critiques

Flaming Lips – Embryonic

Année de parution : 2009
Pays d’origine : États-Unis
Édition : CD, Warner Bros. – 2009
Style : Rock Psychédélique, Expérimental, Noise Pop, Space-Rock, Krautrock

HOLY SHIT !!! Quelle surprise que fut cet album ! Après un opus aussi doucereux (et pourtant savoureux) que At War With The Mystics, je n’attendais pas (plus) à confronter mes tympans à un album aussi fucked up de la part de nos adorables lèvres brûlantes. C’est comme si, depuis l’incroyable Clouds Taste Metallic (et en excluant Zaireeka, leur monument de l’étrange en 4 disques dont il faut superposer l’écoute pour goûter au nirvana étoilé), les Flaming Lips s’étaient graduellement assagis et s’en étaient même tenus à leur formule psychédélico-pop-rock-bonbon-à-saveur-d’hymne-interstellaire (pourtant rudement efficace – ne voyez pas là une critique d’un de mes groupes préférés).

Du haut de ses 70 minutes aventureuses et fantasques, Embryonic est une anomalie discographique dans le parcours musical de Wayne Coyne et de sa bande de joyeux détraqués. L’album commence sur les chapeaux de roues avec « Convinced of the Hex », sorte de mantra acide ponctué d’explosions diverses et de « rock-choucrouteries » (une influence qui se fera prévaloir à travers tout le disque). Comme pièce d’intro, ça étonne (et ce n’est que le début !). S’ensuit alors une longue suite de jams alambiqués, de délires violents et instantanés, de divagations space-kraut planantes, de prog dadaïste, de mystères sonores, de ritournelles tristounettes et psychédéliques… Embryonic est une sorte d’amalgame obscur de Can, des Silver Apples, du Pink Floyd des débuts et d’une panoplie d’albums psychédéliques de la fin des sweet sixties, le tout relevé d’un soupçon de Bitches Brew (du grand Miles) pour son côté free.

C’est clair : on navigue en plein génie musical – mais un génie ténébreux et sauvage. L’album surprend d’abord par sa longueur, son côté expérimental et hyper-varié mais aussi par sa noirceur opaque. Fini l’optimisme aveugle et illusoire des précédents opus (Yeah Yeah Song). Les paroles, géniales, expriment un profond malaise par rapport à l’être humain (« people are evil – it’s true »). Ici, Wayne Coyne, en grand poète obsessionnel compulsif, allie métaphores cosmologiques et élucubrations métaphysiques (appuyés par des extraits de discours du mathématicien allemand Thorsten Wörmann) pour livrer sa noire vision d’un monde froid et dénaturalisé. Le tout est déclamé avec sa voix si caractéristique (mais dénudé de son côté cartoonesque habituel) et accompagne à merveille le foisonnement d’idées musicales… Bref, Embryonic est grand, très grand. À mon avis, le meilleur Flaming Lips depuis Soft Bulletin. Et leur dernier GRAND album à ce jour.


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Claude Léveillée – Black Sun

Année de parution : 1978
Pays d’origine : Canada (Québec)
Édition : Vinyle, Polydor – 1978
Style : Rock progressif instrumental, Space Rock, Library Music, Jazz Fusion

Tous les connaisseurs le savent : le bon Claude est une des légendes de la musique québécoise. Pianiste, auteur, compositeur et interprète, il nous gratifia d’une discographie des plus savoureuses et variée. J’aime beaucoup l’homme en mode « chansons » mais je l’adore dans ses trop rares incartades instru-proggy-library-licieuses. Son plus grand disque tombant dans cette catégorie, c’est ce Noir Soleil qui fait le bonheur des collectionneurs depuis des lustres. Un album tellement cool que même ce détraqué génial de Kanye West l’a samplé goulûment sur son opus biscornu dédié au Christ (« Jesus Is King », disque que je réussi étonnement à apprécier malgré le thème et la présence de l’ignoble Kenny G).

Black Sun, c’est pas uniquement Léveillée (qui, en plus d’avoir composé, joue du piano et de l’orgue). C’est aussi le sublime Michel LeFrançois (L’Infonie, Maneige, Claude Péloquin/Chants de l’Éternité) qui en a co-composé une partie, qui signe aussi les orchestrations (merveilleuses) et qui joue d’une pléiade d’instruments (synthétiseurs, guitares acoustiques et électriques, cithare, etc..). Ce super duo vous entraînera dans un voyage sonore onirique, intimiste et cosmique, entre prog de chambre, space-rock, jazz-funk-fusion, pop baroque, western spaghetti et musique de bibliothèque.

Les pièces varient d’atmosphères (et d’instrumentation), étant souvent nostalgiques/mélancoliques, parfois plus enlevées/rythmées/tendues ; mais toujours avec cette finesse, ce génie mélodique, cette maitrise ineffable du somptueux. C’est le genre d’album ultra frais et immédiat, mais aussi très très riche et aventureux (qui ratisse large), du genre qu’on aime réécouter pour en apprécier toutes les sinueuses subtilités.

Un disque à avoir d’urgence dans sa discothèque si vous n’avez pas déjà fait le saut ! Grouillez-vous et faîtes chauffez votre discogs.


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Boredoms – Super æ

Année de parution : 1998
Pays d’origine : Japon
Édition : CD, Birdman – 1998
Style : SUPER

Le meilleur album de tous les temps est japonais (je me répète mais… pouvait-il en être autrement ?). C’est le disK qui synthétise TOUT ce que j’aime en musique et qui, en même temps, redéfinit ce qu’est la musique comme forme d’expression artistique libre, synergique et totale… Imaginez vos rêves les plus fous devenus réalités lysergiques, messieurs-dames. Imaginez que vos fantabulations soniques les plus osées/déraisonnables se concertent obsessivement-compulsivement pour devenir une panoplie quasi-infinie d’univers-pour-tympans-opiacés-et-délurés-jusqu’à-pâmoison-orgasmique en 4D… non, en 5D… euh, en 15D + LSD… bah, avec les Boredoms on ne compte plus les dimensions. Cela va au-delà d’une spatio-temporalité que même le cerveau ravagé d’un Philip K. Dick en pleine déréalisation ne pourrait concevoir… Du bonbon grisant pour tous vos sens saturés à 70000000 milles à l’heure… IMAGINEZ : Can, Pink Floyd, Gong, Les Residents et MAGMA qui sont réincarnés en tant qu’enfants-autistes-superpsychiques du projet AKIRA et qui décident de créer une sorte de messe-liesse à l’intention des étoiles. IMAGINEZ ce bon vieux Captain Beefheart qui se la joue soudainement space-rock avec un nouveau Magic Band formé sur Canopus. Ça BRILLE, bordel. Ça grille-les-neurones-brille-brille-mes-frères-et-seuls-amis, nom d’une pipe en bois rond… C’est… meilleur et PLUS IMPORTANT que le meilleur disque de tous les temps… C’est tout simplement BIBLIQUE, ce truc. Et ça à une âme grosse comme un demi-trillion de camions citernes multicolores qui déversent des confettis explosifs-incandescents dans un canyon de lumière pure. C’est l’expression SUPRÊME de ce QU’EST la musique psychédélique dans toute sa splendeur tellurique. Aussi intensément rigoureux que Strav sur son Sacre divin, aussi ROCK-pur-jus que les Stooges à leur époque proto-punk triturée de saxophones acides, aussi AVANT-PROG qu’un CAN qui se refuse toute catégorisation, aussi délicieux qu’une orfèvrerie Beach Boys-esque à la graisse de renoncule, aussi tribal que des folies balinaises au GAMELAN, aussi planant que le Floyd des débuts dada-beat… OH !!! They dId the MASH !!! they DiD the MONSTER MaSh (HAPPY-Godzilla in tha house, avec des lunettes de Soleil rose-vermeille-poilues qui se la joue gangsta dans un néo-Tokyo imaginaire composé à 84,35% de tendre et juteux ananas) !!!!

J’ai découvert les Boredoms grâce à John Zorn, ce sympathique saxophoniste-compositeur-avant-garde-folichon-new-yorkais, qui utilisait les talents vocaux un brin particuliers de Yamantaka Eye (chanteur/compositeur des Boredoms) pour son projet GRIND-Jazz Naked City (à découvrir de toutes urgence pour les fans de musique violente, hyper technique et aventureuse). J’ai tout de suite été séduit-bluffé-terrifié par ces cordes vocales élastiquement vôtres… Ce n’était plus du chant. Ça allait au delà de tout ce que les Mike Patton, Björk, Scott Walker, Diamanda Galas, Enrico Caruso, Billie Holiday, Screaming Jay Hawkins et Tom Waits de ce monde pouvaient se permettre… Logiquement, dès que j’ai su que le mec avait un groupe bien à lui, votre détective au sourire si carnassier est allé à la découverte, sans peur ni regret. Je dévalai d’abord les pentes sinueuses d’un « Chocolate Synthesizer » (paru en 1995) magistral de « fuckitude » punk-noise-japonisante-KAWAÏ, dernier petit joyau de leur période première mais qui laissait entrevoir les débuts d’une musique plus « construite », tout en ne perdant rien de ce qui rend la musique de ces emmerdeurs irrévérencieux si attachants : la LIBERTÉ. De la grande musique de CRÉTIN-GÉNIAL. Le stop suivant dans la grande tournée des mondes inexistants serait ce « Super æ », l’oeuvre de transition SUPERlative entre le vieux-Boredoms et le Boredoms-nouveau (exit la TERRE, bande de petits truffions).

Track-by-track, mes chers amis. Mais avant, pour vous mettre dans le contexte : un doux matin de Décembre, vous venez d’apprendre en z’yeutant la célèbre émission « Salut ! Bonjour ! » de L’E-X-C-E-L-L-E-N-T-E chaîne télévisuelle TVA que des scientifiques ont découvert l’existence de vortex intemporels (au Brésil et en Papouasie-Nouvelle-Guinée, plus précisément) qui mènent vers des dimensions jusque là inconnues… Et suite à cette annonce renversante, l’animateur-maison préféré des dames Gino Chouinard se met à danser frénétiquement une espèce de samba-expérimentale décadente « live » à la téloche. Et HOP ! Brutalement, comme ça : Gino se transforme en un Brocoli Géant… SACREBLEU !!! Un petit zapping à la BBC Newz et on nous dit que la première équipe d’explorateurs revient tout juste de sa première investigation dans ce macrocosme bordélique et ont rapporté, entre autres, des légumes-racines électriquement chargés (des genres de topinambours irradiés qui brillent dans le noir), des épices qui incendient les palais humains d’une manière jusque là insoupçonnée, de la fourrure de chacal étoilé eeeeetttttt surtout… un CD offert par un grand sachem perché sur une butte recouverte de gazon violet et de plantes carnivores. Ce disK serait l’occasion de découvrir la culture musicale de cet autre monde.

Super You : Accrochez vos écouteurs. Left-right-left-right. Ces divigations sonores introductoires se balancent d’une oreille à l’autre. Les sons sont aspirés, ré-aspirés, re-vomis. La vitesse change, double, triple, ça ralenti, ça va plus vite. Et soudainement, un gros riff de stoner acidulé vient faire irruption. Et lui aussi est aspiré à son tour dans un trou noir béant. Perte de repères. Trip hallucinogène de champis sur la montagne chauve pendant qu’un espèce de dude japonais à rastas t’actionne son chèche-cheveux thermodynamique à transmodulations variables à deux millimètres des oreilles. Black Sabbath sur les speeds dans une sécheuse à dry-spin. Jam band d’électro-ménagers. L’équivalent musical de se retrouver dans un blender branché sur le 110. Et cette finale percussive en forme de choucroute aux ogives me régale à chaque écoute jouissive.

Super Are : Les Boredoms qui s’adonnent à une certaine forme de New Age post-cosmique… Terry Riley qui mange des cierges d’églises au pesto pendant que des Incas se tartinent le corps avec de l’encens liquéfié. C’est terriblement beau et apaisé, surtout après ce premier morceau en forme d’infarctus. Notre bon ami Yamantaka nous susurre un mantra divin (« You aaaareeeee !!! »). Ça part en tribalo-kek-chose. Et la lourdeur électrique mal calibrée revient nous frapper en pleine gueule. Des tsunamis de larsens de guitares investissent notre cortex pendant que le mantra se poursuit. Interprétation kraut-rock-libre mettant en scène Magma et Sonic Youth + 700 batteurs. Dieu que j’aime le côté on-ne-peut-plus-percussif des Boredoms, dignes transfuges de Stravinski ci haut mentionné.  Le tout se conclut par ce torrent de voix qui agrémente l’album par-ci par là.

Super Going : Un TRÈS GRAND moment de musique… et possiblement mon morceau préféré d’un album qui n’a pas pourtant pas fini de nous surprendre… NEU! sont de retour en version bouddhiste-goa-trance les potes ! Possiblement le plus grand morceau de rock germanique de tous les temps… et créé par des Japonais ! Ils ont out-germanisés les Allemands les vils salauds ! De la grande musique tribalo-ritualistique-répétitive où la candeur bon enfant rime avec une certaine forme de violence rythmique sans égal. Un squirting orgasme infini mis en musique. Ça dure 12 minutes mais j’aurais pu en bouffer 700 000. Et quand on pense avoir finalement commencé à intégrer-digérer le détraquant délire et ses effets-spéciaux-psycédélicos-modulaires, il y a un espèce de revers totalement inattendu qui part-en-couilles-rythmiquement-parlant. L’aspirateur magique des Boredoms (qu’on peut maintenant considérer comme membre à part entière du groupe) se remet de la partie et syncope le tout. Un cri de bravoure héroïque fait repartir nos héros vers d’autres contrées acidulées. On termine dans un tel chaos, un essoufflement logique où les respirations des instruments qui pourraient s’apparenter à des chants de gorges se fondent dans un code morse approximatif.

Super Coming : HOLY FUCKIN SHIT que j’aime ce morceau !!!!!!!! Une guitare à la Faust introduit une scène de rue dans une Afrique de l’Ouest transposée dans la galaxie EGS-zs8-1. Il y a du Capitaine-Coeur-de-Boeuf dans l’air alors que Yamantaka fait sa meilleure personnification du célèbre chanteur-peintre texan. Vocaux d’homme des cavernes sur un trip d’inhalation d’essence, offensives guitaristiques noisy-licieuses qui virevoltent un peu partout dans l’éther, batterie ultra binaire rappelant le « It’s a Rainy Day (Sunshine Girl) » de Faust + une basse toute en pesanteur qui l’accompagne avec brio, chœurs mescalins venant porter renfort au soliste-en-transe, cris déments dans la nuit sauvage… Puis cette finale plus Can que Can-tu-meurs (ça me rappelle leur « She Brings the Rain »). Une autre chanson (?) de 12 minutes stupidement géniale OU génialement stupide, c’est selon.

Super Are You : La seule pièce qui rappelle pas mal l’ancien Boredoms schizoïde, avec un début tout en ribambelle-dada-punk triturée par les adorables hurlements post-juvéniles de Eye, ces synthés kitschounets de série Z qui pondent des sons atrocement merveilleux, cette batterie iconoclaste où vient s’ajouter une collection de casseroles, cette guitare désaccordée (qui n’en a d’ailleurs vraiment rien à foutre d’être désaccordée). Le maître mot est FUN. Des explosions, des changements de styles à toutes les 2 secondes, des mélodies complètement autistiques, du gros bruit qui tache, des amplis ultra-cheap qui défoncent, des instruments-jouets à foison (ToyS R’Us meets the AvAnT-GaRdE). on dirait Mr. Bungle mais si ils étaient Japonais. Tellement con. Mais tellement bon. On pourrait écrire une thèse de doctorat sur cette pièce et tout ce qu’elle contiendrait, c’est le mot « SUPER » 300 000 fois ainsi qu’un bout central de 53 pages où ce serait juste indiqué « AAAAAaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaAAAAAAAAAAAHHHHHHH !!!!!! » à répétition (en plusieurs polices différentes) + le dessin d’un coati à nez blanc qui joue de la flûte traversière en lançant des rayons lasers avec ses yeux.

Super Shine : La culmination grisante de tout ce que les Boredoms ont élaboré jusque là… En ouverture : le bad trip d’un Nintendo 8-bit. Vient ensuite la rythmique suprême, point d’ancrage de la pièce. Une rythmique qui serait en fait cousine distante d’une du Tago Mago de Can, mais avec un aspect africain (voir même reggae pour la basse) en plus. Cette rythmique de fous grandit, grossit, s’intensifie… Viennent se greffer différents éléments formidables, comme ces voix possédées par la joie d’être content d’être satisfait d’être heureux. Ça se distortionne tout autour, les claviers qui vrombissent, se dilatent, la musique s’entrechoque, se disloque en elle-même. Mais ya toujours la rythmique au centre qui elle n’en démord pas… C’est la folie messieurs-dames !!!! Des papillons gros comme des manoirs volent partout à travers ça, j’vous le dis. C’est Super Papillon leur chef, un Super-héros qui a été mordu par un papillon radioactif quand il était jeune. Il a un masque HALLUCINANT et des ailes en acrylique pure. Et puis il y a des moines tibétains qui se balancent aussi sur leur bol chantant. Et n’oublions pas l’homme avec une tête de nénuphar, avec sa cravate biconcave, ses gants de vaisselles toujours ajustés, sa montre arc-en-ciel prête à mordre des pissenlits à tout moment. La peuplade des fougères vient se joindre à la cérémonie néo-païenne qui a lieu près du Mont Fuji, à 4 heures du matin. On a décidé de faire frire la montagne. ou la faire « rire », je sais plus trop… Putain, j’ai échappé mon briquet.

Super Good : Miraculeux coda ambiant-prog-jazzé…. Parallèle à faire avec le dernier truc sur M.D.K. dont le nom m’échappe toujours. C’est beau en diable. C’est un peu la dernière scène de Aguirre de Herzog, avec les singes capucins sur le radeau qui flotte sur un Amazone surréel. Grésillements doucereux de matière grise. Comment prenez vous votre âme ? Tournée, le jaune intact s’ilvousplaît !

Bref… Je me suis égaré parce que ce disque est une substance illicite en soi. Son écoute est dangereuse et rend même dépendante à deux choses en particulier : la liberté et l’imagination. Super ae est plus que le super meilleur disque au monde entier. C’est l’expérience sensorielle d’une vie. C’est un monde où il fait bon se perdre ; où en fait on se perd délicieusement un peu plus à chaque fois. Avec les Boredoms, on sourit à la vie. Les couleurs sont plus belles. Les femmes sont plus belles aussi. La bouffe goûte meilleure. L’air est plus pur et le bruit du vent peut nous émouvoir. La magie existe encore. Si quelque chose d’aussi merveilleux peut exister et bien on se dit qu’on est chanceux de pouvoir faire parti de ce grand TOUT incommensurable qui nous abrite.

Best thing ever.


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Michel Madore – Le Komuso à cordes

Année de parution : 1976
Pays d’origine : Canada (Québec)
Édition : Vinyle, Barclay – 1976
Style : Rock Progressif, Space Rock, Fusion, Psych

Est-ce que vous aimez Gong ? Moi oui. Beaucoup à part de cela. Et Michel Madore aime Gong énormément lui aussi ; je serais prêt à parier. Ce montréalais injustement méconnu a publié ce premier opus discographique au milieu des années 70… C’est un disque TOTALEMENT ancré dans l’esthétique sonore du Gong de la trilogie « Radio Gnome Invisible » mais qui réussit en même temps le délicat pari de s’affranchir de son influence et à introduire nos tympans (ravis, pour l’occaz) à un vocabulaire musical aussi beau que personnel. Totalement instrumental, moitié acoustique moitié synthétique, le Komuso à cordes est un ravissement sonore assez céleste, à mi-chemin entre le space-rock et le jazz-rock.

Madore, multi-instrumentiste de son état (guitare, synthés, piano, cymbalum, ocarina), est accompagné d’excellents musiciens de la scène prog/jazz québécoise, dont le percussionniste Mathieu Léger (Orchestre Sympathique, Lasting Weep), le bassiste Fernand Durand (Dionysos) et l’excellent saxophoniste Ron Proby (auteur d’un seul disque de Jazz Avant-gardiste / Space Age, paru sur Radio Canada International en 1972). Tout ce beau monde (and then some) font la part belle aux compositions splendides de Madore, seul maître à bord sur un navire qui vogue sur des eaux cristallines et interstellaires.

Bon je sais… comparer un album de musique à un « voyage » est un peu éculé. Tous les critiques font ça régulièrement (moi le premier, et à outrance dans mon cas). Mais quand ça sied aussi bien à un disque, pourquoi se priver ? Le Komuso est un sacré beau voyage continu dans un pays étrange et merveilleux… chaque pièce est une fenêtre ouverte sur un autre paysage de ce monde enchanteur. Chacune d’elle s’enchevêtre majestueusement à la suivante. C’est vraiment une oeuvre totale, au même titre qu’une symphonie ou un concerto (mais sur les champis magiques). C’est vachement planant, délicat, texturé… comme un beau disque de Klaus Schulze. Les claviers englobent tout, recouvrent la mare sonore de leur délicieux ronronnement. Mais alors qu’on croit être sur le point de sombrer dans un sommeil bienfaiteur et opiacé, voilà que la batterie et le saxo s’emballent. Le piano et la guitares leur répondent dans un maelstrom jazzy-fusion. On se laisse happer de plein fouet par cette vague psychédélique rutilante (façon Hawkwind)… pour après retomber dans les méandres folky-proggy auprès de cette guitare acoustique pleureuse et de cet ocarina hanté… Tous ces passages différents, magnifiques en soi, sont renforcés par ces transitions magistrales qui les lient ; transitions qui s’effectuent en douceur, de manière presqu’imperceptibles/subliminales. Que ce disque est beau. Moins rigolo que du Gong, plus mélancolique, plus éthéré… mais pas moins riche et nébuleux.

Madore fera un deuxième album avant de mettre fin à sa carrière musicale (afin de se consacrer exclusivement à la peinture et à la sculpture). Je reviendrai sous peu à ce deuxième opus, beaucoup plus électronique et atmosphérique celui là (mais pas moins génial)… D’ici là, si vous voyez une copie du Komuso dans les bacs, n’hésitez pas une seconde. C’est un magnifique disque qui mérite une plus grande reconnaissance.


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critiques

Amon Düül II – Yeti

Année de parution : 1970
Pays d’origine : Allemagne
Édition : CD, Repertoire – 1992
Style : Kraut-Rock, Psychédélique, Prog, Space-Rock

Yeti est un monstrueux album-double, le deuxième de cette légendaire formation allemande. C’est l’album qui, accompagné de son comparse Faust IV (autre pièce maîtresse) a grand, très grand ouvert la porte de mes tympans au « Kraut-Rock » (alias Rock-Choucroute), ce courant teutonique des années 60-70 qui était foutrement en avance sur son temps et qui demeure une de mes obsessions musicales pour les siècles et les siècles, amen… Il est donc normal que ce bon vieux Yeti occupe une place de choix dans mon cœur.

C’est un album qui fait très TRÈS mal (dans le bon sens du terme) et facilement un des 10 plus grands disques de Kraut-Rock. Le genre d’album qui, à la première écoute, te jette littéralement sur le cul et te met dans un état de transe fort singulier… Où chaque son qui le constitue te percute et te chavire les sens. Le genre d’album que tu sais « important » à la toute première minute d’écoute intensive et jouissive…

Vous ne pouvez pas écouter ce disque en faisant la vaisselle, à moins que du robinet de l’évier ne coule un lac de LSD et que vous entreteniez une conversation fort politisée avec les ustensiles (surtout les couteaux) tout en portant un costume de chef Inca. Non. Cet album va chercher votre attention et ne vous laisse pas tranquille jusqu’à la dernière et délicieuse divagation sonore. Les synthétiseurs planants, les chants possédés, la rythmique basse-batterie tribale et le violon délirant : tout ici n’est que pure folie (savamment orchestrée).

L’album se divise entre une première portion rock-folk-prog plus composée et une seconde constituée de longues improvisations. Le partie « compos » débute dans le chaos avec « Soap Shop Rock », une suite psychédélique de 12 minutes qui part dans tous les sens en même temps, alternant entre des passages énergétiques aux tempos rapides et des passages glauques, lyriques et contemplatifs. La structure alambiquée a de quoi rappeler le mythique « Interstellar Overdrive » du Floyd… S’ensuit alors 6 morceaux plus courts, comprenant entre autre le sinistre « Archangels Thunderbird » (avec les vocaux très « stoner rock » de Renate Knaup) et l’acoustique « Cerberus ». La partie « impro » (les 3 derniers titres) est aussi (sinon plus) géniale et captivante. Le tout se termine avec « Sandoz in the Rain » (en référence au Laboratoire Sandoz qui a découvert le LSD précédemment mentionné), longue piste initiatique (du genre « trip d’opium proto-ambiant dans la jungle cosmique située dans la barbe de l’univers ») où les musiciens sont rejoints par des anciens compères d’Amon Düül I, question de donner au tout une ambiance encore plus free-foutraque. Du grand art, finement poilu et drogué.

Yeti, c’est du délire authentique à 127%. L’écouter, c’est comme recevoir une grande claque étoilée sur la gueule (mais une claque qui fait du bien quand même). Amateurs de musique expérimentale, libre et violente, Yeti vous est tout indiqué. Voilà là Amon Düül II à son zénith.


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