critiques

Fela Kuti & The Africa 70 – Shakara

Année de parution : 1972
Pays d’origine : Nigeria
Édition : CD, Knitting Factory Records – 2016
Style : Afrobeat, Jazz-Funk

Note : On retrouve aussi l’album Fela’s London Scene (1970) sur le même CD. La chronique ci-bas ne concerne que Shakara


Le groove suprême. Fela qui fait du Fela pur jus. Le mack daddy de l’Afrobeat durant sa plus légendaire salve de sorties discographiques, juste ça. Bordel que cette musique est hypnotique et contagieuse. Il y a bien sur ces envolées saxophoniques, ces claviers psych-jazzy-atmosphériques, ces guitares funky à la James Brown, les autres cuivres ; chauds et puissants, qui viennent parfois en renfort pour appuyer la transe sonore incantatoire à divers moments clés… mais ce qui tient toute la chose rutilante, ce sont ces percussions tribales, polyrythmiques, euphorisantes, grandioses, essentielles (merci monsieur Tony Allen).

« Shakara » est un de ces disques de Fela qui s’écoute tout seul, qu’on laisse nous envahir tout entier. Même le petit blanc-bec que je suis se surprend à danser (très mal) à chaque fois que je mets le cercle de plastique dans le mange-disque. Un groove de ce calibre là, ça ne se contrôle pas. L’Africa 70 nous assène deux morceaux seulement, mais deux putains de baffes, deux merveilles hirsutes qui, au gré de nombreuses (et délectables) variations vont s’imprimer dans votre cortex à tout jamais, un peu comme un genre d’ambient-muzik extra-terrestre mais plus active et non-statique. Deux longues pistes qui durent pas loin d’un quart d’heure chacune… Juste assez longues pour savourer chaque seconde, en prenant le temps de se perdre petit à petit dans la rythmique ensorcelante.

Ça débute par « Lady », merveilleuse chanson-« problématique » (tsé, ce terme très tendance en ces temps un peu tièdes) où sieur Kuti nous crache sa misogynie en pleine gueule et nous raconte que la libération des femmes et le féminisme, et bien, c’est pas bien parce ce que lui, il aime ça avoir son harem et tirer des coups à droite à gauche… Nonobstant les différences culturelles, l’attitude de « pimp » de Fela et le fait que le disque fut enregistré à une autre époque, cela reste franchement arriéré comme propos… Mais force est d’admettre que ça groove (toujours ce mot) solidement de tout bord tout côté, sans relâche, impitoyablement, pour le bonheur de nos oreilles.

Puis, vient ensuite le morceau-titre, un de mes préférés du Nigérien… « Shakara » c’est la frénésie contrôlée, l’opulence pulsative, le génie des variations rythmiques subtiles, un voyage initiatique sensoriel complet, la fougue endiablée croisée à une certaine forme de zénitude lunaire, le chaos et le calme enchevêtrés dans un maelström bouillonnant… Bref, de la très très TRÈS grande musique.

Un excellent Fela, comme (presque) toujours. Un des premiers que je recommanderais à un néophyte (avec Roforofo Fight, Zombie et Expensive Shit).


Dans un même état d’esprit, Salade vous recommande :

15 Fréquences, Mixtapes

15 Fréquences Ultimes – Épisode 5 – Vivianne Roy

Hey ! C’est le moment préféré de ta semaine ! La sortie d’un autre épisode des 15 Fréquences Ultimes, avec cette fois, l’incandescente Vivianne Roy de Laura Sauvage et des Hay Babies !!!

Je suis un fan fini des Hay Babies depuis belle lurette donc Vivianne est une des premières personnes à qui j’ai pensé dans l’élaboration de ce qui allait devenir par la suite les 15 fréquences… Elle m’a fait parvenir cette rocambolesque playlist (surnommée « quarantine faves ») début 2021. Plus de deux ans plus tard paraît enfin son épisode. Après tout ce temps, Vivianne ne se rappelle même plus de ses sélections donc ce sera un plaisir pour elle de redécouvrir (avec vous tous) ce qui est, selon votre humble serviteur, une des meilleures mixtapes que j’ai jamais produit.

Au programme : il y a du soul/funk/gospel assez fabuleux merci (qui lorgne parfois vers la outsider music), du psych rock délectable et parfois grandiloquent, du Blues atypique givré, du jangle pop lysergique et du Moogsploitation/early electronic de haut calibre ; Bruce Haack et ce cher MORT GARÇON en clôture (aka « le deuxième Néo-Brunswickois le plus cool ever », après Vivianne of course).

Impossible que vous viviez pas un SUPER beau moment à l’écoute de cette splendeur faîte mixtape.

Tracklist:

  1. Johnnie Frierson – Miracles
  2. Timmy Thomas – Why Can’t We Live Together
  3. Doug Hream Blunt – Fly Guy
  4. Sugarloaf – Green-Eyed Lady
  5. The Cleaners From Venus – Incident in a Greatcoat
  6. Dave Grusin – Ascension to Virginity
  7. Kim Fowley – The Trip
  8. The Human Beinz – Dance On Through
  9. Isaac Hayes – Walk On By
  10. Chuck Berry – Oh Louisiana
  11. Bruce Haack – National Anthem To The Moon
  12. The Electric Prunes – Holy Are You
  13. Dr. John – Danse Fambeaux
  14. Captain Beefheart & His Magic Band – Her Eyes Are a Blue Million Miles
  15. Mort Garson – Plantasia

Vous pouvez suivre et encourager Vivianne au liens ci-bas :
Page officielle des Hay Babies
Page Bandcamp des Hay Babies
Page Instagram des Hay Babies
Page officielle de Laura Sauvage
Page Bandcamp de Laura Sauvage

Et voici des apparitions Vivianne dans différents podcasts : The ConunDRUM, Tu Me Niaises et Sortie Phono

critiques

Sharhabil Ahmed – The King of Sudanese Jazz

Année de parution : 2020
Pays d’origine : Soudan
Édition : Vinyle, Habibi Funk – 2020
Style : Haqiba, Jazz, Rock & Roll, Soul, Cool Cool Stuff

Ouais les potes ! Y’a pas que le ethio-jazz dans la vie (même si ça bute sévèrement, on s’entend là-dessus). Le Soudan, pays voisin de l’Éthiopie, a aussi eu une scène musicale sixties/seventies des plus survoltées. À travers cette grande période de renouveau culturel qui secouait toute l’Afrique tel un cocotier, la jeunesse soudanaise s’abreuvait autant du côté de l’occident (jazz, rock, surf, soul, R&B, samba brésilienne) que de celui de leur riche tradition musicale subsaharienne. En effet, le Haqiba, style traditionnel très porté sur le vocal (qui avait la cote à l’époque) se voit ici confronté/mixé à toutes ces influences modernes venant d’ailleurs… et le résultat est bluffant, festif, hypnotique, sucré, dansant, jovial et terriblement fun.

Sharhabil Ahmed est un peu le papa de ce mariage sonore des plus sympathiques. Celui qu’on a surnommé le « Roi » du Jazz soudanais est avant tout un excellent guitariste rock & roll et sa musique, bien que portée aussi par plusieurs instruments typiquement associés au jazz (les cuiiiiiivres !) ressemble davantage à du Surf Rock bien funky qu’à du Hard-Bop. De ce côté là, on peut donc voir une différence majeure dans le son de la scène soudanaise 60s quand on la compare avec la majorité de ce qu’on entendait chez leurs voisins éthiopiens qui eux, bien que tout aussi funky, étaient résolument plus jazzy dans leur approche. Reste que nos Africains de l’est, Soudanais ou Éthiopiens, sont tous aussi groovy les uns que les autres, ce qui ne sera pas pour vous déplaire !

Cette sublissime compile parue chez Habibi Funk (décidément un label à creuser) sonne merveilleusement bien. Il est quasi impossible de ne pas avoir la fièvre au tibia lorsqu’on se laisse porter par ces morceaux ensoleillés (presque garage rock) qu’on imagine aisément servir de bande son aux mariages, bals et autres fêtes populaires… à ces soirées dans les petits club branchés de Khartoum, là où une jeunesse fougueuse veillait jusqu’aux heures pâles de la nuit, le coeur et l’esprit emplis d’espoir pour un avenir qui semblait alors radieux. Une magnifique « capsule temporelle » d’une époque révolue et fiévreuse.


Dans un même état d’esprit, Salade vous recommande :