critiques

Alamaailman Vasarat – Vasaraasia

Année de parution : 2000
Pays d’origine : Finlande
Édition : CD, Silenze – 2000
Style : Avant-Prog, Klezmer, Zeuhl, RIO

Eh, dîtes-donc mes bonnes dames et mes bons messieurs, vous avez envie d’assister à une orgie céleste / cauchemardesque entre les membres de Masada, de Henry Cow, du Willem Breuker Kolleftief et de Anekdoten ? Vous rêvez d’insérer du Klezmer dans vos scènes préférés des films de Buñuel ? Vous aimez bien l’image mentale d’une cohorte de rabbins schizoïdes sur le crack faisant la première partie de Mr. Bungle ? Eh bien mes p’tits gars et mes p’tites filles, les mecs d’Alamaailman Vasarat (super amusant à épeler / prononcer) sont là pour vous ! Armés de deux violoncelles, d’une batterie, de clarinettes klezmer, d’un sax, d’un trombone et d’une brochette d’orgues vieillots, ces Finlandais fous issus du groupe RIO-Neo-Folk-Prog « Hory-Kone » vont combler toutes vos exigences délurées avec leur musique incroyable, insolite, inclassable et infectueuse. Préparez-vous à vous en mettre plein les oreilles… Tango nocturno-bruitiste, musiques de films d’horreurs gitans, folk scandinave, free jazz à l’européenne, post-klez enfumé, rock in opposition, musique de funérailles, ambiances de films noir (+ un soupçon de lourdeur métallique par moments opportuns)… Tout ceci est au menu à Vasaraasia, et bien plus encore !

Ce qui est fascinant chez Alamaailman, c’est leur faculté innée à combiner tous ces éléments sonores disparates pour en faire un tout cohérent et unique. Et même si à prime abord, leur musique est plutôt expérimentale (et peut sembler à tort inaccessible), elle est aussi très mélodique et possède ce petit côté festif (voir même dansant !) on ne peut plus contagieux. À chaque détour de Vasaraasia, on est abasourdi par une incongruité sonore nouvelle (comme ce violoncelle qui est utilisé comme une guitare électrique), on s’émeut devant les morceaux plus lents et émotifs (le splendide « Lakeus », entre autres), on s’imagine Nosferatu filmé par Kusturica, on se surprend à découvrir un autre détail dans la composition (d’une richesse inestimable) de chaque pièce, on pleure de joie, on sourit et surtout : on est captivé d’un bout à l’autre. Perso, cette musique vient me toucher autant la tête que les tripes. C’est le mélange musical parfait entre innovation, émotivité, mystère, richesse, splendeur et surréalisme… Vasaraasia, c’est la clé des possibles, le grand pas vers un monde de rêves et d’abstraction divine. Je ne peux que vous recommander d’y plonger tête première ! Vous n’en sortirez pas indemnes, je vous le promet (et c’est une bonne chose).


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Univers Zéro – 1313

Année de parution : 1977
Pays d’origine : Belgique
Édition : CD, Cuneiform – 1989
Style : Rock in Opposition, Avant-Prog, Musique de chambre, Contemporain, Gothique, Dark Zeuhl

Ça vous dirait d’entendre un orchestre de chambre possédé jouer la musique la plus radicalement sombre, aride et sans compromis possible ? Et bien, j’ai le groupe pour vous, mais chers amis avides de ténèbres galopantes ! Dès cette première offrande discographique, la musique d’Univers Zéro fait froid dans le dos. Les Belges maudits, adorateurs de Lovecraft (ils s’appelaient « Necronomicon » avant, d’ailleurs) ne font pas dans la facilité ni dans la dentelle. On est pas (mais VRAIMENT pas) chez Yes ou Camel ici ! Leurs univers sonore des plus sordide emprunte surtout aux structures et ambiances de la musique contemporaine et/ou folkloriste : Bartók (leur plus grande influence), Stravinsky, Penderecki… En fait, sur cet album, il n’y a pas grand chose qu’on pourrait rattacher au rock, si ce n’est l’aspect très propulsif de la batterie de Daniel Denis, tête pensante de la formation. Au niveau des compositions, c’est hyper progressif, certes (bien plus que chez bien des poncifs du genre), mais l’instrumentation déployée est vraiment atypique : basson, violon, violoncelle, hautbois et harmonium. On dénote cependant des petites touches crimsonienne dans la guitare inhumaine, distante et froide de sire Roger Trigaux (un autre mec important dans le domaine des musiques « difficiles » ; j’y reviendrai dans de futures chroniques). UZ ne s’embarrassent pas d’un chanteur non plus. Leur musique est purement instrumentale. Et presque complètement acoustique sur cette première galette.

L’album débute de manière magistrale avec « Ronde », un morceau-fleuve qui introduit à merveille le macrocosme diabolique de la troupe. À travers ces 15 minutes quasi-insoutenables pour le fan moyen d’Abba (qui se retrouvera bien vite en position foetale, à geindre sur le sol mat), UZ semblent s’amuser à construire un immense malaise sonore toujours grandissant et de plus en plus étoffé. On dirait la bande son d’un film occulte traitant de la sorcellerie au Moyen-Âge. Au menu : un violoncelle funeste, un harmonium atmosphérico-angoissant, des violons dissonants en diable, un basson dément et un réel talent à alterner des passages cycliques hypnotiques/nauséeux et des éclats soudains qui veulent terrasser l’auditeur. Du délicieux masochisme sonore mais quand c’est aussi bien fait, on en redemande !

Nous ne sommes pas en reste puisque le restant de l’album nous assène 4 autres pièces plus courtes mais pas moins efficaces pour autant. Mention spéciale à la bien nommée « Malaise » (on en parlait justement plus haut) qui est très explosive et qui ne semble pas dénuée d’une pointe d’humour carnassier (façon Shostakovitch mais version zombifié, les dents noires et avec des gros vers bien gras qui tombent de sa glotte trouée).

Voilà là un album qui torche le gouvernement Couillard de 2014-2018 en matière d’austérité pure et dure ! Et l’art sonore d’Univers Zéro n’a pas fini de nous surprendre. Ce n’est que le début d’une carrière aussi riche que tétanisante. Ils feront mieux ; et encore plus sombre…


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Aksak Maboul – Onze Danses Pour Combattre la Migraine

Année de parution : 1977
Pays d’origine : Belgique
Édition : CD, Crammed – 2003
Style : Avant-Prog (de chambre) / Rock in Opposition, Musique des Balkans

Souvent, lors d’une journée de weekend morne et pluvieuse, mon cerveau part à la recherche d’un support sonore qui sied bien à l’atmosphère qui trône. Il y a ces pluies glaciales et austères d’Octobre qui s’agrémentent parfaitement d’une succulente missive de Black Sabbath, qu’on déguste en lisant du Lovecraft et du Poe. Il y a ces journées abjectes de Novembre où la mélancolie nous porte à se perdre dans la noirceur opaque du Black Metal et dans le néant existentiel de Joy Division / The Cure. Sans oublier les pluies douces d’été où l’on se laisse bercer par les Gymnopédies et les Gnosiennes d’Érik Satie… Mais il y aussi ces jours où la pluie n’est que nostalgie scintillante nous plongeant tête première dans notre imaginaire d’enfant. Je parle de cette enfance révolue (hélas !), où tout nous semblait merveilleux et magique. Ces jours grisounets où l’on avait qu’une envie : enfiler notre imper, sortir de notre chaumière et aller s’amuser tout seul dans un univers empreint de cette magie… Patauger dans les flaques d’eau et laisser les éléments nous inspirer des aventures fantastiques, peuplées de créatures chimériques et de lieux impossibles. S’imaginer que le nain de jardin de la cour est devenu vivant et nous parle dans un dialecte étranger, que des dragons vermeilles vont sortir à tout moment des puisards, que le vent qui agite les arbres d’une aussi singulière façon est notre allié…

Lorsque je suis touché par cette nostalgie toute particulière et que je consulte mon illustre discothèque, immanquablement, mon regard finit par se porter sur cette pochette étrange et surréalisante. Je contemple ces onze danse pour combattre la migraine (arborées fièrement par l’homme mystère, qui semble nous dire « Allez mon jeune ami, viens t’amuser dans notre parc d’attractions – tous les manèges ont étés construits par Salvador Dali ! »). Difficile de résister à cette invitation vers un inconnu qui nous semble aussi sympathique qu’insaisissable. Dès qu’on appuie sur « Play », on est transporté chez le Roi Dagobert – réinterprété façon « Pablo Picasso se la joue grave sur un Fender Rhodes » (Mercredi Matin). S’ensuit alors une suite quasi-parfaite de micro-piécettes et de morceaux plus ambitieux, fruits d’un métissage sonore des plus savoureux et inusités. À travers ce lot de comptines dadaïstes et d’impros délurées, on dénote une foule d’influences disparates : jazz, musiques balkaniques, musiques cycliques et minimales (à la Steve Reich), Erik Satie (mentionné plus-haut), percussions africaines, musique électronique (particulièrement dans l’utilisation des claviers) et classique (surtout le courant folkloriste qui donne ici naissance à quelques « bartokeries » assez splendides). Important aussi de mentionner la multitude d’instruments utilisés par Marc Hollander (maestro du projet) et ses comparses : farfisa, piano, darbuka, guitare, boîte à rythme, saxophone alto et soprano, clarinette, flûte, mandoline, dumbeg, xylophone, violon, violoncelle, accordéon… sans compter les nombreuses voix féminines venant se greffer à la masse sonore engendrée par cet attirail à divers moments-clés, entre autres sur le très marrant « Tous les trucs qu’il y a là dehors », où une fillette d’environ 7 ans improvise une chansonnette sur l’importance du travail et de l’argent alors que Marc essaie de la suivre au Fender… et que la petite le réprimande parce que ce n’est pas à son goût.

Aksak Maboul fait bien du RIO, mais demeure à milles lieux de leurs contemporains ténébreux (Henry Cow, Univers Zero et Present). On pourrait dire qu’ils oeuvrent dans une forme de RIO naïf et intimiste… bref : du RIO de salon ! Je suis sûr que si le professeur Tournesol avait eu un groupe de rock, ça aurait beaucoup ressemblé à du Aksak Maboul !


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