyed Lady
The Cleaners From Venus – Incident in a Greatcoat
Dave Grusin – Ascension to Virginity
Kim Fowley – The Trip
The Human Beinz – Dance On Through
Isaac Hayes – Walk On By
Chuck Berry – Oh Louisiana
Bruce Haack – National Anthem To The Moon
The Electric Prunes – Holy Are You
Dr. John – Danse Fambeaux
Captain Beefheart & His Magic Band – Her Eyes Are a Blue Million Miles
Ça a commencé par un vulgaire trou dans le mur de la cave. J’ai acheté cette vieille maison dans la campagne profonde pour y trouver le repos après la mort de Anne. Je voulais le calme absolu, m’éloigner du train rutilant de la vie mondaine, des dix milles crétins bienveillants qui me demandant comment je vais, comment ça évolue mon sacro-saint deuil. Marre de cette mer de cons qui s’auto-congratulent de faire une bonne action, de supporter le pauvre jeune veuf éploré. À vrai dire, j’ai fui parce que je ne savais pas comment ça allait réellement chez moi, là-haut. Je ne ressentais rien. Absolument rien. Je ne pleurais pas. J’étais juste vide. Vide et fatigué.
La maison était le reflet de mon égarement mental. Vide, délabrée, rustique, antique, sans chaleur, sans âme et surtout : loin de tout, nichée entre deux monts couverts d’arbres morts. J’y ai emménage à l’été mais c’est surtout à l’automne que son aspect brutalement mélancolique a commencé à m’investir. Les jours y sont longs ; les nuits terrifiantes de solitude, le temps y étant comme suspendu. On s’y sent comme à nul part ailleurs ; comme si on y existait pas vraiment. Cette sensation s’estompait quand j’allais au village mais revenait de manière fugace dès que j’étais de retour sur mes terres.
Pour en revenir à ce trou dans les murs… C’était la mi-Novembre. Dehors, la journée grise et maladive était agitée par le mugissement austère d’un vent froid et extra-terrestre. Il devait être 2 heures de l’après-midi à ce moment. J’étais à la cave en train de remiser mon bois de chauffage quand j’ai remarqué une ouverture dans une des façades. Je m’approchai et constatai que le trou ne devait pas faire plus de quelques centimètres de circonférence. Il semblait pourtant profond. En y glissant un de mes doigts, j’ai tout de suite senti une sorte de soufflé glacé et en même temps, j’entendis un espèce de bruit caoutchouteux et mouillé qui semblait provenir de l’autre bout mais très loin et diffus… Je me suis tout de suite senti extrêmement mal. Ma tête tourbillonnait, mes pensées devenant incohérentes. C’est de peine et de misère que je réussis à m’extirper des ténèbres du sous-sol pour aller rejoindre ma chambre. Je dormis tout le restant de l’après-midi…
Je me réveillai en soirée. La scène de la cave n’étant plus qu’un espèce de songe irréel, qu’on aurait dit que je n’avais pas réellement vécu. Après un souper frugal (je n’ai plus beaucoup d’appétit), j’allai au salon pour fumer une cigarette et contempler ce qui était devenu une tempête ravager les monts environnants. Des éclairs cyclopéens sillonnaient un ciel dément teinté de vermeil et le vent continuait de battre son plein à travers branches et broussailles. Je laissai mon esprit vagabonder vers les méandres de la cave… Et si cet espèce de bruit vaguement humide laissait présager une fuite d’eau ? Je décidai de m’armer de courage et d’aller investiguer le tout.
Muni d’une lampe torche et d’une petite pioche, je descendis retrouver l’atmosphère spectrale des lieux. Seule une vieille chaise berçante oscillant funestement faisait office de mobilier ci-bas. Je m’attaquai alors à la faille. Rapidement, vu l’aspect complètement désuet de la construction, je réussis à l’agrandir. Une énergie bizarre s’emparait de moi. C’était comme s’y j’étais investi d’une force inconnue. Je perdis conscience du temps et mon esprit parti à la dérive à nouveau alors que je travaillais d’arrache-pied. Quand je revins à moi complètement, je réalisai qu’il était déjà 1 heure du matin. Je constatai qu’une luminescence obtuse et inqualifiable semblait irradier de la cavité qui laissait entrevoir les vestiges immémoriaux d’une porte en bois pourrie. Intrigué par cette nouvelle découverte, je terminai de déloger les monceaux de brique qui l’obstruait.
La maison devait bien avoir 120 ans mais cette porte cachée par les murs semblait être là depuis une éternité et demie. Un loquet plus que rouillé fermait l’accès. Quelques coups de pioche plus tard et le loquet était brisé et gisait par terre. Je poussai légèrement la porte qui alla s’effondrer sur le sol humide d’une antichambre des plus mystérieuse… Combien d’années avaient passées sans qu’un homme ne mette les pieds ici ? 300 ans ? 700 ans ? 1000 ? Juste le fait d’effleurer cette pensée me fit frissonner dans mon fort intérieur. Je pénétrai dans la petite pièce qui était construite de manière biscornue, comme si l’architecte qui l’avait conçue n’avait pas une idée très claire de ce qu’était les angles et la perspective. Le sentiment d’étrangeté croissait lorsque je réalisais que toute la salle baignait dans cette espèce de lumière défraîchie que j’avais entraperçu tout à l’heure… Même en fermant ma torche, on pouvait distinguer les détails odieux qui caractérisaient les lieux.
D’abord, il y avait ces peintures d’icônes à moitié pourris sur les murs ; sortes de pastiches-sacrilèges de très mauvais goût. On pouvait entre autre apercevoir le dernier repas de Jésus et ses apôtres mais la scène perdait tout de son côté rassembleur et biblique alors que le prophète et ses disciples avaient tous les yeux crevés et s’apprêtaient à se délecter de ce qui semblait être de la chair humaine… Un autre tableau mettait en scène l’apocalypse. Des démons ailés aux proportions gigantesques, arborant tentacules et regards d’insectes dénué de toute humanité, dévoraient des anges qui pleuraient des larmes de sang. Mais la plus troublante de toute était sans conteste celle où l’on voyait Marie tenir tendrement son bébé dans ses bras. Mais, l’enfant jésus avait été remplacé par un gigantesque ver blanc. Au dessous de cette esquisse troublante de réalisme, on pouvait lire l’inscription suivante : « De Vermis Mysteriis »…
Au centre de la pièce trônait un autel souillé sur lequel on retrouvait chandeliers poussiéreux et un livre qui semblait plus ancien que le temps lui même. Dès que je le touchai, le malaise évoqué ci-haut revint aussitôt mais de manière exponentielle. Je sentais la puissance de cet objet. J’ouvris le livre mais il était écrit dans une langue étrangère et cosmique. Je ne me souviens plus de tout mais il y avait ça d’écrit partout : « Cthulhu fhtagn ».
Un mal de tête puissant me vrillait les méninges. J’étais complètement ébranlé, nauséeux, affolé. Malgré cela, ma curiosité morbide (ou ma folie naissante ? qui sait ?) mixée à cette énergie incohérente qui m’habitait me forçaient à continuer ma sombre enquête. Le sol de cette pièce était aqueux et couvert d’une vase grise et nauséabonde. C’est comme si quelque chose de gluant avait rampé ici. On pouvait aussi distinguer ce qui semblait être des pas ci et là. Certains avaient des proportions humaines, d’autres faisaient penser à des traces qu’auraient laissé des palmes… Il y avait donc des gens… ou plutôt : des êtres… qui étaient venus ici.
C’est derrière l’autel que je découvris la trappe. Bafouant ma raison et tous mes sens (qui, de toute façon, étaient en pleine débandade), je la soulevai et un escalier en pierre se présenta à moi. Je l’empruntai. Chacune de ses marches étaient couvertes de cette étrange substance vaseuse. L’escalier semblait descendre éternellement et à chaque mètre de profondeur parcourue, je sentais une plus grande parcelle de mon esprit cartésien disparaître à jamais… Quelques fois, j’entendais quelque chose vibrer plus bas… puis il y avait ces espèce de gloussements de crapauds et ces bruits mouillés dégueulasses… Au fil de la descente, les sons se précisaient, me faisaient toucher les confins d’un cauchemar toujours renouvelé.
Arrivé au terme d’une plongée quasi géologique, je me retrouvai face à une autre porte (de pierre celle là) sur laquelle était gravée des symboles qu’on auraient dit tout droit sortis de l’Égypte ancienne ou de la Mésopotamie. De l’autre côté, les bruits étaient terribles, horripilants. Ça grouillait, ça couinait, ça chuchotait dans des voix batraciennes, ça suintait…
Je sais maintenant que j’aurais du fuir à ce moment là. Mon esprit n’était peut-être pas trop atteint encore pour que je sois sauvé. Mais j’ouvris la porte, bien tranquillement… Et je les vis.
Ils étaient tous là, dans leur espèce de cathédrale damnée et souterraine, taillée à même le roc, avec son plafond de stalagmites et de stalactites. Ils étaient là, créatures fantasques et impossibles, culmination affreuse de toutes les hallucinations schizophrènes, de tous les songes-morts, de toutes les abominations putréfiées. La dépravation n’avait t’elle donc pas de limite ? ILS ÉTAIENT LÀ JE VOUS LE DIS !!!! Hommes-poissons grouillants avec des tentacules gris-verdâtre sortant de tous leurs orifices, crapauds géants ailés et casqués de couronnes d’étain, druides mi-amphibiens avec des mains en forme de pinces déformées. Ils riaient, roucoulaient, copulaient entre eux dans une mer de sons obscènes, s’entre dévoraient, arrachant des lambeaux de chair purulente à leurs semblables. Et ils imploraient leurs Dieux venus d’ailleurs de leurs gémissements boueux. Certains avaient probablement déjà été des êtres humains, jadis. Mais l’heure de l’avilissement physique avait sonné.
Et au centre d’eux grouillait le ver géant, ignominie visuelle suprême. Gigantesque, exsangue, nervuré, d’un blanc fantomatique, prêt à enfanter d’autres abominations. Alors que montaient les chants rituels (« Ph’nglui mglw’nafh Cthulhu R’lyeh wgah’nagl fhtagn » hurlaient-ils), ma psyché dévastée repris le dessus momentanément et je pris la fuite. Certains durent m’entendre à ce moment parce que pendant ma longue montée j’entendais certaines de ces créatures me pourchasser, poussant des cris avides. Arrivé dans la crypte, je refermai la trappe et déplaçai le lourd autel sur elle, dans le but de la sceller, du moins temporairement.
J’allai chercher les bidons d’essence dans le cabanon. De retour dans la salle maudite, les choses cognaient de toute leur force pour déloger l’autel. Je profitai de la petite ouverture encore visible dans la trappe pour y répandre le contenu du premier bidon. Alors que je versais le tout, je vis leurs yeux globuleux (en fait, certains d’entre eux seulement avaient des yeux ; les autres avaient… évolué) me scruter et je me mis à rire nerveusement sans pouvoir m’arrêter. Un rire incontrôlable et souffrant. Un rire dément de malade mental. Je versai le 2ème bidon sur les monstres qui poussaient des miaulements irréels. Puis, toujours en riant sans cesse, je grattai l’allumette que je jetai dans la fissure de la trappe.
Des bruits stridents, se rapprochant de celui d’une sirène d’avant-bombardement, s’échappèrent de la voûte. Je n’oublierai jamais ces sons, jamais… Une odeur fétide de poisson pourri grillé s’éleva dans l’éther alors que les flammes dévastaient tout. J’étais assis en petit bonhomme à côté de la trappe et je riais, et je pleurais, et je riais… Je réussis à m’extirper de la pièce quand les flammes devenaient trop colossales ; et il restait 3 autres bidons justement sur le sol. Ouh, le beau feu d’artifice !!!
J’assistai à l’incendie de la maison assis sur l’herbe de la cour, me balançant grotesquement. Quand les policiers et les ambulanciers m’ont trouvé devant sa carcasse fumante, quelques heures plus tard, il paraît que j’étais en train de m’arracher les cheveux à deux mains et que je les mangeais à grandes bouchées…
Nous sommes à la mi-Décembre. Je suis dans dans une autre petite pièce fermée à clé et je sais que je vais y rester. De toute façon, je ne veux plus sortir. Pas dans un monde où ÇA a le droit d’exister. Je sais très bien que j’ai seulement tué quelques-uns d’entre eux (mais peut-on vraiment les tuer au juste ? Peut-on tuer la mort elle-même ?). La plupart doivent encore être vivants là-bas, en dessous. Et le VER. Le VER céleste. Il vient toujours me hanter dans mes rêves. J’ai l’impression qu’il grouille dans ma tête, qu’il grossit à chaque jour, qu’il me bouffe les neurones un à un, qu’il y pond ses œufs et m’envahit le cortex de ses monstruosités infinies…
Ils me traitent bien ici. J’ai des pilules de toutes les couleurs, formes et grandeurs différentes. Je n’ai pas le droit d’avoir de couteau, ni même de cuillère et de fourchette. J’ai essayé de me crever les yeux à cause des hallucinations que j’ai de manière quasi constante mais c’est inutile. Je verrais quand même parce que maintenant, j’ai les yeux intérieurs. Et des images, mes amis. Ooooh, j’en ai tous pleins. Des tas de clichés qui vont rester là pour toujours.
Ils m’ont dit que c’était le stress post-traumatique couplé à la dépression. Les pauvres. Ils ne croient pas à mon histoire. Paraît qu’il n’y avait pas d’autre pièce dans le sous-sol. Mais je le savais, ça. oh oui JE SAIS !!! La pièce, elle était pas vraiment là là là. La pièce, c’était juste un passage entre les 2 mondes. Le leur et le nôtre. Et des passages comme ça, y doit il y en avoir tout pleins, partout ! Ahahahahahahahahah !
Un jour je sais qu’ils vont passer une de ces brèches pour de bon. Ils vont étirer leurs tentacules sur notre monde et ils vont le refaçonner à leur image… Et les gens me croiront enfin. Les étoiles mourront. Les anges seront massacrés par eux. Notre monde sera leur pourriture. J’espère seulement avoir assez de cachets ce jour là… J’ai commencé à en cacher…
Dans un même état d’esprit, Salade vous recommande :
Ævangelist – De Masticatione Mortuorum In TumulisGorguts – ObscuraBlut Aus Nord – MoRT
Style : Psychédélique, Blues Rock, Rock Progressif
En frais de trésors sonores enfouis, le Québec n’est pas en reste… Dans la période fin-60s/début-70s, on retrouve bon nombre de sorties d’albums à très petit tirage, parutions plus ou moins officielles, private presses obscurs à souhait, etc… Certains chercheurs-archéologues musicaux de renom (dont François Zaidan et Julien Charbonneau, pour ne nommer que ceux-là) vont aux 4 coins de la province, de ventes de garage aux sous-sols d’églises (plus ou moins catholiques) à la recherche constante du nouveau saint-graal psychotronique. Et un des joyaux les plus convoités lors de ces pérégrinations, c’est sans conteste ce premier (et unique) album des Champignons, groupe de rock psychédélique de Shawinigan… Le monsieur Zaidan précédemment mentionné a jadis eu la main chanceuse et a réussi à excaver une quantité astronomique de copies d’un coup (il en a encore la larme à l’oeil quand il en parle ; et je le comprends !).
Mais bon, à part sa rareté légendaire (avant cette sublime réédition chez RTA), est-ce que ce disque de Champignons vaut le coup ? La question est valable car des fois, on dirait que la quête homérique qu’est celle de trouver la galette convoitée est pratiquement plus épique/émouvante que l’est le disque lui même… On attend parfois des années avant de pouvoir apposer le tympan sur la chose bruitative en question pour finalement se dire « Ouais… c’est bon mais je m’attendais à plus ». Est-ce aussi le cas de ce « Première Capsule » des Champis magiques !?!? Que nenni, mes amis !!
Cet album mérite tout à fait la réputation (et les louanges) qu’on lui a faîte. C’est presqu’incompréhensible qu’un disque de cette qualité n’ait pas connu un succès d’estime plus fort à l’époque. On tient là une perle angulaire du rock psychédélique québécois (surtout lorsqu’on évoque la ténébreuse et chef d’oeuvrifique Face B).
Avant même d’évoquer la musique géniale de la troupe, il faut toucher un brin à l’histoire assez unique qui contribue à l’aura sulfureuse de l’album. Premièrement, un peu à l’instar des Black Sabbath, les membres de Champignons proviennent de quartiers pauvres et font de la musique dans l’espoir de se sortir de leur état. Cela peut expliquer partiellement le choix des thématiques (plutôt sombres) évoquées et du style Blues, souvent associé à la classe ouvrière. De plus, le groupe compte en son sein un jeune curé qui a récemment défroqué pour se lancer dans le psychédélisme tête première. Nos jeunes musiciens vont se servir de cet aspect pour faire un stunt publicitaire assez controversé, se présentant aux abords de L’Oratoire Saint-Joseph grimés en évêques et prêtres (pour un photo shoot) !
D’ailleurs, pour ceux qui sont intéressés par l’histoire assez particulière du groupe, je vous invite à lire cet excellent article du tout aussi excellent blogue Vente de Garage, le blogue.
Musicalement, Champignons donnent dans le Blues Rock fortement acidifié, avec de savoureux relents de prog-rock, d’la guitare fuzz comme on l’aime, du sax crimsonien, de la flûte éthérée et des passages d’orgue électrique éblouissants. Dès les premières notes de la pièce d’intro, l’instrumentale « Dynamite », on sent un groupe de jeunes musiciens totalement investis dans leur art. Ce morceau est une mise en bouche d’une grande qualité, qui confirme qu’on a affaire ici à un très grand disque. Mention spéciale au très sympathique solo de batterie au centre de la piste… S’ensuit la très bluesy « Le ghetto noir » qui est portée par l’orgue nonchalant et l’harmonica. Malgré les vocaux très québécois, on respire des arômes de la Nouvelle-Orléans !
« Rêve Futur » est à mon humble avis la meilleure pièce de la Face A. On a affaire à un magnifique morceau de prog-folk mid-tempo, avec sa batterie toute en nuances, sa guitare rythmique qui alterne entre passages aériens et d’autres plus lourds/vaporeux, sa flûte mélancolique en diable et sa basse qui soutient le tout rondement. Les vocaux sont très nostalgiques et émotifs… On peut facilement penser à un truc comme « I Talk To The Wind » du célèbre roi cramoisi. La courte pièce instrumentale qui clot ce premier côté du disque, « Le Train », nous maintient dans l’atmosphère contemplative et grisâtre du morceau précédent mais augmente légèrement le tempo et apporte une saveur toute « Jethro Tull-esque » (cette flûte entraînante y est pour quelque chose).
FACE B maintenant… Cela débute avec la pièce de résistance du disque : « Le château hanté ». Un petit chef d’oeuvre de dark-prog gothico-horrifique. Morceau très lancinant ; qui prend tout son temps pour bâtir son atmosphère fantasque qui emprunte beaucoup au cinéma de genre série-Z et à la littérature d’épouvante. La narration remplace ici le chant. Une tonne d’effets sonores délicieusement creepy/loufoques sont mis de l’avant pour créer une ambiance de cimetière damné (à minuit)… Pas mal tous les clichés du genre sont exploités dans le récit (le château en ruines près d’un étang, la lune couleur de sang, un homme masqué, un chat noir, la sueur froide dans le dos, etc)… L’apport de la flûte est particulièrement orgiaque dans la première partie narrée de la piste, toute impressionniste qu’elle est. Dans la seconde moitié purement instrumentale qui succède à l’historiette simpliste mais efficace, la guitare se lâche lousse et peut presque évoquer celle qu’on retrouve dans Univers Zero et Present (deux piliers du RIO le plus sombrex). Un GRAND moment musical que voilà.
« Folies Du Mercredi » est un autre chef d’oeuvre. Et c’est probablement le morceau le plus ouvertement « prog » du disque qui, jusqu’à présent, flirtait surtout avec le style. Il y a des effluves de Canterbury brumeux dans les environs. Changements de styles surprenants, solo d’orgue extatique et royalement maitrisé, guitare acide, batterie aquiline et sax aventureux sont tous au menu. On s’en délecte jusqu’à une finale mystifiante qui vient en la forme de ce « Pop-Pino » prenant.
On tient là un album complètement renversant. En voilà un des Saint-Graal de la musique québécoise évoqué en début de chronique. Un disque qui plaira autant aux fans de prog-rock, de acid-rock, de heavy-psych et autres psychedéliqueries nébuleuses. Un GROS merci aux types merveilleux de Return to Analog qui ont réédité le disque (il était temps !), ainsi que mon cher ami Julien Charbonneau qui a travaillé à restaurer la pochette.
Vous savez ce qu’il vous reste à faire !!! Direct sur le site de RTA et commandez moi ce délice sonore au plus crissss !!!!
Dans un même état d’esprit, Salade vous recommande :
Jethro Tull – This WasKing Crimson – In The Court of the Crimson KingChilling, Thrilling Sounds of the Haunted House