critiques

Oren Ambarchi – Triste

Année de parution : 2003
Pays d’origine : Australie
Édition : CD, Southern Lord – 2005
Style : Drone, Ambient, Reductionism, EAI

Oren est triste et seul. Oui, les sons ici présent découlent d’une performance « live » mais on dirait plutôt qu’ils proviennent d’une session solitaire où notre homme errait dans un appartement assombri et dépouillé ; avec la pluie gelée de Novembre qui bat dehors… Toutes lumières fermées, ne reste que celle de l’enregistreuse qui illumine à peine l’ébène de ces lieux engourdis. « Triste », c’est deux pistes cafardeuses au possible. Deux incursions dans l’inertie des nuits mourantes. Deux plongées dans le chagrin ; mais dépouillées de toute théâtralité. On va ici à l’essentiel du sentiment, de l’état… Sans grandiloquence. Sans rage. Juste une vision exacte de ce que ça peut remuer en dedans, dans les tripes, dans le coeur, dans la tête. Et c’est aussi beau que neurasthénique.

Des notes de basse qui émergent du vide. Lentes et longues ; allant s’effacer progressivement dans le silence qui ici, devient un autre couleur (essentielle) dans la palette d’un artiste sonore qui l’a toujours utilisé avec escient. Les notes/fréquences se multiplient, s’enchevêtrent, se superposent, s’effilochent en particules électriques craquantes. La pièce meurt et renaît à plusieurs reprises, frêle mais tenace/patiente qu’elle est. Les résonances finissent par m’évoquer un espèce de piano éploré figé dans un nuage de bruine presque solide, qui est suspendu au dessus d’un plancher de verglas croustillant. Gris bleuté limpide et fantomatique.

Puis, la partie deux… la première mais en plus chaotique, moins immobile, avec plus d’éléments, plus de particules grésillantes, plus de « clicks » et de « cracks ». Un drone subsonique bien opaque s’installe petit à petit et recouvre tout. Du givre auditif, en quelque sorte. Sine waves, feedbacks noisy et fréquences hautes sont au rendez-vous. La piste se fond (et se conclue) sur un passage électro-acoustique bluffant (que n’aurait pas renié un certain Edgard Varèse).

La version CD (ici critiquée) contient aussi deux remixes savoureux de Tom Recchion. Ces altérations, moins minimalistes et plus touffues, sont encore plus obtuses (mais tout aussi dignes d’intérêt).


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critiques

Sunn O))) – Monoliths & Dimensions

Année de parution : 2009
Pays d’origine : États-Unis
Édition : CD, Southern Lord – 2009
Style : Drone Metal, Dark Ambient, Plain-chant désacralisé

Les paysans du coin disaient que la vieille église abandonnée n’était plus un lieu sacré… qu’un mal millénaire, enfoui au tréfonds de la Terre, s’était emparé d’elle et l’avait recouverte de ses ténèbres indicibles. Amusé par ces ragots, j’empruntai un matin de Novembre la vieille route cahoteuse qui y menait. La grisaille infinie d’un ciel funeste et impie me recouvrait entièrement. Pas âme qui vive dans les parages. J’étais seul… impitoyablement seul. Seuls les gémissements insolites d’un vent glacial envahissaient mes tympans, semblant m’annoncer un éventuel déluge… La neige, tout comme la nuit, commençait à tomber lorsque se dressa enfin devant moi le bâtiment en ruines…

Lorsque j’entrai dans la demeure du Malin, je fus secoué par les incantations nauséeuses des druides déments… Visiblement en transe, ils ne se souciaient pas de ma présence. L’église était un foutoir immonde… Statue du Christ étalée sur le sol poussiéreux, vitraux éclatées, bancs retournés dans tous les sens et icônes désacralisées (les yeux des personnages bibliques étaient noirs comme la suie)… Un tremblement sonore infâme me tira alors de mon état de consternation et me projeta alors dans l’horreur la plus absolue… Les druides aux visages impassibles s’étaient emparés d’instruments diverses et s’activaient à créer une anti-musique démoniaque…. aussi lente que perfide… Des cadavres animés sortirent alors d’un trou circulaire énorme, sorte d’immense tombeau creusé à même le sol de l’église… Commença alors une symphonie apocalyptique, portée par le chant des moribonds et le drone irréel des cordes possédées… C’était comme une lente et pénible agonie… s’emparant tranquillement de votre âme et vous laissant comme paralysé… Je fermai les yeux devant le spectacle obscène mais à travers la musique, je POUVAIS VOIR…. Les cuivres se dressèrent et se portèrent aux lèvres putrides de ceux venus d’ailleurs… La voix des religieuses mortes depuis des siècles vinrent s’enchevêtrer à la mascarade infernale… J’ENTENDAIS LES MOUCHES VOLER…. JE SENTAIS L’ODEUR PUTRIDE DE MA PROPRE MORT… JE….


Lorsque je repris connaissance, c’était le petit matin. J’étais seul dans l’église. Je m’approchai de l’autel. À sa droite se dressait un grand miroir… En y contemplant mon reflet, je n’y vis que démence insensée… mes cheveux étaient d’un blanc vaporeux, des rides caverneuses défiguraient mon faciès et mes yeux… mes yeux n’étaient que trous noirs infinis… ouvrant la porte vers le néant indomptable…


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