15 Fréquences, Mixtapes

15 Fréquences Ultimes – Épisode 26 – Saints Martyrs

Les Saints Martyrs, feu les Martyrs de Marde (comme je les ai connus, jadis), je les aime d’amour, avec volupté, tendresse et déraison. Je ne connais aucun groupe qui allie avec autant de goût (ou de mauvais goût, c’est selon les visions) déclamations nihilistes hurlées en défaveur/hommage à un monde fétide (qui est le nôtre, hélas), visuels percutants et délicieusement ostentatoires, théâtralité sans borne, énergie brute, flair artistique incisif… et le tout dans cet amalgame complètement surréaliste-rococo et déviant de genres musicaux champ gauche (punk hardcore kéb, black métal poussiéreux de hargne, no wave libidineuse, post-punk mécaniquement décalibré, goth-rock des abysses et chanson française avariée).

Sur scène, ce sont des personnages irrévérencieux qui revêtent des costumes grand guignolesques (le prêtre BDSM, le médecin de la peste, etc..) mais malgré ça, ils demeurent authentiques à 1052%. Leur propos, leurs textes (empreints d’une poésie noire comme le café du Double R) vont s’imprégner dans votre être tout entier et, tels des ténias avides, vont gruger vos matières grises et y pondre tout un tas d’immondices… des vérités insoutenables, du mal-être probant et profond, des remises en question, des ivresses impossibles… mais de la beauté aussi, une sorte d’appréciation du chaos et des ruines de notre monde quasi-moribond.

Bref, c’est un de mes groupes préférés actifs actuellement et cela allait donc de soi que je les invite à participer aux 15 Fréquences Ultimes. Cependant, dans leur cas, comme ils sont quatre (et qu’ils ont tous et chacun des goûts musicaux dignes d’une mixtape propre), j’ai pensé faire les choses un peu différemment… Et OUI ! Ci-bas, vous retrouverez non pas une mais QUATRE mixtapes pernicieuses à vous mettre sous la dent (ou plutôt dans l’t’ympan). Un énorme merci à Frère Foutre, Souffrance, Anonymous Bosch et Alpha Vil de s’être prêtés au jeu et de m’avoir soumis vos sélections musicales passablement éclatées (je n’exagère pas !!! voir les playlists ci-bas !). Ce fut un plaisir de mixer tout cela pour vous.

Donc, sans plus tarder, mesdames et messieurs, phoques et chiens, gants d’acryliques zombifiés et momies désabusées, préparez vous à plonger dans les goûts, influences et plaisirs coupables de quatre des musiciens les plus importants de la scène underground québécoise ! Bonne écoute à tous et à toutes !


Tracklist:

  1. Mystère des voix bulgares – Dragana i Slavei
  2. Captain Beefheart – The Host, the Ghost, the Holy-O
  3. Tom Waits – I’ll take New York
  4. Backxwash – Muzungu
  5. Marnie Stern – Prime
  6. Sunn O))) – It took the night to believe
  7. Lingua Ignota – I who bend the tall grasses
  8. Antonin Artaud – La recherche de la fécalité
  9. Death Grips – I break mirrors with my face in the United States
  10. Jimmy Scott – Day by Day
  11. Péloquin Sauvageau – Emiliano
  12. Duplah Pootch Hanichan Gasoliiine – Angoise Décimale
  13. Black Flag – Damaged I
  14. Nico – It has not taken long
  15. Totenbaum Träger – Fleur de néon I

Tracklist:

  1. Pérotin – Veni creator spiritus
  2. Scatman John – Scatman (ski-ba-bop-ba-dop-bop)
  3. Sonic Youth – Female Mechanic Now On Duty
  4. Kee Avil – Drying
  5. Mayhem – I Am Thy Labyrinth
  6. Koji Kondo – Castle Theme (Super Mario World)
  7. Anatole – Toune 9
  8. Metallica – St. Anger
  9. no cru5t – Metro 514
  10. MAP – For I Am Dead
  11. Muzion – La vi ti nèg
  12. Shania Twain – That Don’t Impress Me Much
  13. Brian Eno – Neroli: Thinking Music, Part IV
  14. Nirvana – Scentless Apprentice
  15. Marjo – Ailleurs

Tracklist:

  1. No Means No – Real Love
  2. The Weather Station – Thirty
  3. Gordon Lightfoot – Rosanna
  4. Joni Mitchell – Coyote
  5. Paul Simon – Boy in the Bubble
  6. Sonic Youth – Bull in the Heather
  7. Radiohead – House of Cards
  8. Billie Holiday – Strange Fruit
  9. Charles Ives – Three Places in New England
  10. Nina Simone – Wild is the Wind
  11. René Lussier – Première Course
  12. Francine Raymond – Y’a les mots
  13. Primus – Bob
  14. Ingrid Laubrock – Contemporary Chaos Practices
  15. David Bowie – Station to Station

Tracklist:

  1. Goat – Union of Sun and Moon
  2. Mon doux saigneur – Tempérance
  3. Try-angle – Writing on The Wall
  4. Queens of the Stone Age – Song For The Dead
  5. Jay Z – Empire State of Mind
  6. Lightning Bolt – Dead Cowboy
  7. Jetsam – Clayborne
  8. Turnstile – Fazed Out
  9. Dogo suicide – PETIT PRIX
  10. Simone Provencher – Choix multiples
  11. La sécurité – Try Again
  12. Afrodizz – Propaganda
  13. DakhaBrakha – Rusalochky
  14. Gouride – 在刚果
  15. Slapp Happy – The Drum

Quelques liens pour entendre/suivre Saints Martyrs:
Bandcamp – Saints Martyrs
Instagram – Saints Martyrs
Page Facebook de Saints Martyrs

critiques

Sonic Youth – Sister

Année de parution : 1987
Pays d’origine : États-Unis
Édition : CD, Geffen – 1994
Style : Noise Rock, Rock Alternatif, Expérimental, Post-Punk

Pour votre chroniqueur adoré, Sister, c’est le début de la sainte trinité sonic youth-ienne. C’est le premier opus discographique dans un triolet de disques quasi-parfaits et géniaux, où le groupe est au sommet de son art (Daydream Nation et Goo sont les deux autres). C’est sûr, le groupe a connu d’autres sommets vertigineux à travers son inépuisable discographie (qu’on pense à l’ambitieux Washing Machine ou au plus noir que noir Bad Moon Rising), mais c’est avec ces 3 albums que LE groupe alternatif par excellence a laissé sa marque sur le panorama musical et ce, à jamais. C’est ici que sera enfanté le grunge, après tout.

Sur le précédant album, le déjà superbe et bien nommé Evol, le groupe avait entamé son évolution vers des structures plus mélodiques et « composées » ; tout en conservant leur aspect bruitatif leur étant si cher (ces fameux feedbacks de guit, marque de commerce des New Yorkais). Sister s’inscrit dans le prolongement logique de cette démarche, confirmant à tous et toutes que Sonic Youth est un groupe de Rock avant tout, et non uniquement un ensemble de no wave avant-gardiste chevauchant des cascades de larsens. L’album débute de manière magistrale avec « Schizophrenia », un des plus grands morceaux de SY. Il y a d’abord CE putain de beat de batterie (doux et insistant) de Steve Shelley et puis arrive ces guitares reconnaissables entre mille, cette basse chaleureuse et la voix toujours blasée de Thurston Moore. Sous des allures on ne peut plus pop et apaisées, ce morceau est une tempête tranquille qui se termine dans un éclatement des plus jouissifs. Il y a aussi cette espèce de mélancolie étrange qui réside au cœur même de la composition, à travers ses paroles pleines de hargne et de confusion (Philip K. Dick en pleine crise d’adolescence), cette voix de sirène damnée (Kim Gordon qui fait ici penser à Nico) venant nous révéler des secrets brumeux… C’est comme si on avait toujours connu cette chanson, comme si elle avait habité dans notre imaginaire collectif pendant des années… Comment poursuivre après un tel monument ? Avec « Catholic Block », ni plus ni moins. Ça débute en chapeau de roue avec LE feedback de style « j’viens juste de plogger ma guit’ et ça enregistre déjà parce que je suis près à détruire tout sur mon passage !!! ». Rapide, punk, noisy à souhait, rempli à plus soif de dissonance : ça fait du bien par où ça passe. On tombe dans le plus introspectif avec « Beauty Lies in the Eye », où la voix envoûtante de Kim nous ouvre les portes de son âme :

« Do you want to see
The explosions in my eye
Do you want to see
The reflection of
How we used to be
Beauty lies
In the eyes of anothers dreams
Beauty lies
Lost in anothers dream »

– Beauty Lies in the Eyes

Le monde des rêves hallucinés, les amours morts ou perdus, l’irréel… Je ne sais pas à quoi ce titre fait référence mais c’est sacrément beau. Il est important de noter que le groupe était alors très inspiré par les écrits de Philip K. Dick (ci-haut mentionné), possiblement le plus grand auteur de science-fiction de tous les temps et aussi un des mecs les plus barges (ou lucide ?) que la Terre ait porté en son sein… L’univers de Dick est particulièrement présent à travers les paroles inspirées et l’atmosphère (chaos, folie, solitude, amour) de Sister. Le titre fait d’ailleurs référence à la sœur jumelle de K. Dick, morte en très bas âge (bien que l’auteur croyait mordicus que lui était mort et que c’est sa sœur qui était bien vivante… mais bon, ne nous égarons pas).

Ça se poursuit dans le bruit avec « Stereo Sanctity » et « Pipeline », deux morceaux qui butent sévèrement. Il y a de la rage ici mais aussi de la tristesse, du mal-être, de la paranoïa, du malsain… « Tuff Gnarl » est un aut’ monument. Début pop nostalgique rappelant la pièce introductrice de l’album, la chanson se mute en un véritable ouragan de larsens transgéniques. Les mecs et la fille de Sonic Youth ont bien compris comment recréer le phénomène de l’orgasme en musique, et ils ne s’empêchent pas de le mélanger avec l’univers du cauchemar. « Pacific Coast Highway », c’est du grand n’importe quoi épique ou plutôt c’est « Sister Ray » des Velvet passé dans le malaxeur des années 80. Kim a sa voix de prêtresse bipolaire cochonne et glaciale (comme je l’aime). La musique accompagnant ses proclamations est un espèce de mantra chaotique et hypnotique. S’ensuit alors le cœur de la pièce : un passage plus downtempo et instrumental renversant qui vient nous percuter en plein coeur… « Hot Wire My Heart », c’est Thurston qui se la joue Stooges et Ramones. Simple, con, dissonant et diablement efficace.

« Cotton Crown » est ce qui se rapproche le plus d’une chanson d’amour chez SY (« Angels are dreaming of you » répètent les deux tourtereaux). Kim et Thurston chantent tous deux ce qui pourraient être leur version de « I got you Babe », murs de guitares en lame de rasoir (signés Moore et Renaldo) en prime. Niveau ambiance, on est pas loin du grand Loveless de My Bloody Valentine. L’album se termine dans le chaos avec un « White Cross » qui te décrasse le système bien comme il faut. Et c’est déjà fini. Et c’était foutrement bon.

Sister est un chef d’oeuvre intemporel du Rock alternatif. C’est aussi l’album de Sonic Youth que je recommanderais à tous ceux qui veulent s’initier au groupe. Il y a tout ce qui fait leur magie là-dessus.


Dans un même état d’esprit, Salade vous recommande :

15 Fréquences, Mixtapes

15 Fréquences Ultimes – Épisode 18 – Sylvain Castilloux

Mélomane depuis sa naissance, Sylvain a toujours amassé les cassettes et cd jusqu’au jour fatidique du 17 mars 2006, où sa vie fut perturbée à jamais par l’achat de ses premiers disques vinyle au No Fun Fest à Brooklyn. La vie ne fut jamais pareille depuis, accroc de la galette noire pour la vie, la « collectivite » aigüe frappe très fort. Aussi musicien à ses heures, Castilloux a oeuvré dans plusieurs groupes de la scène underground de Montréal, dont ManyMental Mistakes, Ghostlimbs, Les Zerreurs et présentement Nuage Flou ainsi que Curling Irons.

Tel qu’évoqué ci-haut, mon pote Sylvain (que j’appelle affectueusement « OG Castilloux ») a une collection de disques complètement folle (et vaste). Il publie religieusement ses écoutes sur sa page Instagram, que je consulte régulièrement avec admiration et envie. C’est une des références absolue en matière de no wave, garage rock, post-punk, noise rock, punk, hardcore, abstract/leftfield hip-hop, rock expérimental, psych (et j’en passe). Parler avec Sylvain est dangereux parce ce qu’à chaque fois, au terme de la discussion, tu as le goût de t’acheter 47 albums… Et souvent les 2-3 premiers de chaque groupe évoqué 🙂

C’était donc normal que ce grand mélomane devant l’éternel soit une des premières personnes à qui j’ai proposé le délicat exercice de sélectionner ses 15 pistes ultimes. J’imagine que le choix fut délicat et difficile. Mais en bout de ligne, on a ici un mix qui représente vraiment bien toutes les (nombreuses) facettes d’un des musiciens les plus sympa et cool de la scène montréalaise !

Je souhaite une fabuleuse écoute à tout le monde, y compris le célèbre Géant Vert (qui, fait fort méconnu, adore écouter du no wave lorsqu’il n’est pas occupé à faire la promotion des légumes en conserves).

Tracklist:

  1. DNA – You and You
  2. Damned – Neat Neat Neat
  3. No Trend – Reality Breakdown
  4. Jerry’s Kids – Cracks In The Wall / Tear It Up
  5. Ulver – I
  6. Big-L – All Black
  7. Fifty Foot Hose – Fantasy
  8. Abwarts – Verzählt
  9. Throbbing Gristle – Very Friendly
  10. Sonic Youth – Brother James
  11. Scratch Acid – Cannibal
  12. Flipper – Ha Ha Ha
  13. Birthday Party – Junkyard
  14. Stooges – Loose
  15. Registrators – Monkey

15 Fréquences, Mixtapes

15 Fréquences Ultimes – Épisode 7 – Navet Confit

Véritable icône de la scène musicale indie/underground montréalaise depuis bientôt 20 ans, le très talentueux, versatile et prolifique Navet Confit nous présente ses 15 pistes essentielles au travers de cette septième édition des « 15 Fréquences Ultimes ».

J’ai la chance inouïe de suivre ses escapades sonores depuis la sortie de LP1 qu’on se faisait un plaisir de faire jouer en magasin lorsque j’étais disquaire (période charnière de ma vie de mélomane). Depuis ses débuts discographiques déjà fort dantesques, il y a eu environ une douzaine d’albums tous plus folichons les uns que les autres ; en plus de nombreuses collaborations et productions d’albums d’autres artistes (Ludo Pin, Sheenah Ko, Mat Vezio, LARCHE, Maude Audet, Catherine Dorion, Géraldine et plein d’autres !). Impossible de ne pas parler aussi de son excellent groupe Nüshu, auquel participent aussi Lydia Champagne, Jessica Pion et Jerry Lee Boucher.

À l’écoute de cette mixtape délectable et truculente, vous serez séduits par la palette sonore hétéroclite de notre ami comestible. Ne vous restera ensuite qu’à jeter tout votre dévolu sur sa riche discographie !

Une excellente écoute à vous tous et toutes (en particulier les joueurs de curling experts en sorcellerie vaudou) !

Tracklist:

  1. Sparklehorse – Weird Sisters
  2. Pavement – Shoot the Singer (1 Sick Verse)
  3. The Flying Lizards – Suzanne
  4. Syd Barrett – Dominoes
  5. Joan of Arc – (You) [I] Can Not See (You) [Me] As (I) [You] Can
  6. Tarwater – Seven Ways to Fake a Perfect Skin
  7. The Velvet Underground – Lady Godiva’s Operation
  8. Les amis au Pakistan – A Said A
  9. Robert Fripp + Brian Eno – Healthy Colors
  10. Sonic Youth – Heather Angel
  11. Katerine – Mon meilleur ami est un chien
  12. Broadcast – Tears in the Typing Pool
  13. My Bloody Valentine – I Can See It (But I Can’t Feel It)
  14. Duchess Says – Narcisse
  15. Cate Le Bon – What’s Not Mine

Vous pouvez suivre et encourager Navet Confit sur sa page Bandcamp ou encore sur Facebook.

15 Fréquences, Mixtapes

15 Fréquences Ultimes – Épisode 4 – David Dugas Dion

Quatrième épisode des 15 Fréquences Ultimes, avec les sélections hétéroclites de mon pote David Dugas Dion (aka David & The Woods / David & The Mountains), un des piliers des riches scènes expérimentale et alternative québécoises.

David évolue et a évolué dans les formations suivantes : Caapi, Devenir-Ensemble, Square/Sine, Garura, La Forêt Rouge, Leftovers Diable!, Total Improvisation Troop, Crabe, Bleeding Traks (et j’en passe). Il est le head-honcho de Cuchabata Records, label underground polymorphe qui nous régale les tympans et nous embrume l’esprit de la plus délicieuse façon et ce, depuis 2003 (le label va donc bientôt pouvoir boire légalement dans tous les pays du monde dans un an !).

Comme vous pouvez le constater en z’yeutant la succulente tracklist ci-bas, il y en a ici pour tous les goûts : musique brésilienne populaire, folk magnifique, death metal purulent, noise-rock épique, jazz libre mystique, post-punk syncopé, rock psychédélique japonais finement poilu… Bref, un autre régal auditif gracieuseté des Paradis Étranges.

Merci cher sieur Dion et bonne écoute à tout le monde (particulièrement aux unijambistes) !

Tracklist:

  1. The Beatles – Strawberry Fields Forever
  2. Neil Young – After The Gold Rush
  3. Slayer & Ice-T – Disorder
  4. Nirvana – Negative Creep
  5. Suffocation – Liege of Inveracity
  6. Sonic Youth – The Diamond Sea
  7. The Velvet Underground – Sister Ray
  8. The Cure – 10:15 On A Saturday Night
  9. Frank Zappa & The Mothers Of Invention – The Chrome Plated Megaphone of Destiny
  10. John Coltrane – Meditations & Leo (Concert In Japan)
  11. Robbie Basho – Himalayan Highlands
  12. Devendra Banhart – Will I See You Tonight (feat. Vashti Bunyan)
  13. Acid Mothers Temple – Atomic Rotary Grinding God – Quicksilver Machine Head
  14. Wolf Eyes – Thirteen
  15. Caetano Veloso – It’s a Long Way

Vous pouvez suivre et encourager David sur la page Bandcamp de Cuchabata ou encore en écoutant le podcast officiel du label, le Cuch Cast.