critiques

Oren Ambarchi – Live Hubris

Année de parution : 2021
Pays d’origine : Australie
Édition : Vinyle, Black Truffle – 2021
Style : Krautrock, Rock Expérimental, Progressive Electronic + un soupçon de Jazz Libre

Non mais… regardez moi c’line-up ! C’est à en faire baver tout fan de musique expérimentale qui se respecte. Mon beau Oren chéri à la gratte, accompagné de super Jiminounet (O’Rourkounet) au guitar synth (j’imagine que c’est comme un piano-guitare, mais en moins AOR), Eiko Ishibashi au flutiau, Andreas Werliin de l’orchestre en FEU! à la batterie métronomiquement votre, Albert FUCKING Marcœur à la gratte, Konrad Sprenger aux bidouillages électroniques, William « électro-acoustique » Guthrie derrière les fûts lui aussi, le saxophoniste free jazz fou fou fou Mats Gustafsson et j’en passe parce que sinon, cette critique ne sera constituée que de name droppin de gens dont la mention excite une bien faible proportion de la population terrestre (mais les connaisseurs risquent de mourir d’une trop nombreuse série d’orgasmes à la chaîne avant même d’avoir écouté ne serait-ce qu’une seule note de cette merveille faîte disque « live »).

Bref, c’est beaucoup BEAUCOUP de beau monde qui sont conviés à cette performance « en PESTAK » on ne peut plus endiablée et réjouissante d’une des oeuvres les plus célébrées de l’Australien prolifique. Cette prestation atomise la (pourtant excellente) version studio de la bête motoriKe. Hubris, c’est ce qui arrive quand des muzikos souvent très sérieux provenant de champs très gauche (Drone, EAI, électro-acoustique, Free Improv, Jazz d’Avant-Garde) décident de se la jouer rockers choucroutés le temps d’un disque jubilatoire et hypnotique.

L’oeuvre se décline en deux longues pistes, scindées par un bref interlude Albert Marcoeur-licieux (oui oui, ce terme existe pour vrai et je ne viens pas tout juste de l’inventer ; j’vous jure) où des arpèges de guitare syncopés accompagnent une tentative hésitante de conversation téléphonique en fond sonore. Ce délicieux (et essentiel) apéritif sonore est idéal entre les deux morceaux de bravoure que sont Hubris 1 et Hubris 3…. Là, c’est dense de chez dense. Les pulsations électroniques de sieur Sprenger sont l’assise parfaite aux entrelacements des nombreuses guitares électriques (7 si je ne m’abuse) qui tournoient passionnément dans un espèce de banquet flottant cinglé de polyrythmies en sourdine enchevêtrées. Tout est ondulations kraftwerkiennes. Tout évolue fabuleusement au fil de ces lignes guitaristiques étroitement liées mais métriquement distinctes ; aux accents changeants subtilement, ricochant les unes sur les autres, le long de l’impulsion centrale sans fin. Et éventuellement, les batteries viennent s’en mêler ; pour notre plus grand bonheur auditif et sensoriel. Et le tout vire encore plus électro. Plus « funk de robots ». Plus Halleluwah (de Can, si il faut les nommer) en somme, mais un Halleluwah version moderne Kosmigroov (avec le saxooooooo) ; comme si on était transporté dans les sessions du On The Corner de Miles (se déroulant dans une station spatiale orbitant Jupiter & Beyond).

CALISSE que c’est bon. Une tuerie qui vous rendra tout aussi joyeusement et rythmiquement siphonné que moi. De la très grande musique.


Dans un même état d’esprit, Salade vous recommande :

critiques

The Pop Group – Y

Année de parution : 1979
Pays d’origine : Royaume-Uni
Édition : CD, Rhino – 2007
Style : Post-Punk, No Wave, Rock Expérimental, Dub, Funk, Art Punk, Free Jazz

Bristol, 1977… Il devait il y avoir quelque chose de vicié dans l’eau ou un contaminant chimique dans l’air. Sinon, comment expliquer ÇA ? Comment expliquer sinon la formation de cette bande de joyeux drilles déglingués/atypiques/schizoïdes à souhait ? (et le mot « schizoïde » n’est pas choisi au hasard m’sieurs-dames ! Suis-je le seul à déceler ici des relents de la pièce d’ouverture du premier disque du Roi Pourpre ?).

Le groupe Pop, c’est 5 jeunots tous plus barges les uns que les autres. Il y a le chanteur Mark Stewart, le guitariste John Waddington, le bassiste Simon Underwood, le guitariste/saxophoniste Gareth Sager et le batteur Bruce Smith. Ces sympathiques messieurs sont friands de funk, de dub, d’avant-garde et de Jazz libre. Au lieu de se choisir un créneau à travers tout cela, ils ont décidé de mettre l’intégralité à la poêle (le rond à « high ») et de déglacer avec une généreuse portion de ce qu’on appellera bientôt le Post-Punk (un « style » qui n’en est pas vraiment un ; vu la grande disparité musicale des groupes à qui ont a affublé l’appellation)

Produit par un mec plutôt versé dans le reggae (le barbadien Dennis Bovell, membre du groupe Matumbi et collaborateur régulier de Linton Kwesi Johnson), ce premier album de nos comparses anglais est un véritable malstrom d’idées confuses et jusqu’au boutistes, de styles musicaux disparates qui baisent entre eux dans une perpétuelle orgie sonore, de cris et gloussements folichons de défoncé mental sévère, de guitare atonale qui te décape le conduit auditif « drano-style », de saxo free jazz rappelant James Chance/White, de basse funky à la James Brun, de percussions tribales sèchement sociopathes ET de passages glauquissimes de quasi « musique concrète » où presque toute forme de structure disparaissait au profit d’un délicieux malaise…

Et malgré tout, on ne peut pas s’empêcher d’avoir le goût de DANSER pendant l’écoute de ce monument de « What The Fuck ». DANSER comme des fous, de manière désordonnée, en boxer-shorts, dans les rues, un scalpel bien effilé dans la main droite ; un milkshake choco-banane dans l’autre. DANSER toute la nuit si il le faut. Pour citer l’animatrice maison qui a jadis co-interprété le méga-tube-des-z-internets Ma Colombe est Blessée : « C’est des musiques TELLEMENT entraînantes »

Parce que OUI, milles fois OUI : The Pop Group, malgré toute sa grandiloquente DÉMENCE, porte bien son nom. Car le côté pop-dansant-quasi-surf-rock, il est partout (sur la Face A ; la B peut-être moins). Ça sort de tous les pores de cette musique-fléau. On peut facilement penser aux Talking Heads…. mais genre le frère jumeau un brin retardé/asperger/dangereux/louche de Tête parlante premier du nom…. celui qui gamin aimait courir à poil dans l’appart avec des ciseaux dans les mains, la bouche pleine de corn flakes, en écoutant un disque vEnyle d’Albert Ayler à plein volume.

Chaque morceau ici présent est une petite maladie mentale en soi.

Il y a d’abord la spasmodique « She Is Beyond Good & Evil » qui ouvre le bal de belle façon avec sa rythmique syncopée (presque caribéenne), sa guitare fuselée qui est tellement à l’avant scène dans le mix qu’on sursaute à chacune de ses apparitions, cette basse funky en retrait, ce reverb dub-licieux, et bien sûr : l’arsenal vocal complètement déluré de Mark Stewart (le chanteur qui veut te péter la gueule avec sa voix qui change de tonalité aux 2 secondes). « Thief of Fire » est un autre morceau funk-punk HYPER tendu de haute volée…. mais on commence à sentir ici qu’on est pas chez Gang of Four ou The Wire… le trouble commence à s’installer. Le saxo foutraque fait son apparition… le déstructure prend le dessus sur la normalité. Une tonne d’effets sonores bien siphonnés font irruption (échos, reverb, samples de voix). Ce disque n’a pas fini de nous surprendre.

« Snowgirl », on dirait deux bands complètement différents qui essaient de s’enterrer l’un l’autre. Un qui officie dans le cool-jazz de bar enfumé et l’autre dans le noise-rock-improv. Ils finissent par s’accorder ensemble juste quand le morceau s’achève sous notre psyché ébahie. « Blood Money », c’est du quasi industrial-free-jazz. Terriblement accrocheur, « We Are Time » a ce petit côté rockabilly-surf-50s que j’affectionne temps.

Flashback d’un séjour irréel dans un hôpital psychiatrique hanté avec « Savage Sea » (moment le plus neurasthénique du disque… et mon morceau préféré de la troupe) où la mélancolie d’un piano effleuré façon « Vince Guaraldi sur le buvard » est recouvert par les brumes opaques des murmures chaotiques, des échos fantomatiques, des quasi chants grégoriens zombifiés et de la belle musique concrète comme je l’aime.

Avec la Face B, on plonge dans le No Wave tête première, sans jamais vraiment en ressortir… On se croirait chez les fous de Mars ou de DNA (versant british). Ceux qui aiment les mélodies, les jolies compositions et l’ordre vont abandonner ici leur écoute (si ce n’était pas déjà fait avant). Inutile de commenter chaque pièce. C’est un tout compact, sans réel début ni fin. Les mauvaises langues diront que c’est du foutage de gueule. Pour moi, c’est de la grande musique de « crétins géniaux »

VERDICT : « Y » est un disque essentiel pour tout fan de musique dérangée. Un ÉNORME disque de post-punk expérimental et un bel exemple de l’influence de la scène no-wave new yorkaise outre-Atlantique. Un quasi chef d’oeuvre.


Dans un même état d’esprit, Salade vous recommande :