Autres Mixes, Mixtapes

Cuchabata – Mixtape 20ème anniversaire (sélections de David Dugas Dion)

20 ans de Cuchabata… Ça force le respect. Ce label montréalais, devenu légendaire au fil des années, c’est d’abord le bébé de David Dugas Dion ; un beau bébé étrange cogité dans sa matière grise d’ado disquaire (à Valleyfield). Faut se remettre dans le contexte des jeunes années 2000 : un monde où tout n’est pas (encore) interconnecté-interrelié-en-permanence par le sacro-saint Internet. En musique indépendante at large, les contacts, demandes de collabos et l’auto-promotion se font difficilement… alors imaginez pour la musique expérimentale-noise-rock-atonal-ambient-free-jazz-free-improv-post-toute !!! Malgré la tâche ardue qui l’attend, notre jeune David des Bois se retrousse les manches et décide de donner vie à ses rêves sonores les plus fous. En hommage à une sombre légende d’Amérique centrale (et aussi à son chat), notre jeune musicien polymorphe va créer l’étiquette Cuchabata pour éditer ses trucs, ceux de ses amis et autres compagnons de route ; le tout avec passion et assiduité, avec des moyens faméliques, pour l’amour de la musique avant-tout et le désir d’archiver/abriter ces sons dans une maison-mère prête à accueillir tous types de visiteurs (surtout les plus sautés). C’est ça le DIY, le vrai, le pur, le divin, l’authentique.

À travers ces 20 années rocambolesques, Cuchabata aura fait paraître plus de 220 objets sonores (non identifiés) tous plus bluffants les uns que les autres, ratissant large dans une panoplie de genres, tissant des liens forts avec (et entre) des artistes parvenant d’horizons divers, enrichissant fortement la scène musicale québécoise alternative et expérimentale d’une manière qui se doit d’être soulignée. Et le travail acharné de ce projet fou et inspirant continue à ce jour, pour le plus grand bonheur des mélomanes aventureux que nous sommes ici, sur les Paradis Étranges.

Pour célébrer cet anniversaire, mon pote DDD vous propose une mixtape aussi abrasive que somptueuse. Une pièce issue de chacune des parutions de 2023 de Cuchabata. Vous retrouverez ci-bas (sous la tracklist) des textes de présentation pour chaque album concerné, gracieuseté de notre curateur barbu préféré.

Bonne écoute à tout le monde (y compris les lanceurs olympiques de paratonnerres) ! Et partagez cette playlist en grand nombre !

Tracklist

  1. La Forêt rouge – Savonner le rideau des illusions
  2. Éric Normand – Le rire et le poignard (reprise de Tom Zé)
  3. Red Mass – Drowned ft Giselle Webber
  4. Feu Tétanos – Gris
  5. ELKA DDDONG – Future Shock In The Paleocybernetic Age
  6. FULL ASTRO – Plancher
  7. Maxime Gervais – 18 manteaux de fourrure
  8. Electrique Junk – No Verse Gap including Dies Irae and Just Cremate Me; I’ll Take It From There
  9. Totenbaum Trager – Fleur VII
  10. Peaches in Black – Les secrets enneigés d’une danse interrompue
  11. Colmor – Par coeur

*Sélection des pistes par David Dugas Dion // montage de la mixtape par Salade d’endives.


LA FORÊT ROUGE – Si la co​ï​ncidence se maintient
(CUCH-209)


Presque six ans suivant la parution de « Le maquillage de tout le monde coule », La Forêt rouge récidive avec un nouvel opus intitulé « Si la co​ï​ncidence se maintient ». Entièrement enregistré lors d’une journée du mois de juillet 2021 et totalement improvisé, « Si la co​ï​ncidence se maintient » prouve une fois de plus que La Forêt rouge sait à la fois se régénérer, sans pour autant trahir ses racines. Oscillant entre des pièces plus atmosphériques et d’autres plus saccadées et rythmées, La Forêt rouge nous convainc une fois de plus que ses branches sont endurcies et que ses souches sont toujours aussi insatiables et avides de transformations.

ÉRIC NORMAND – Suite reprise
(CUCH-210)


La tête de Tour de bras (étiquette indépendante rimouskoise) et du collectif GGRIL (Grand groupe régional d’improvisation libérée), Éric Normand s’adonne ici au remaniage de chansons, reprises à sa façon et agrémentées d’invité.es/musicien.nes hétéroclites. De Jacques Brel à Tom Zé, en passant par l’écriture d’Éric lui-même, tout est réinterprété de manière souvent éclatée et plutôt insolite.

RED MASS – Vol​.​3 Memento Mori
(CUCH-211)


111 est un travail à grande échelle, destiné à accompagner l’album précédent de Red Mass, intitulé « A Hopeless Noise ». Celui-ci contient 111 chansons séparées en 11 volumes et chaque volume est fondamentalement un album en soi. Chacun des 11 volumes représente un type de personnalité et possède ses propres images, thèmes et chansons exécutées dans un style particulier, allant du folk, au garage punk, en passant par le noise, le black metal, les compositions à base de synthétiseur, l’électro et le garage pop. Dans « A Hopeless Noise », la protagoniste principale souffre du trouble de la personnalité multiple alors que 111 explore l’idée avancée par l’auteur Grant Morrison selon laquelle, au lieu d’un complexe de personnalité unique, nous devrions adhérer à un complexe de personnalités multiples nous permettant de nous adapter davantage aux autres, d’avoir plus d’empathie envers eux et peut-être même d’éviter des psychoses sociétales à grande échelle. 111 propose principalement du nouveau matériel. Le 3ième volet de la série voit Red Mass composer des morceaux folks expérimentaux avec des thèmes liés à l’adaptabilité. Comme Red Mass à l’habitude de faire, il y a des invités spéciaux soit Giselle Webber, Hannah Lewis et Jena Roker. Le 1er single de l’album est Drowned avec Giselle Webber (Orkestar Kriminal).

FEU TÉTANOS – Pas assez peace
(CUCH-212)


Sortez l’alternatif des années 90 du gars! Pas Assez Peace? Parce que des fois, ça brasse intérieurement. Parce que des fois, ça fait du bien de crier. Parce que des fois, pester n’est pas nécessaire, on cherche la paix. Projet Solo de Vincent Latulippe accompagné parfois de Benoît Aumont-Lefrançois à la batterie. Feu Tétanos tourne la page sur un projet trop long. Tétanos est mort – Feu Tétanos vivra – Peace.

ELKA DDDONG – ELKA DDDONG
(CUCH-213)


ELKA DDDONG = ELKA BONG + David Dugas Dion. ELKA BONG c’est Al Margolis (Massachusetts) et Walter Wright (Virginia (aussi membre du duo Bigbigdogdog)). Pour l’occasion, DDD s’est greffé au duo et le tout fut enregistré à distance.
Al Margolis – Violon, Casio CZ-101, hautbois et piano.
Walter Wright – Batterie amplifiée.
David Dugas Dion – Sax alto, basse, guitare électrique et Gakken SX-150 + Moog Ring modulator.

FULL ASTRO – FULL ASTRO
(CUCH-214)


FULL ASTRO (de FULL ASTRO) est probablement l’album le plus free jazz jamais sorti par Cuchabata Records : sax alto (Geneviève Gauthier), contrebasse (Eli Davidovici), guitare électrique (Alex Pelchat) et batterie (David Dugas Dion). Des rythmes entraînants aux explorations venteuses, en passant par la frénésie du bruit, FULL ASTRO vous propulsera au-delà de la lune, de Saturne et même au-delà de cette galaxie…

MAXIME GERVAIS – Torse nu
(CUCH-215)


« En checkant les chansons de Torse nu, je me suis rendu compte qu’elles parlent pas mal de ne pas fiter, de se cacher, de mal feeler, de vivre en marge. Je trouve que le visuel de Laurence Lemieux représente vraiment bien ça. En ce qui me concerne, ça se retrouve sur des tounes comme Jeux vidéo, Anxiété sociale et Nos assiettes sont pleines de tristesse. Pour certaines chansons, j’ai laissé la narration à des personnages. On y retrouve, entre autres, une vedette décadente (18 manteaux de fourrure), un chat de ruelle qui aime se battre (Coco) et Joseph-Arthur Lavoie (Pour le temps d’une paix). Torse nu, c’est pas tant une question de bedaine, je pense. C’est plus dans la tête que ça se passe. Un lâcher-prise qui permet, au moins, de survivre au bordel. Un party pour mieux résister? Torse nu emprunte au post-punk et au grunge en conservant l’esprit lo-fi/casio de mes albums précédents. Maintenant, j’ai le goût de remonter un band et de faire des shows où je pourrais faire du body surfing en criant. Torse nu ou pas. »
-Maxime Gervais

ÉLECTRIQUE JUNK – Suture Self
(CUCH-216)


Pour ce troisième album intitulé « Suture Self », Électrique Junk continuent de développer le rock psychédélique teinté d’influences moyen-orientales qui les caractérise en misant sur le concept de suite, les pièces s’enchaînant d’elles-mêmes à l’intérieur de grandes structures dont les articulations contiennent des surprises à chaque détour. Des échos d’une vieille pièce liturgique émergeant de riffs lourds en passant par des moments flottants à tendance folk et des coupures abruptes, le trio s’ouvre également à des sonorités nouvelles grâce à l’aide de David Dugas Dion tout au long de l’album. Si les deux premiers albums vous ont amené ailleurs, « Suture Self » sera un voyage lysergique dans un univers qui se contient lui-même.

TOTENBAUM TRÄGER – Perennials
(CUCH-217)


Nouvel album de Totenbaum Tr‰ger, « Perennials » est la suite de « Neon Flowers », paru sur l’étiquette montréalaise Samizdat Records et lancé aux Ateliers Belleville en mai 2023. Poursuivant son voyage solo, Dominic Marion continue de soumettre sa guitare à des traitements en direct afin de produire des timbres d’un autre monde. Ce nouvel album prolonge l’exploration timbrale du précédent en dessinant des paysages encore plus dilatés, où le temps paraît suspendu, où l’oreille est bercée par des sonorités qui transfigurent le timbre de la guitare électrique. Des résonances s’élèvent, étrangères à toute pulsation régulière, pour former des amas d’ombre et de lumière, des fleurs de néon vivaces, des ouvertures méditatives où s’abîmer en soi-même.

PEACHES IN BLACK – Volume 1
(CUCH-218)


Venant de l’épicentre artistique de tiohtià:ke (Montréal), Peaches in Black se dresse en tant que phare vibrant de la diversité de genre et du féminisme dans le domaine de la musique improvisée. Reconnue pour son travail au sein de projets tels que La Loba et LUNES, ce collectif a été créé par la polyvalente multi-instrumentiste et activiste Elyze Venne-Deshaies. Avec un dévouement inébranlable à l’inclusivité et à la célébration des voix diverses, la mission fondamentale de Peaches in Black est d’étendre une chaleureuse invitation à de nombreux artistes talentueux qui s’identifient comme queer. Ensemble, iels créent un espace inspirant où la musique et la communauté s’entremêlent, le tout accompli grâce à l’acte puissant de l’improvisation collective. Dans leur collaboration harmonieuse et spontanée, Peaches in Black favorise un environnement où l’échange d’idées musicales novatrices prospère; reflétant un profond engagement envers la promotion de la créativité et de l’unité parmi les artistes historiquement marginalisés. Ce collectif est non seulement un témoignage du pouvoir transcendant de la musique, mais aussi un témoignage de l’impact profond de l’acceptation de sa véritable identité au sein d’une communauté solidaire et créative.

COLMOR – Mixtape Vol​.​2
(CUCH-219)


Colmor est le projet solo/collaboratif de Tommy Johnson, membre du groupe Populi et anciennement de IDALG, Ponctuation et Lemongrab. Très inspiré par l’authenticité des courants lo-fi et DIY, le projet se démarque par sa spontanéité, de l’écriture à l’enregistrement. Mixtape Vol.2, une collection de chansons enregistrées entre 2016 et 2021, fait suite à Mixtape Vol.1 (2016) et EP-1 (2020).

15 Fréquences, Mixtapes

15 Fréquences Ultimes – Épisode 9 – Philippe Larocque (Mothland)

Pour ce 9ème épisode des 15 Fréquences Ultimes, les Paradis Étranges ont l’insigne honneur de vous présenter les sélections du très sympathique Philippe Larocque (homme à tout faire et mascotte chez Mothland, programmateur à DISTORTION, DJ Flâneur, faiseux de playlists jouissives… bref un homme occupé !).

Au programme de sieur Larocque, on retrouve du rock alternatif à toutes les sauces (du grunge au post-punk, en passant par le lo-fi), du no wave, du glam-emo-punk, du Jumeaux Cocteau, du Boom Bap, du dub, de la darkwave industriellement MORTE, du power pop, du garage rock et les grands chansonniers irréductibles que sont Dylan et Cohen.

Bonne écoute à tous et à toutes, où que vous soyez (mais particulièrement à ceux qui sont présentement en Papouasie Nouvelle-Guinée) et un gros merci à Phil d’avoir été patient pour la publication de sa mixtape !

Tracklist:

  1. My Chemical Romance – The Sharpest Lives
  2. Nirvana – You Know You’re Right (Home Demo)
  3. Bob Dylan – Rainy Day Women #12 & 35
  4. Moldy Peaches – Steak For Chicken
  5. Jay Reatard – No Time
  6. The Replacements – Answering Machine
  7. The Cure – Cold
  8. Lingua Ignota – DO YOU DOUBT ME TRAITOR
  9. Cocteau Twins – When Mama Was Moth
  10. Rowland S Howard – Sleep Alone
  11. Ezra Furman – Come Here Get Away From Me
  12. Leonard Cohen – Dress Rehearsal Rag
  13. Linton Kwesi Johnson – Five Nights Of Bleeding
  14. De La Soul – Eye Know
  15. Teenage Jesus & The Jerks – I Woke Up Dreaming

Vous pouvez suivre et encourager Phil sur son Instagram et vous vous devez d’ajouter le site web de Mothland et leur Bandcamp à vos favoris !!! Tout ce que Phil et ses merveilleux acolytes sortent vaut la peine d’être entendu !

critiques

Fugazi – Repeater + 3 Songs

Année de parution : 1990
Pays d’origine : États-Unis
Édition : CD, Dischord – 2005
Style : Emocore, Post-Hardcore, Punk Rock

Là où Minor Threat donnait dans la rapidité et la rage victorieuse (durée moyenne des morceaux : 1 min. 30 secondes), Fugazi est un tout autre type d’animal. Fugazi est à la fois tendu, introspectif, émotif, cérébral, complexe, nuancé… Mais parfois, Fugazi éclate soudainement (surtout sur ce premier album encore très punk), sans avertir et vomit sa rage acerbe avant de replonger dans son mid-tempo doucereux. Et Fugazi est aussi plus groovy que jamais ! Il est même funky parfois. Fugazi est multiple, quoi. Le groupe de Ian MacKaye (guitare, vocaux) et ses acolytes Joe Lally (basse, voix), Guy Picciotto (guitare, voix) et Brendan Canty (batterie) a fait évoluer le post-hardcore plus qu’aucun groupe. C’est mon humble opinion.

Pour ceux qui disent que les Punks ne savent pas jouer… Écoutez mes musiciens, bordel ! Une chimie totale. Une maitrise technique à couper le souffle. Ils sont totalement investi dans leur art. Une section rythmique qui groove sans bon sens (cette basse, nom de Dieu) et qui est une assise de choix pour les deux guitares corrosives qui se chevauchent, se percutent, se font la part belle. Même si Fugazi est le bébé de MacKaye (à la base), ce dernier n’a jamais voulu être la « star du groupe » car il partage autant le lead guitar que le lead vocals avec son collègue Guy Picciotto. La personnalité des 4 musiciens est vraiment mis de l’avant et est au service de la musique avant tout.

« Repeater » (et ce EP sobrement intitulé « 3 Songs » greffé à la toute fin de mon édition CD), c’est le groupe qui a transcendé sa version embryonnaire (celle qu’on entend sur la compil « 13 Songs ») mais qui est encore en transition vers sa maturité totale (qui, selon moi, survient sur « In on the Kill Taker », 1993). On a donc un Fugazi le cul entre deux chaises ici. Encore très punky-fun-sautillant par bouts, et mortellement sérieux par d’autres. Personnellement, j’adore cette dichotomie.

L’album débute de la plus magistrale façon, avec un « Turnover » tout discret au départ (mais lourd de menaces) qui voit son agitation rapidement gonfler à bloc… Le ciel s’assombri, le vent se lève. Et puis on se prend plusieurs mini décharges électriques en pleine gueule, des mini explosions calibrées avec une minutie hors du commun. Revirements de situations éclairs, alternance entre passages froidement mathématiques et d’autres tissés d’émotions brutes (la genèse de ce qu’on appelle aujourd’hui l’emocore). Et, pendant les 40 prochaines minutes, MacKaye et ses potes ne démordront pas… parce que ces jeunes types sont trop fiers pour lâcher l’os qu’ils tiennent jalousement dans leurs gueules voraces, la rage viscérale dans le sang, l’esprit bien aiguisé par le monde illogique qui les abrite, le venin toujours prêt à fuser de toute part, l’oeil rivé sur les cibles à abattre.

Ouais les mecs, Fugazi est grand. Et ce premier album nous le confirme. Comme tous leurs albums d’ailleurs. Le meilleur groupe de post-hardcore de tous les temps.


Dans un même état d’esprit, Salade vous recommande :

critiques

Blonde Redhead – Melody of Certain Damaged Lemons

Année de parution : 2000
Pays d’origine : États-Unis
Édition : CD, Touch & Go – 2000
Style : Art Rock/Pop un brin bipolaire, Rock alternatif, Post-Punk, Noise Rock

Ma découverte de la musique de Blonde Redhead s’est fait (bizarrement) par l’entremise de ce disque assez singulier ; facilement le plus atypique de leur discographie. C’est aussi celui que je ressors le plus souvent. J’y suis attaché à ce disque un tantinet mal-aimé, pas carré du tout, tristounet, un peu neurasthénique… On sent qu’avec cet album mi-figue mi-raisin, les membres du groupe sont à la croisée des chemins ; un pied encore dans leur passé rock noisy et l’autre dans leur avenir électro/dream-pop/trip-hop alternative. Mais ce n’est pas juste ça… Ce disque est une oeuvre au gris… froide et presque désintéressée… Un disque de pop parfait pour ces jours brumeux de Novembre. À travers toutes ces pièces (mêmes celles qui sont un peu plus rock ou électro-pop), on ressent un espèce d’accablement résigné. Et moi qui aime la musique triste et belle, ça vient me chercher.

L’album commence avec cette étrange intro électro affectée/somnolente (claviers mutants + échantillonnage sonore abstrait) avant de se muter en un de mes morceaux préférés de l’histoire du trio : « In Particular ». C’est une petite pépite pop à la rythmique biscornue, bancale, syncopée, obsessive-compulsive même (forcément, ça me parle). Avec sa voix enfantine et sérieuse, Kazu Makino entonne un texte mystérieux, avec ses allitérations sur le prénom « Alex » et ses références à la dépression et la paranoia…. Troisième piste, « Melody of Certain Three » est beaucoup plus rock et rappelle les oeuvres précédentes du trio, mais on sent cette langueur surannée s’instaurer petit à petit à travers… « Hated Because of Great Qualities » continue dans la grisaille. C’est un morceau post-punky  avec un habillage sonore extrêmement minimaliste. Batterie lancinante à l’avant-plan, basse funèbre et guitare éplorée (qui intervient pas mal juste durant le refrain). Très beau.

« Loved Despite of Great Faults » est le revers un brin plus entraînant de sa pièce-soeur, mais avec Amedeo Pace au chant cette fois (info complémentaire: Blonde Redhead est un groupe à 2 chanteurs). La « ballade des citrons » est un interlude similaire à l’intro, le genre de bidouillage sonore qu’on aurait pu entendre sur un disque du BBC Radiophonic Worshop vers le milieu des années 60. « This Is Not », c’est la piste la plus accessible du disque, même si le spleen n’est jamais loin et la recouvre parfois de son ébène… C’est une jolie ritournelle électro-pop avec ses synthétiseurs kraftwerkiens.

« A Cure » est un autre moment fort de l’album. Très Sonic Youth mid-tempo, avec un clavier analogue vieillot qui tapisse le fond sonore d’une singulière façon. Les deux chanteurs interviennent à divers moments. Il y a aussi ce petit côté Math-Rock savoureux (on est chez Touch & Go aussi… et c’est Guy Picciotto de Fugazi à la prod). « For The Damaged » est une ballade mélancolique guitare/piano/voix (féminine), magnifiquement dépouillée. Cela fait mouche à chaque écoute.

Brutalement, sans crier gare, l’accablement laisse place à une colère brute sur l’avant-dernier titre (« Mother »). Lo-fi as FUCK. Volontairement mal enregistré. Ça gueule. Ça rugit. Ça tabasse. Basse en forme de vertiges. Batterie étouffante et étouffée. La tristesse s’est mutée en haine, le temps d’un 2 minutes assez essoufflant. Et puis… On revient au piano sépulcral qui nous introduit la complainte de cloture, « For the Damaged Coda ». L’album se referme sur son trouble.

La « Mélodie de ces certains citrons endommagés » est un disque hautement recommendable d’un très très bon groupe qui mérite d’être connu par tout mélomane. Normalement, je recommanderais plutôt de commencer avec un « Misery is a Butterfly » (plus mélodique) ou un « Fake can be just as good » (pour leur période Noise-Rock) mais comme ce disque a fonctionné comme porte d’entrée pour votre humble serviteur, il pourrait potentiellement faire de même pour vous.


Dans un même état d’esprit, Salade vous recommande :