critiques

Augustus Pablo – King Tubbys Meets Rockers Uptown

Année de parution : 1977
Pays d’origine : Jamaïque
Édition : CD, Get On Down – 2011
Style : Dub

Il y a toujours une genèse dans l’élaboration de nos goûts musicaux les plus obsessifs. Le premier album qui nous introduit à un style qui se révèle fascinant ou encore : le premier disque du genre qui fait mouche sur tous les tableaux. En frais de dub, cette compile du génial Augustus Pablo a été cette porte d’entrée parfaite pour votre humble serviteur qui aimerait tant pouvoir se taper un petit oinj’ de white widow en vous écrivant cette critique mais qui, hélas, ne donne plus dans le créneau depuis plusieurs années (les antidep et le tabac qui rigole ne font définitivement pas bon ménage par ici). Je me contente donc d’une Pale Ale qui, l’odeur du houblon aidant, me rappelle mes belles années « au vert ».

« Meets the Rockers Uptown », c’est ni plus ni moins la quintessence du dub dans son essence vrombissante même. Le dub, c’est avant tout un son. Une vibration. Une atmosphère. Une pulsation (de basse). Avant même qu’il existe un style nommé « bass music » par des journaleux, le dub c’était encore plus ça que ça. Une basse langoureuse, frémissante, enveloppante, envoûtante, céleste… qui se répercute dans des échos chatoyants, dans la nuit originelle. C’est l’assise de tout le reste ; la base quoi (oh, le vilain jeu de mot !). La basse comme religion. Comme absolu en soi.

À cela se greffe une batterie mollassonne toute de reverb recouverte (s’y noyant presque parfois), de la guitare soul en mode « staccato », des brass tonitruants qui percent légèrement l’épais voile de fumée opaque des horizons sonores environnants, des notes de piano endormi et d’orgue fantôme, quelques voix chopped and screwed bien opiacées (perdues au loin) qui repartent aussitôt arrivées et puis, dans le cas de ce cher m’sieur Pablo, ce mélodica emblématique au son si caractéristique ; qui rajoute une touche de mysticisme sur une musique déjà on ne peut plus brumeuse… Mais parfois tout le reste s’estompe momentanément et on revient à la source : la basse. C’est elle la star de l’ensemble. C’est elle qui est porteuse de cette musique si unique, qui, selon moi, a une proche parenté avec la musique dite « ambient ». Une musique dont l’influence se fait maintenant reconnaître presque partout.

Qui aurait cru un jour que ce garçon de 15 ans qui traînait autour d’un magasin de disque de Kingston (« Aquarius »), son mélodica à la bouche (reçu en cadeau d’une fillette), deviendrait un jour le plus grand producteur de Dub de tous les temps ? Un mec qui maitriserait le studio comme un grand chef sa cuisine. Un innovateur forcené en matière de techniques de prod et d’enregistrement. Un empileur de « couches sonores » qui s’enchevêtrent tellement bien qu’on a l’impression qu’elles font l’amour dans (et à) nos oreilles. Un créateur de soundscapes dans lesquelles il fait bon se perdre éternellement. LE pionnier en matière de « remixing ». Un mec qui travaille le son comme l’argile un sculpteur.

Disque charnière.


Dans un même état d’esprit, Salade vous recommande bien languissamment (bien sûûûûr) :

critiques

Scientist – Scientist Rids The World Of The Evil Curse Of The Vampires

Année de parution : 1981
Pays d’origine : Jamaïque
Édition : Vinyle, Мирумир – 2014
Style : Halloween Dub

Votre party d’Halloween vire au ganja-fest ? Vos convives momifiés ou munis de crocs en plastok dansent de manière désordonnée dans un épais brouillard de fumée psychotrope ? Et bien, j’ai le disque PARFAIT pour accompagner le moment ! Ce dixième album de Scientist (en seulement 2 ans de carrière !!!) est probablement son plus légendaire. Et si on se fie aux internets (du moins chez RYM), il s’agirait du meilleur disque dub de tous les temps. Dur d’être en désaccord avec cette affirmation à l’écoute d’une telle merveille… et de toute manière, les volutes émanées par ces infra basses ne donnent pas forcément envie de s’adonner à quelconque débat sur la chose… On a juste le goût de se dandiner mollement ou encore mieux : à s’écraser bien mollement (encore) sur un divan soyeux et à laisser le SON nous recouvrir l’être tout entier.

Déjà le concept de la chose est fabuleux : mélanger dub enfumé de haut calibre et épouvante (vampires, fantômes, la créature de Frankenstein, momies, loups-garous… sans oublier ces chers zombies). Et cette pochette INCRÉDIBLE qui rappelle autant les films de la série Hammer qu’un épisode de Scooby Doo première génération ! Comment ne pas aimer déjà la sainte galette avant même d’avoir apposé l’aiguille dessus ? Et bien, l’écoute ne fait que confirmer qu’on est en présence d’un chef d’oeuvre total dans le genre dub.

Scientist, en bon Vincent Price de fortune, annonce chaque morceau de sa voix démoniaquement reverb-licieuse (« THIS IS THE CURSE…. OF THE MUMMY !), le tout souvent suivi d’un rire méphistophélique. Puis s’ensuit systématiquement un morceau bourré de basse torride et de batterie hypnagogique qui se frayent mollement (toujours) un chemin dans l’humidité électrique des claviers déréglés, du tintement insistant des pianos désaccordés, des percussions tonitruantes/opiacées et de ces cuivres surréalistes qui semblent provenir d’une autre galaxie. Et cette voix endormie, très peu présente, qui décide des fois de pousser la chansonnette un moment avant de retourner dans ses limbes originelles… Raaaah, lovely !

Bon Dieu que tout ceci est magique. Paresseusement magique. Un « lazy » late night classic, autant pour l’Halloween que pour n’importe quel autre soir de l’année. L’essence même du dub. À écouter TRÈS FORT (comme je fais présentement).


Dans un même état d’esprit, Salade vous recommande bien mollement (bien entendu) :