critiques

Fugazi – In on the Kill Taker

Année de parution : 1993
Pays d’origine : États-Unis
Édition : CD, Dischord – 2004
Style : Emocore, Post-Hardcore, Punk Rock

L’autre jour, en compagnie de moi-même, je me suis demandé « si il ne devait en rester qu’un seul » en pensant à la disco de ce groupe que j’aime tendrement… Je suis dur envers moi-même, m’imposant parfois ces dilemmes rocambolesques… Parce que franchement, TOUS les albums de Fugazi auraient pu trouver leur place comme numero uno dans mon coeur. Si on fait une liste d’artistes/groupes ayant une discographie quasi-parfaite, Fugazi serait pas loin du sommet du palmarès (avec Magma, bien sûr, dans un tout autre style). J’aime ce groupe comme j’aime ma mère. Et je dois vous dire que moi et ma mère sommes en excellent termes.

Ce groupe, c’est trop la super-giga-classe. Le mack daddy incontesté du post-hardcore ni plus ni moins. Un groupe qui sait allier à merveille l’énergie, la rage et le côté immédiat du punk à une forme de rock intellectuel, tout en nuances, avec ses lignes de guitares acerbes s’enchevêtrant à la perfection, sa batterie hyper-inventive, ses vocaux/cris arrache-cœurs, sa basse ronde qui est l’assisse du son du groupe…. Et des compos, mes amis. Des compos de feu.

La pochette de « In on The Kill Taker » nous montre le monument Washington figé dans une étrange lumière jaune-chimique (avec, sur le côté droit de l’image, ce mystérieux calepin qui, paraît-il, fut trouvé par terre par le groupe et d’où le nom de l’album est tiré). Superbe image qui illustre bien l’aigreur et l’amertume dont sont empreints les musiciens à travers tout ce disque. Ça part sur les chapeaux de roue, dans une violence toute contrôlée. C’est violent oui, mais surtout extrêmement précis et horriblement bien calibré. Fugazi ne te pète pas la gueule avec 56 coups de batte de baseball. non. Il t’envoie juste un crochet en haut de l’oeil. Un seul ; bigrement bien placé. Qui te jette à terre sans que t’aie pu savoir ce qui s’est passé.

Chacune de ces pièces me fout royalement sur le cul, moi. Pour vous parler de quelques-uns, il y a « Returning The Screw » (peut-être la meilleure pièce ever de Fugazi) qui débute dans une fausse douceur sinueuse et toxique avant d’éclater à tout rompre sans jamais perdre sa tension sous-jacente ; c’est comme une crise de panique qui ne veut pas arriver à son paroxysme. Puis, il y a « Rend It » qui pousse le malaise social plus loin avec son angulosité guitaristique toute spéciale, se permutant alors en un « 23 Beats Off » qui veut étrangler ta pauvre âme décharnée (si si, ça s’étrangle une âme). Comme à chaque album du Fugz, on retrouve un hit à tout casser. Cette fois-ci, c’est « Cassavetes » (ouais, comme le cinéaste démentiel). « Cassavetes » et sa ligne de guitare toute frippienne et son énergie Rage-against-the-machinisante. Franchement, parfois je me dis que le Emo, c’est ce bon vieux Robert qui l’a inventé.

L’album se termine avec la tristesse résignée et orageuse de « Last Chance For A Slow Dance ». Et on en redemande. Encore et encore.


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15 Fréquences, Mixtapes

15 Fréquences Ultimes – Épisode 18 – Sylvain Castilloux

Mélomane depuis sa naissance, Sylvain a toujours amassé les cassettes et cd jusqu’au jour fatidique du 17 mars 2006, où sa vie fut perturbée à jamais par l’achat de ses premiers disques vinyle au No Fun Fest à Brooklyn. La vie ne fut jamais pareille depuis, accroc de la galette noire pour la vie, la « collectivite » aigüe frappe très fort. Aussi musicien à ses heures, Castilloux a oeuvré dans plusieurs groupes de la scène underground de Montréal, dont ManyMental Mistakes, Ghostlimbs, Les Zerreurs et présentement Nuage Flou ainsi que Curling Irons.

Tel qu’évoqué ci-haut, mon pote Sylvain (que j’appelle affectueusement « OG Castilloux ») a une collection de disques complètement folle (et vaste). Il publie religieusement ses écoutes sur sa page Instagram, que je consulte régulièrement avec admiration et envie. C’est une des références absolue en matière de no wave, garage rock, post-punk, noise rock, punk, hardcore, abstract/leftfield hip-hop, rock expérimental, psych (et j’en passe). Parler avec Sylvain est dangereux parce ce qu’à chaque fois, au terme de la discussion, tu as le goût de t’acheter 47 albums… Et souvent les 2-3 premiers de chaque groupe évoqué 🙂

C’était donc normal que ce grand mélomane devant l’éternel soit une des premières personnes à qui j’ai proposé le délicat exercice de sélectionner ses 15 pistes ultimes. J’imagine que le choix fut délicat et difficile. Mais en bout de ligne, on a ici un mix qui représente vraiment bien toutes les (nombreuses) facettes d’un des musiciens les plus sympa et cool de la scène montréalaise !

Je souhaite une fabuleuse écoute à tout le monde, y compris le célèbre Géant Vert (qui, fait fort méconnu, adore écouter du no wave lorsqu’il n’est pas occupé à faire la promotion des légumes en conserves).

Tracklist:

  1. DNA – You and You
  2. Damned – Neat Neat Neat
  3. No Trend – Reality Breakdown
  4. Jerry’s Kids – Cracks In The Wall / Tear It Up
  5. Ulver – I
  6. Big-L – All Black
  7. Fifty Foot Hose – Fantasy
  8. Abwarts – Verzählt
  9. Throbbing Gristle – Very Friendly
  10. Sonic Youth – Brother James
  11. Scratch Acid – Cannibal
  12. Flipper – Ha Ha Ha
  13. Birthday Party – Junkyard
  14. Stooges – Loose
  15. Registrators – Monkey

Autres Mixes, Mixtapes

Halloween Goth-Mixtape : sélections de Simon Fortin

Une délicieuse mixtape d’Halloween (un peu tardive) à ajouter à notre magnifique sélection déjà fort exhaustive de 2023 (Psychédéliquement vôtre – spécial Halloween, L’Halloween psychotronique de Léon LeCamé, Rap de Caniveau et Trames Sonores de films d’épouvante).

Mon ami Simon Fortin est, à égalité avec Mathieu Barbe, ma BIBLE absolue en matière de musique gothique. Et il a eu la glorieuse idée de me soumettre cette sélection quasi-parfaite de pépites goth-rock, death rock, batcave, post-punk, coldwave, minimal wave, ethereal wave (et plein d’autres -wave), rockabilly, hardcore punk schizoïde, etc…

Un gros merci au magnifique et ténébreux Simon pour cette collaboration des plus sympathiques !

Bonne écoute à tous les squelettes de tamias ré-animés par la magie noire d’une sorcière polonaise incandescente répondant au doux nom de « Belzubasbatrich’rtazoum ».

Tracklist

  1. Cinema Strange – Aboriginal Anemia
  2. Christian Death – Skeleton Kiss: Fright
  3. T.S.O.L. – Silent Scream
  4. Radio Werewolf – Buried Alive
  5. The Wake – Give Up
  6. The Mob – I Wish
  7. A Certain Ratio – And Then Again (12″ Version)
  8. Death In June – Nothing Changes
  9. The Candles Burning Blue – After My First Murder
  10. Little Nemo – Empty House
  11. Trisomie 21 – Il Se Noie
  12. Tarantula Ghoul & Her Gravediggers – Graveyard Rock
  13. Rudimentary Peni – Radio Schizo
  14. Belgrado – Jeszcze Raz
  15. Siiiii – Rictus
  16. Der Fluch – Wenn Die Hexen Tanzen
  17. Voodoo Church – Eyes (Second Death)
  18. Sex Gang Children – Deiche
  19. Grauzone – Ein Tanz mit dem Tod
  20. Siekiera – Nowa Aleksandria
  21. The Cure – Fear of Ghosts (Band Rehearsal)
  22. Corpus Delicti – Twilight
  23. Mephisto Waltz – Eternal Deep
  24. The Snake Corps – « This Is Seagull…. »
  25. Handful of Snowdrops – Gabrielle
  26. Dream Affair – The Porter
  27. Pink Turns Blue – Your Master Is Calling
  28. Iron Curtain – The Condos
  29. This Mortal Coil – Sixteen Days / Gathering Dust
  30. Palissade – M’éloigner
  31. Rozz Williams & Gitane Demone – Flowers

*Mixtape montée par Salade d’endives / sélections de Simon Fortin.

critiques

The Damned – Machine Gun Etiquette

Année de parution : 1979
Pays d’origine : Royaume-Uni
Édition : Vinyle, Chiswick – 2016
Style : Punk, Post-Punk, Art Punk, Pop Couillue

Ça c’est du punk comme je l’aime. Inventif, audacieux, irrévérencieux, vicieux, énergique, cartoonesque jusqu’à la moelle, oh so very very british ; mais aussi bourré de mélodies imparables qui te restent scotchées à jamais dans le cortex (cette sensibilité « pop » qu’on retrouve aussi chez les Buzzcocks). Ce troisième album de nos damnés chéris n’a failli jamais voir le jour. Après leur second album mi figue mi raisin (que j’aime bien cependant), le guitariste et compositeur Brian James avait quitté le navire… Notre bon Capitaine Sensible a passé de la basse à la gratte principale. Lemmy de Motorhead a rejoint le groupe en mutation en temps que bassiste pour un gros 5 minutes… Puis les tentatives de recrutement d’un bassiste permanent ont finalement abouti avec l’excellent Algy Ward (ex Saints) qu’on retrouve sur ce Machine Gun Etiquette le cul assis sur 4 chaises en permanence.

Pourquoi donc cette allégorie d’arrière train ? Parce que c’t’album est à la croisée des chemins. C’est l’album de transition (réussi) par excellence. Ce n’est plus du tout le punk garage pur et dur de « Damned Damned Damned » (1977). Ce n’est pas tout à fait du post-punk (pour ce que ça veut dire). C’est un mélange de tout ça mais c’est aussi plein de pop muzik rutilante/couillue, d’explosions de clavier qui pourraient aussi figurer sur un disque prog ou psych (ce farfisa !), de solos de guitare jouissifs, de théâtralité grandiloquente et même de petits relents du futur goth-rock/new wave de la troupe.

Musicalement, ce mix improbable aurait pu résulter en une catastrophe ambulante entre les mains de muzikos moins fabuleux. Mais les Damned ont réussi leur pari et livrent ici la marchandise comme les petits Dieux bien baveux et mal élevés qu’ils sont. Il y des TOUNES incroyables sur toute la galette, mes amis. Pas un seul moment faiblounet. La créativité de ces gars là était tellement débordante que le disque a du faire pâlir d’envie toute la compétition à l’époque (à part les Pénis Buzzés ci haut mentionnés car ils butent tout aussi sévèrement).

Les fans de Punk pur jus seront ravis par une pléiade de morceaux bigrement efficaces : « Love Song » (la plus émouvante chanson d’amour de l’histoire moderne), la pièce titre très rentre-dedans (avec les garçons de The Clash aux choeurs !), la classique « Noise Noise Noise » (presqu’impossible de ne pas l’écouter deux fois de file) ou encore « Liar » qui sonne très très Sextolets Pistuels.

Mais prenez ensuite un truc comme « I Just Can’t be Happy Today »… VAT IS DISS ? Le chant hanté/habité de Vanian vachement proto-goth, l’orgue psychotronique à la Stranglers, la batterie véloce de notre rat galeux préféré… On est vraiment ailleurs et pourtant, on ne perd pas le côté très « immédiat » du punk. Sublime enchevêtrement de pleins d’influences disparates que voilà. Sinon, t’as « Melody Lee » qui débute presque comme une pièce d’Elton John avec ce piano grandiloquent avant de se muter en chanson pop punk géniale ponctuée de passes de gratte folle de m’sieur Sensible (un homme que j’aime beaucoup). Oh, et vous aimez faire des bad trip de mush au cirque ? « These Hands » est là juste pour vous mes chers. Ah-ah-ah-ah-oh-oh-oh-ooooh !

La pièce de résistance (selon moi) du divin disque, c’est ce « Plan 9 Channel 7 » qui rend un vibrant hommage au classique cinématographique de monsieur Ed Boisé (featuring Bela Lugosi et aussi le dentiste d’Ed). Ici, on a affaire à du goth-rock catchy en diable qui monte progressivement en intensité, porté par une section rythmique implacable et une lead guitare savoureuse, avant d’atteindre son apogée dans les mugissements d’un clavier fantomatique et les hululements de cette voix de fausset en extase.

Pas juste un des meilleurs albums de punk de tous les temps mais aussi un très grand disque de musique.


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critiques

Fugazi – Repeater + 3 Songs

Année de parution : 1990
Pays d’origine : États-Unis
Édition : CD, Dischord – 2005
Style : Emocore, Post-Hardcore, Punk Rock

Là où Minor Threat donnait dans la rapidité et la rage victorieuse (durée moyenne des morceaux : 1 min. 30 secondes), Fugazi est un tout autre type d’animal. Fugazi est à la fois tendu, introspectif, émotif, cérébral, complexe, nuancé… Mais parfois, Fugazi éclate soudainement (surtout sur ce premier album encore très punk), sans avertir et vomit sa rage acerbe avant de replonger dans son mid-tempo doucereux. Et Fugazi est aussi plus groovy que jamais ! Il est même funky parfois. Fugazi est multiple, quoi. Le groupe de Ian MacKaye (guitare, vocaux) et ses acolytes Joe Lally (basse, voix), Guy Picciotto (guitare, voix) et Brendan Canty (batterie) a fait évoluer le post-hardcore plus qu’aucun groupe. C’est mon humble opinion.

Pour ceux qui disent que les Punks ne savent pas jouer… Écoutez mes musiciens, bordel ! Une chimie totale. Une maitrise technique à couper le souffle. Ils sont totalement investi dans leur art. Une section rythmique qui groove sans bon sens (cette basse, nom de Dieu) et qui est une assise de choix pour les deux guitares corrosives qui se chevauchent, se percutent, se font la part belle. Même si Fugazi est le bébé de MacKaye (à la base), ce dernier n’a jamais voulu être la « star du groupe » car il partage autant le lead guitar que le lead vocals avec son collègue Guy Picciotto. La personnalité des 4 musiciens est vraiment mis de l’avant et est au service de la musique avant tout.

« Repeater » (et ce EP sobrement intitulé « 3 Songs » greffé à la toute fin de mon édition CD), c’est le groupe qui a transcendé sa version embryonnaire (celle qu’on entend sur la compil « 13 Songs ») mais qui est encore en transition vers sa maturité totale (qui, selon moi, survient sur « In on the Kill Taker », 1993). On a donc un Fugazi le cul entre deux chaises ici. Encore très punky-fun-sautillant par bouts, et mortellement sérieux par d’autres. Personnellement, j’adore cette dichotomie.

L’album débute de la plus magistrale façon, avec un « Turnover » tout discret au départ (mais lourd de menaces) qui voit son agitation rapidement gonfler à bloc… Le ciel s’assombri, le vent se lève. Et puis on se prend plusieurs mini décharges électriques en pleine gueule, des mini explosions calibrées avec une minutie hors du commun. Revirements de situations éclairs, alternance entre passages froidement mathématiques et d’autres tissés d’émotions brutes (la genèse de ce qu’on appelle aujourd’hui l’emocore). Et, pendant les 40 prochaines minutes, MacKaye et ses potes ne démordront pas… parce que ces jeunes types sont trop fiers pour lâcher l’os qu’ils tiennent jalousement dans leurs gueules voraces, la rage viscérale dans le sang, l’esprit bien aiguisé par le monde illogique qui les abrite, le venin toujours prêt à fuser de toute part, l’oeil rivé sur les cibles à abattre.

Ouais les mecs, Fugazi est grand. Et ce premier album nous le confirme. Comme tous leurs albums d’ailleurs. Le meilleur groupe de post-hardcore de tous les temps.


Dans un même état d’esprit, Salade vous recommande :